
- Edie et Al en show au Mondial de la Salsa 2005
- Photo Dejavu - www.salsafuriosa.com
Que pensez-vous des querelles des danseurs on1 et des danseurs on 2 ?
Al : Les gens qui tuent cette danse sont ceux qui disent : « moi je danse sur le 1, moi je danse sur le 2 » Qui fait attention à ça ? Les deux sont bien. Si tu danses sur le 1, danse sur le 1, si tu danses sur le 2, danse sur le 2 ! Ils tuent la danse, ils devraient juste se taire et danser. La danseuse avec laquelle il est le plus agréable de danser, c’est celle qui suit le guidage, quel que soit le temps. Lorsque je suis allé à New York, j’ai dansé sur le 2, parce que c’est comme cela que tout le monde dansait, je voulais respecter cela, et j’adore le 2. C’est juste que je danse moins bien comme cela ; mais j’y travaille . Je trouve cela impressionnant ! Je pense que les gens devraient être amoureux de la danse. Et danser avec la musique. Ces histoires de danser sur le 1 ou le 2 ne crée pas une unité dans la salsa, cela crée seulement des divisions.
Edie : Le problème que l’on retrouve à Los Angeles est le même que celui que l’on a en ethnologie. Vous avez l’habitude de vous amuser en dansant avec des gens sur le 1, ou sur le 3, ou le 5, peu importe… Quelqu’un va ouvrir un cours sur le 2. Ce professeur va dire : si je vous vois danser en club sur le 1, alors que vous apprenez sur le 2, je ne voudrai plus de vous à mon cours. Soudain tous les gens de ce cours vont dire « désolé, je ne peux plus danser avec toi, j’apprends le 2, et mon prof est juste là » Et vous avez deux bars séparés pour les danseurs de 1 et de 2… Je trouve cela fascinant de voir à quel point la salsa est un monde en miniature. Pour ma part, je n’ai rien du tout contre le 2, nous avons été deux mois entiers à New York, nous avons travaillé dur avec Nelson Flores
Al : Tous ces grands danseurs qui dansent sur le 2, Frankie Martinez, Juan Matos, Caribbean Soul, Nelson Flores, Eddie Torres, tous sont des amis ! Nous nous montrons des choses, il y a du respect entre nous. Les grands danseurs qui dansent sur le 2 ne disent rien sur les danseurs de 1. Mais quelqu’un qui a appris à danser sur le 2 la semaine dernière, alors qu’il a commencé sur le 1 aura tendance à prendre la grosse tête. Nous voyageons beaucoup dans le monde entier, et nous remarquons que lorsqu’un nouveau style arrive dans une ville, il sépare les danseurs, c’est comme un cancer, toutes ces histoires changent la danse .
Pensez-vous qu’il existe un style français en salsa ?
Al : Je peux dire qui m’a impressionné en France : Farid et Audrey. Pour moi, ils représentent le style français. Tout le monde a été influencé par le style new-yorkais et le style de Los Angeles, Francisco, Nelson Flores, etc. Farid et Audrey ne ressemblent à personne d’autre, ils ont leur propre style.
Edie : Je pense qu’il y a une saveur particulière ici, que je ne vois ni à New York, ni à Londres, il y a quelque chose d’unique, avec beaucoup de passes. Cependant il y a une chose que j’aimerais voir dans la danse et que j’ai vu par exemple chez Sève , c’est une grande musicalité. Si vous pouviez décoller en vous servant de cela.Vous seriez le premier pays dans le monde.Vous avez le Louvre, le château de Versailles, pourquoi ne pas prendre toute cette culture, tout cet art, pour faire de la salsa un art plutôt que d’imiter le New York Style, quelque chose de musical. Vous n’étiez pas à notre cours de musicalité, mais les Français qui étaient là ont été vraiment soufflés. Par exemple, lorsque la musique fait « pinpinpin pipin », pourquoi ne pas vous en servir, et mettre de la saveur dans votre danse. Il ne s’agit pas des passes, des tours, de faire plus de passes, plus compliqué, au contraire, c’est ce qui risque de tuer vos débutants, qui se disent « je ne peux pas faire ça ». Mais faire simplement un cross body lead, un tour sous le bras, sur la musique… Ce n’est pas une critique, c’est un encouragement. Je sais que vous avez votre propre style, qu’il y a un style français - d’ailleurs je suis française, mon père était français, « je parle français mais pas beaucoup » - si vous pouviez développer votre danse en une forme artistique, en écoutant la musique, en vous demandant comment l’interpréter, vos danseurs pourraient décoller, et c’est cela que nous appellons le Millenium Style.
Al : Les Australiens font cela ! Ils sont venus au Congrès de Los Angeles, il y a trois ou quatre ans. Ils se sont entraînés avec nous, ils ont appris le Millenium Style, le niveau a augmenté, ils ont soufflé L.A ! Le Millenium Style n’est pas notre style, c’est quelque chose que nous avons créé, mais chacun peut se l’approprier, c’est le hip hop, la musicalité, si vous faites de la danse classique, du jazz, vous pouvez mélanger tout cela.
Edie : Quand la musique s’arrête, arrêtez vous ! Quand il y a une pause, faite une pause, ne faites pas seulement tourner votre danseuse !

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Al : Vous savez d’où vient le Millenium Style ? De New York. Parce qu’à New York, ils ont les meilleurs danseurs du monde. S’il y a un break musical, tous les danseurs le prennent, ils dansent « dans » la musique. Je suis allé à L.A danser en social, tout le monde dansait comme ça (NDLR : il fait de grands gestes avec les bras), je me suis dit « superbes passes, ça tue ! » La musique marque une pause et tout le monde faisait encore ses passes, et c’était un morceau connu… Je suis allé à New York, et là tout le monde s’est arrêté en même temps que la musique, même le serveur ! Seuls les trois frères Vasquez dansent le Millenium Style, avant même que nous l’ayons créé, en particulier Johnny, qui « break » en même temps que la musique, ils connaissent très bien la musique. Ils ne dansent plus à L.A.
Qu’est-ce qui a changé dans la salsa en France depuis ta venue en 1999, Edie ?
Edie : C’est étonnant… Le niveau a tellement augmenté ! J’ai vu des passes au Mondial de la Salsa, j’ai trouvé ça incroyable ! Les danseuses sont fantastiques, elles suivent les danseurs, les passes sont stupéfiantes et très différentes, je pense que c’est parce que les enseignants viennent de pays différents, ils ont fait des mélanges. Le niveau est incroyable. Je suis vraiment impressionnée.
À quoi ressemblait la salsa à Paris en 1999 pour toi ?
Edie : Elle ressemblait simplement à toi (NDLR : elle désigne Jack "el Oso") et Cliford, se battant pour Valérie, sur le deux. Quelle danseuse dansait sur le deux ? Aucune ! Tu étais un élève de Cliford, n’est-ce pas ? Il n’y avait que vous deux. Les gens dansaient plutôt cubain. Il n’y avait pas de technique, la salsa n’était pas une forme d’art. Toi et Cliford étiez les seuls à prendre la salsa comme un art, vous étiez à contre-courant, les autres poussaient dans l’autre sens, mais vous avez continué et tout ce travail, cette persévérance, malgré les problèmes, tout le monde qui vous disaient "pourquoi tu danses comme ça ? blablabla". Parce que vous êtes passés au travers, regardez ce que vous avez réussi à faire ! C’est incroyable Jack ! (NDLR : elle applaudit) Lorsque j’ai vu votre show "Salsabor Café" au Congrès de Paris 2002, c’était le show le plus impressionnant que j’avais jamais vu, c’était un spectacle complet, avec du jeu d’acteur. Je suis vraiment fier de vous, les Français… Tout ce dont vous avez besoin, c’est de passer au prochain niveau. Vous avez le 1, le 2, maintenant allez plus loin, vous avez tout un monde à explorer, c’est la prochaine étape, la musicalité.
Quels sont vos musiciens de salsa préférés ?
Al : il y en a trop ! J’aime Frankie Ruiz, Alberto El Canario, j’adore Son Mayor, et le groupe Africando, …
Edie : Angel Canales, Hector Lavoe, …
Edie, tu fais des interviews de danseurs, qu’est-ce qui t’intéresse là-dedans ?
Edie : J’aime la manière dont ils enseignent et la manière dont ils dansent, et je veux en savoir plus sur eux. Je pense que les bons danseurs sont très intelligents. Susana Montero a un PhD ! Elle est docteur ! Super Mario a deux diplômes… Toutes ces personnes qui analysent, calculent, qui sont de très bons guideurs, qui ne trimbalent pas seulement la danseuse,, ils ont quelque chose, et je veux savoir ce que c’est. Je me demande ce qu’ils savent que personne d’autre ne sait, et comment ils le savent. Les Cobo Brothers, par exemple, ont tous les deux un diplôme d’ingénieur, ils abordent la salsa comme de la physique, se demande « comment puis-je aller de là à là sans effort »… Je suis professeur, j’enseigne à des hommes, et je veux que mes élèves soient aussi bons qu’ils peuvent l’être, j’ai pris des cours particuliers avec Super Mario, Milton Cobo, ce week-end avec Susana Montero, je prends tout le temps des cours avec les meilleurs enseignants, pour mettre à l’épreuve mon propre enseignement.

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Est-ce que vous voyiez encore danser la salsa dans vingt ou trente ans ?
Al : Je pense que lorsque cela fait partie de votre culture, vous ne pouvez jamais vous en lasser. La ville où je suis née, par exemple, parfois j’en suis fatigué, mais j’y reviens toujours. Si vous êtes fier de votre pays, si c’est votre culture… La salsa est vraiment un don, je l’ai reçu de Dieu. Parfois les gens pensent que la salsa va mourir, mais en fait elle n’arrête pas de s’amplifier. Dans les fêtes de famille, ma grand-mère dansait, nous dansons tous, toute notre vie. Je vais danser toute ma vie.
Edie : Quand on regarde ce qui arrivent aux danseurs âgés, en particulier les femmes… On n’a plus l’air aussi jeune, on n’est plus aussi rapide, on n’est plus aussi jolie… J’ai quarante-deux, je ne sais pas pourquoi, mais je suis meilleure, plus forte, plus rapide que je ne l’ai jamais été dans ma vie, je fais plus de shows que jamais. Il me semble que plus je vieillis, et plus je deviens mature intellectuellement, plus je deviens maligne. Par exemple, je ne fais plus d’aussi grands pas qu’auparavant, mais je bouge plus mon buste qu’avant, ce qui me permet de faire moins d’effort. Je pense que je ne ferai plus autant de shows et de voyages que maintenant, mais j’aiderai les autres personnes dans le monde, les autres femmes qui veulent enseigner. C’est ce qui explique toutes les formations que je donne. Il y a trois semaines, j’ai essayé d’arrêter la salsa, nous nous étions disputés avec Al (NDLR : elle rit). J’ai eu l’opportunité de reprendre un travail régulier, dans une morgue. En une semaine, j’ai commencé à devenir énorme de nouveau, et j’étais tellement triste tout le temps. Ce qui avait changé ? Je ne dansais plus, je ne touchais plus personne - il y a une force magique dans le toucher. Je veux danser la salsa toute ma vie !
Retrouvez sur SalsaFrance.com la première partie de l’interview d’Al et Edie, ainsi que la critique du DVD Cool Moves 3 - Millenium Style.
Retrouvez Edie the Salsafreak sur son site.