
- Al et Edie en show à la Coupole
- Photo : Dejavu - SalsaFuriosa
Pouvez-vous vous présenter…
Edie : Les femmes d’abord, l’âge avant la beauté ! Je suis Edie the Salsa Freak, je vis a Los Angeles, en Californie. J’ai quarante-deux ans, et cela fait douze ans que je danse la salsa. Je suis venue à Paris pour la première fois avec l’équipe Salsaweb en 1998, nous avons séjourné dans la maison de Jack (ndlr : El_Oso), il avait une douche très très froide (NDLR : rires), il n’y avait d’eau chaude que pour une personne, nous étions cinq ! J’ai de très bons souvenirs de Paris. Quand je suis venue, seuls Cliford,Valérie et Jack dansaient sur le deux, et comme Valérie était la seule fille à danser sur le deux, Cliford et Jack se battaient pour elle. Mais maintenant, tout le monde danse sur le deux à Paris, j’ai vu cela au congrès (NDLR : Mondial de la salsa de Paris 2005), c’est incroyable… Jack m’a regardé en me disant : « tu vois le travail qu’on a fait ! Je t’avais dit que l’on arriverait à faire danser les gens de Paris sur le deux ! » Je suis très fière du travail accompli par Cliford et Valérie pour développer la salsa à Paris…
Al : Mon nom est Al Espinoza, on m’appelle « Al The Liquid Silver » parce que dans le premier show que j’ai fait j’étais déguisé en robot d’un jeu d’arcade, Edie venait à moi, prenait mon contrôle puis m’amenait à la vie, j’enlevais ma chemise en argent et nous commencions à danser ensemble. C’est la première chorégraphie qui m’a vraiment fait voyager dans le monde, nous l’avons présentée au congres de Los Angeles… Voilà l’origine de ce nom !
Pratiquiez-vous d’autres danses avant de faire de la salsa ?
Al : Je fais du hip hop, du pop locking, du waving (NDLR : il montre des ondulations de smurf) depuis vingt-deux ou vingt-trois ans. Cela fait six ou sept ans que je danse la salsa. Je n’avais jamais dansé la salsa telle qu’on la danse maintenant - Los Angeles ou New York Style - parce qu’avec ma mère qui est de Puerto Rico nous dansions la salsa « à l’ancienne ». J’ai commencé à prendre des cours il y a six ou sept ans de salsa « moderne ».
Edie : Je ne dansais pas avant de faire de la salsa. Après avoir commencé la salsa, j’ai pris des cours de danse classique, de jazz, danses de salon, de tango, de paso, de swing mais seulement quelques années après avoir commencé la salsa, parce que je me suis rendue compte que ces danses avaient des techniques que je voulais intégrer à la salsa. Et quand j’ai appris ces autres danses, j’ai pu enrichir ma salsa tout de suite, c’était super. Mais avant la salsa, (NDLR : elle commence à parler en français) j’étais grosse, je mangeais beaucoup de chocolat, des bisquottes, j’avais des allergies, de l’asthme, j’étais triste, j’allais de ma maison à mon travail, de mon travail à ma maison. Je n’avais jamais touché personne, et en dansant la salsa je touchais vingt-cinq personnes en une seule nuit ! J’étais si malheureuse. J’ai commencé la salsa, et j’ai perdu mes fesses, mes allergies, mon asthme, j’ai commencé à sourire.
Comment avez-vous découvert la salsa ?
Edie : J’étais dans un club techno - souvenez-vous, j’étais vraiment énorme - j’essayais de perdre du poids… Je voulais danser, bouger mon corps, j’étais allée danser la techno, le hip hop. La semaine suivante, le club proposait de la salsa, je ne connaissais pas, j’ai regardé les gens danser, j’ai trouvé ça super, et j’ai décidé de faire de la salsa. J’ai commencé à m’entraîner, à prendre des cours. Mon premier professeur a été Luis Vasquez, j’ai été sa deuxième élève, Joby Vasquez m’a aussi prise sous son aîle. C’est comme cela que j’ai commencé la salsa, en essayant de perdre du poids. Je voulais juste maigrir, je ne réalisais pas que cela allait m’emmener dans une vingtaine de pays, me faire rencontrer un nouveau mari…
Al : Ma famille est de Puerto Rico, je suis né avec cette musique, toute ma famille danse. J’ai découvert la salsa « moderne », en prenant un cours avec Salomon Rivera, l’ex-partenaire d’Edie, c’était un bon professeur, mais je pense que j’étais allé à un niveau trop élevé. Je n’étais pas allé en débutant, je me disais « je suis portoricain, je vais être le meilleur ! », je ne réalisais pas qu’il avait beaucoup de technique. Je suis allé à un autre cours ; Le professeur était cubain, il vit à Los Angeles, il enseignait au sein de Salsabrava, j’ai commencé son cours par le niveau débutant, c’était il y a sept ans, je n’ai pas manqué un cours en huit mois ! Huit mois, deux fois par semaine. Ensuite, j’ai intégré une compagnie, appelée « Alma y Sabor », mon niveau a augmenté, j’ai commencé à prendre des cours particuliers. J’ai rencontré Edie, à la fête de Noël de Salsabrava…
Edie : Il faisait un show, une chorégraphie de Robot, il était habillé en argent, je l’ai vu, je suis tombée amoureuse,
Al : Et nous nous sommes mariés un mois après !
Edie : A notre premier rendez-vous, au bout de deux heures il m’a demandé de l’épouser, et nous nous sommes mariés un mois après ! Nous sommes mariés depuis cinq ans et demi.
Al : Nous avons monté six chorégraphies. Avec la compagnie à laquelle j’appartiens depuis deux ans et celle que nous avons avec Edie, cela représente vingt chorégraphies au total. Avec Edie nous travaillons sur une septième, et nous avons prévu de travailler sur une huitième ensuite.
Quel aspect de votre métier préférez-vous ?
Edie : En premier, je mets la danse en soirée, puis l’enseignement, la scène, et enfin créer des chorégraphies.
Al : J’adore les chorégraphies. Mais je préfère la scène, parce que c’est le résultat, la finalité. Créer des chorégraphies, c’est s’arracher les cheveux, quand c’est terminé, vous répétez pendant deux mois pour faire quelque chose de joli, de propre et lorsque vous le présentez sur scène, vous ressentez une émotion si forte ! Je mets donc en numéro 1 la scène, en 2 les chorégraphies, en trois la danse en soirée et enfin l’enseignement.
Edie : C’est l’inverse de moi !
A : J’aime tout mais ce que je préfère c’est la scène. Si je devais choisir ce serait la scène.
Comment créez vous vos chorégraphies ?
A : Je crois en Dieu. Je crois qu’Il m’a donné mon talent. Notre talent ne vient pas de nous mais de plus haut. C’est lui qui m’a donné l’inspiration lorsque je faisais du waving, tous les enfants de Los Angeles font du waving, ils sont très créatifs… Beaucoup des éléments « nouveaux » que je vois aujourd’hui en salsa sont vieux à mes yeux, on les employait déjà en breakdance il y a vingt ans. Mes idées viennent du hip hop, du pop locking , et du waving . Je les ai simplement incorporés à la salsa pour créer un nouveau style : le Millenium Style. (NDLR : il montre son bras sur lequel est tatoué « Millenium »). C’est le style de nos chorégraphies, c’est sur le 1 mais vous pouvez également le danser sur le 2 , cela importe peu. Le Millenium est un creuset dans lequel se mélangent beaucoup de choses : le dynamisme du LA style, les tours du NY style , la musicalité du poping et du locking …
Edie : Ce style s’appelle le Millenium parce que nous nous sommes rencontrés en 2000, c’est là que nous avons commencé à le créer.

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- Photo : Dejavu - SalsaFuriosa
Quelles sont vos sources d’inspiration pour le thèmes de vos chorégraphies ?
Al : Je regarde énormément la télévision. Quand j’étais enfant je pouvais passer trois ou quatre heures devant la télé sans bouger, je ne me levais que pour manger. Je regardais Bip Bip et le Coyote, les Looney Toons, Bugs Bunny. Pépé le Putois (NDLR : le thème de l’une de leurs chorégraphies, présentées au Mondial de la Salsa 2005) était l’un des Looney Toons réputé aux Etats-Unis. J’ai également créé une chorégraphie basée sur la Panthère Rose pour les enfants à qui j’enseigne. J’ai utilisé Batman et Catwoman, BeetleJuice, la famille Adams, Star Trek, Terminator, Popeye…
Edie : Nous essayons de faire rire les gens.
Al : J’ai beaucoup manqué l’école pour regarder les dessins animés, mais les enfants doivent aller à l’école…
Edie, vous écrivez beaucoup d’articles sur la "psychologie de la salsa..."
Je pense que la manière dont on danse la salsa, dont la danseuse doit suivre les indication du danseurs, se plier à sa volonté … c’est des bêtises … non non non je plaisante ! (NDLR : elle rit)
Je pense, comme beaucoup de danseuses, que pour que la salsa fonctionne de manière naturelle entre deux personnes, il faut qu’il y ait un « guideur » et une « guidée » qui suive le guideur. Le guideur comprend qu’il doit être un bon guideur et il doit comprendre la personne qu’il guide. Les meilleurs guideurs sont les personnes qui savent ce que c’est d’être guidées. Mais si la personne guidée est sans cesse en train de corriger, de sortir le guideur de situations difficiles, sans le laisser apprendre par lui-même, il ne deviendra jamais un bon guideur. Il faut le laisser danser avec d’autres personnes, prendre des cours, pour qu’il développe ce talent du guidage. Et je trouve que c’est la même chose dans la vie. La raison pour laquelle il y a tant de divorces dans notre pays, c’est parce que les « suiveurs » ne savent pas se laisser guider, et que les leaders abusent les personnes qu’ils dirigent. C’est une bataille sans fin pour savoir qui porta la culotte dans la famille, comme dans la danse. La place convenable pour une femme, devrait être de comprendre et d’obéir au guideur dans la danse. Si elle obéit, suit et se soumet au guidage, les gens verront alors sa beauté s’épanouir, comme une fleur qui s’ouvre parce que le guideur va la mettre en valeur. Même si le guideur n’est pas bon, même s’il n’est pas complètement sur les temps, la femme doit suivre quand même. Et vous savez pourquoi, parce que Dieu a fait de belles fleurs, et que les femmes sont comme les fleurs, elles poussent même dans la saleté. Elles doivent s’épanouir là où elles ont été plantées… J’adore écrire sur la psychologie de la salsa parce qu’il y a beaucoup de points communs avec la vie...
Retrouvez Edie et Al sur le site www.dancefreak.com
Retrouvez la seconde partie de l’interview sur salsafrance.