
- Jhesus Aponte et sa partenaire Sheila à La Coupole
- Photo : Dejavu - SalsaFuriosa
Où êtes-vous né ?
Je suis né à Santurce, San Juan, à Porto Rico, je ne vis à New York que depuis 7 ans.
Quel est votre parcours de danseur, votre formation ?
Je danse la salsa depuis que je suis petit, mon père et ma famille de son côté sont musiciens, j’ai grandi en dansant en famille et dans la rue. Puis j’ai commencé à faire des défilés de mode pour finalement suivre ce qui était ma voie toute tracée, j’ai suivi l’exemple de ma famille, j’ai commencé le classique, j’ai fait du jazz, du hip hop, des claquettes, de la danse moderne. J’ai une formation complète de danseur.
Vous faites donc de la salsa depuis toujours ?
Je suis né en sachant danser la salsa… Il n’y a que des salseros dans ma famille ! J’ai grandi dedans, j’ai toujours dansé la salsa. Tous les gens de ma famille sont des salseros, mes parents et la famille du coté de mon père sont tout musiciens, nous avions donc des congas, une guitare, une basse... Vous connaissez Tommy Olivencia ? C’est un musicien de salsa, ma famille jouait pour lui, j’ai donc grandi avec ce son (NDLR : Jhesus « chante » une ligne de basse salsa), c’était ma comptine en fait, à l’école je chantais ça, et le maître disait « qui fait ça, qui chante ça ? » et c’était moi ! Je me souviens que lorsque j’étais enfant j’allais dans les fêtes patronales à Puerto Rico… Chaque ville a un saint patron, qui est fêté durant 10 jours. Pendant ces 10 jours, plusieurs orchestres se succèdent, des orchestres de salsa et de merengue. Nous avions l’habitude d’y aller avec mes soeurs pour danser et il arrivait souvent qu’un grand cercle se forme autour de moi, parce que j’étais un tout petit salsero ! La salsa a été ma première danse. A ce moment là, c’était juste pour s’amuser, j’ai commencé les shows vers 19/20 ans.

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Pourquoi avez vous choisi la salsa, plutôt que les autres danses ?
Je n’ai pas choisi, je les danse toutes ! Les gens ne le savent pas, les salseros ne savent pas ce que je fais, le monde du hip hop ne sait pas que je danse la salsa, quant au monde du jazz, ils n’en savent pas plus sur moi. Les gens du hip hop ne savent pas que je danse la salsa, mais ils s’intéressent à moi parce qu’ils savent que je donne des cours de hip hop à New York, et que je danse dans le monde entier. Je viens de chorégraphier un spectacle de music hall à Londres, c’était du jazz et de la salsa. J’ai dansé pour Mylène Farmer, ce qui n’a rien à voir avec la salsa, pour Macy Grey... La salsa n’est qu’une des danses que je pratique, mais vous savez je les mélange, j’ai un show qui commence par du hip hop puis je mixe avec de la salsa. J’utilise les différentes techniques des danses que je pratique en les mélangeant entre elles, mes chorégraphies sont influencées par tous les styles de danse que je pratique, et j’adore réunir tout ce que j’aime faire pour le faire partager, être en symbiose avec la musique et les gens avec qui je partage la danse, j’aime cet échange de cultures et d’arts différents.
Quel aspect de votre métier préférez-vous ?
Sans la moindre hésitation, être sur scène, et chorégraphier. Je fais de plus en plus de chorégraphies, j’adore enseigner, mais ce n’est pas toujours facile d’enseigner parce que je suis souvent en déplacement. La raison pour laquelle je ne suis pas un professeur à temps plein, ce n’est pas parce que je n’ai pas l’envie ou la vocation, c’est simplement que je dois faire des shows et créer des chorégraphies, et faire toutes ces choses en même temps, c’est difficile, je ne peux pas, je ne veux pas rester longtemps au même endroit. Si je pouvais rester enseigner deux mois je serais content, mais si je devais enseigner au même endroit pendant un an, ce serait trop pour moi, je ne peux pas rester en place ; mais j’adore enseigner !
Quels danseurs admirez-vous ?
J’en ai tant, c’est difficile comme question... Mon idole était Tony Vega, il est mort hélas, il était vraiment extrêmement talentueux, il faisait toutes ces choses que je fais, des portés, des tombés, des choses hallucinantes ! Il était de l’époque du disco, c’était une diva, un roi à New York. Il a gagné Star Search (c’est un programme TV très important américain), c’est la seule personne a avoir gagné 12 fois d’affilé - je crois qu’il a du en tout gagner 100 000 dollars - , il gagnait chacune des compétitions auxquelles il participait, c’était incroyable. Bien sûr j’admire plein d’autres danseurs, en salsa il y a Frankie Martinez, Juan Matos, Eddie Torres, Jorge Santana, Tito Ortos, pour ne citer qu’eux, Tropical Gem, j’aime ce qu’ils font, il travaillent très dur, j’adore leur style.
Quels sont vos musiciens et orchestres de Salsa préférés ?
Giovanni Hidalgo, il est hallucinant ! Gilberto Santa Rosa, Victor Manuelle, El Gran Combo ... j’ai travaillé avec eux. Il y a des personnes dont on est fan, que l’on peut adorer en tant que musiciens, et que l’on idéalise, mais dès qu’il s’agit de travailler avec eux, on les voit différemment et on est déçu, mais tous ces artistes non. Que ce soient ceux que je viens de citer, Victor Manuelle, El Gran Combo, Willy Rosario, j’en suis fan, j’adore travailler avec eux. Je chorégraphie les show de Santa Rosa depuis 1992, c’est comme s’il faisait partie de ma famille. Je chorégraphie et danse pour Victor Manuelle également, j’ai chorégraphié son premier grand spectacle. J’ai chorégraphie une tournée pour chacun d’eux, il s’agissait d’une grosse tournée pour Victor Manuelle. J’ai également travaillé avec la Sonora Ponceña.
Est-ce que c’est de la salsa que vous écoutez ?
Pour être honnête, je n’écoute pas de musique chez moi. La dernière fois que j’ai été chez moi je ne suis resté que deux semaines, et j’aurais adoré pouvoir dormir ! Je viens de rentrer à New York, et je n’ai pas arrêté de courir, mon fis doit aller à l’école et j’ai donc dû en chercher une, remplir les formulaires d’inscription etc. Je dois faire des chorégraphies, établir mes contrats, gérer mes relations publiques, aller sur internet, passer des coups de fil ...
Je dois prendre des cours, m’entraîner et répéter bien sûr et passer des auditions donc je n’ai pas beaucoup de temps pour écouter de la musique, je n’ai même pas le temps de lire. Lorsque j’enseigne la salsa, j’écoute de la musique, la semaine prochaine je vais en Italie pour enseigner le jazz, je vais écouter des artistes pop... Je viens d’acheter plein de CD : Maroon Five, Destiny’s Child, Mario, … Bref, j’ai acheté entre 12 et 20 CD que je vais écouter maintenant parce que je vais donner des cours et chorégraphier, sinon je n’ai le temps d’écouter de la musique que lorsque je conduis à Porto Rico ... Bien sûr j’adore la salsa, mais des fois je dois la mettre de coté. J’adore le jazz, la soul, c’est plus ce que j’écoute quand j’ai envie de me détendre.
Quel est votre meilleur souvenir lié à la salsa ?
Je suis content en ce moment, parce que j’ai gagné le championnat du monde de salsa à Porto Rico, l’an dernier. Je n’ai jamais aimé la compétition, et cette année je viens juste de gagner l’open de Salsa Tropicana à Londres, j’ai remporté le trophée. J’avais déjà gagné des trophées lorsque je travaillais comme mannequin. J’aime de plus en plus la compétition, et je pense en faire de plus en plus, pas uniquement en salsa, parce que c’est cool, et que ça fait gagner de l’argent... Ce sont les choses dont je me souviens, les deux championnats du monde... Auparavant je me disais « oh, c’est trop politique », mais cela m’a fait voyager dans différents endroits pendant ma carrière. J’ai travaillé très dur, je n’ai rien dit à personne, parce que je ne voulais pas que ça ait une portée politique, je voulais changer cela, lorsque j’ai participé au championnat du monde la première année, je n’en ai parlé à aucun de mes amis. Je ne leur ai pas dit que j’allais participer à la compétition, ils s’en doutaient parce que quelqu’un avait fait une allusion a ce propos, mais je répondais toujours « non, non, je dois aller ailleurs, je ne pourrai pas aller à Porto Rico », mais je travaillais très dur avec ma partenaire pour la compétition, et cette année j’ai fait la même chose, je voulais juste être moi-même pour la compétition, sans que cela ne devienne politique. C’est vraiment important pour moi, parce que cela représente beaucoup de travail. Cela m’a également aidé à travailler en Angleterre, en tant qu’Américain, tu dois prouver que tu es meilleur que les Anglais, c’était donc bien d’être le champion du monde de salsa, cela m’a beaucoup aidé, et cela pourra éventuellement m’aider pour les shows à Broadway et la suite de ma carrière... Ca représente donc vraiment beaucoup à mes yeux.

- Jhesus Aponte et sa partenaire Sheila à la Coupole
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Prenez-vous toujours autant de plaisir à danser ?
J’adore danser. J’adore danser ! C’est pour ça que j’en ai fait ma carrière. Je serais capable de tout laisser tomber pour la danse, ce que j’ai déjà fait d’ailleurs. J’ai quitté la fac pour danser, et vous savez quoi ? Ca m’a rendu heureux. Et quand vous êtes heureux dans la vie, c’est ce qu’il y a de plus important. Et franchement de quoi est ce que je pourrais me plaindre ? Grâce à la danse j’ai visité de nombreux endroits, j’ai rencontré de nombreuses personnes, j’ai trouvé un sens à ma vie en enseignant et en chorégraphiant. Et en plus j’ai eu la chance de rencontrer des gens qui m’ont aidé pour ma carrière, qu’il s’agisse de mes professeurs, mes élèves, tous les gens que j’ai pu rencontrer. Vous savez je suis vraiment heureux, et je ne le fais pas que parce que c’est un loisir, je le fais parce que j’en tire aussi un grand enseignement. Quand j’enseigne à des jeunes, j’apprends autant d’eux qu’ils n’apprennent de moi, et ça, ça me rend heureux. Chaque fois que j’enseigne, ou que je monte sur scène, ou que je fais ce que j’adore faire, je remercie Dieu, parce que vous savez, je prie beaucoup. Et je le remercie de me rendre aussi heureux.
Avez vous vu des danseurs à Paris ? Que pensez-vous des danseurs parisiens ?
Vous savez, je peux même dire que j’ai vu certains salseros parisiens évoluer au fil des années, à chaque fois que je venais pour faire de la scène à Paris. Par exemple, je viens de voir Mouaze, il ne savait pas danser sur le 2 . Il a pris des cours avec moi. Je lui ai montré la salsa sur le « 2 ». J’enseignais sur le 1 et le 2, il était très talentueux. Je l’ai vu sur scène, il est impressionnant !
Il y a aussi un groupe que j’ai vu débarquer à New York avec Salsabor, et ils ne se débrouillaient pas mal du tout, ils étaient bien sur le timing, mais ils copiaient le New York Style, maintenant ils ont leur propre style, que j’adore. Lorsque j’enseigne, je n’aime pas que les gens me « copient ». Il faut trouver son propre style : vous apprenez puis vous faites à votre « sauce ». J’aime voir toutes les influences prises à droite à gauche.
Les Français ont leur propre style, ils ne copient pas, j’ai remarqué que les danseurs de Marseille, de Cannes, de Paris ont leurs propres spécificités dans leurs danses. Les salseros parisiens sont partis du New-York style, mais ils ont leur propre style, ils ont beaucoup de bonnes idées, je les sens vraiment grandir au fur et à mesure des années.
En Italie, il y a beaucoup de gens qui dansent, à Paris, les gens dansent de plus en plus, ça va devenir comme en Italie, ils dansent tout le jour, toute la nuit, la cubaine, la portoricaine, le New York Style, tous les styles, c’est impressionnant parce que j’ai vu l’évolution. C’est cool quand on sait danser tous les styles, vous allez danser et vous ne savez pas « sur le 1, le 2, ou quoi ? peu importe, dansons ! »
Pensez-vous danser toute votre vie ?
Vous savez j’ai 36 ans, et j’aime faire des choses différentes, passer de l’une à l’autre, j’aime jouer la comédie, chanter, me produite sur scène , faire des spectacles comme ceux de Broadway - je viens de passer une audition pour l’un de ces shows. Je ne sais pas quand j’arrêterai. J’imagine qu’on peut danser la salsa très longtemps, j’ai vu des danseurs qui dansent très bien sur scène, malgré leur âge !
Mais je veux jouer la comédie, je veux vraiment faire de la production, c’est vers ça que je me dirige en ce moment. Je viens d’écrire un spectacle, je le prépare avec quelqu’un de proche. Nous voulons danser dedans, mais ce n’est pas encore sûr, c’est quelqu’un qui aime rester en retrait, alors que j’aime me mettre en avant.
Je veux produire des spectacles, des congrès je ne crois pas, j’adore divertir les gens. J’aime le show business. Je ne sais pas si je ferai toujours de la scène, peut-être si quelqu’un m’invite quand je serai vieux, pourquoi pas, mais j’envisage de faire d’autres choses, du show business de toute façon. Si je suis invité, pourquoi pas, c’est ce que j’ai toujours fait, ce que j’aime, et si les gens se souviennent encore de moi...