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Achile Dinga
Salsero en La Playa !
Interview réalisée pendant le 1er Festival de Rueda de Bordeaux, le 23 avril 2006
par Luna

Achile est l’un des organisateurs et "ambianceurs" de Salsa en la Playa, mais il porte bien d’autres casquettes : professeur de salsa, chorégraphe, danseur, Dj du collectif "Porn’Ose Dj"... Rencontre avec un salsero qui fait bouger le grand ouest !

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Achile en cours - festival de Rueda de Bordeaux 2006

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Achile Dinga, j’ai vingt-sept ans, je vis maritalement, j’ai deux petites filles, l’une de deux ans et l’autre de deux mois. Je suis professeur de salsa à La Rochelle depuis quatre ans, depuis les débuts de l’association Salsa Pimente, organisatrice de l’événement Salsa en La Playa.

Comment as-tu découvert la salsa ?

Mon frère jumeau, qui dansait déjà depuis plusieurs années, m’a emmené un été à au festival de Vic-Fezensac. Une overdose de salsa pendant trois jours, je suis rentré en me disant que je ne voulais plus en entendre parler ! Mais chaque fois que je sortais, on m’invitait, en me prenant pour mon frère… Trois-quatre mois après j’ai eu un déclic, je suis parti prendre des cours, et depuis j’ai le virus ! Cela va faire cinq ans maintenant.

Quelles sont tes activités liées à la salsa ?

L’une des activités qui me tient particulièrement à cœur en ce moment, c’est un travail avec des adolescents. J’ai monté un partenariat avec la DRAC, je travaille sur deux collèges. L’an dernier, nous avons monté une comédie musicale autour de la salsa, plus exactement d’un barrio à New York. Cela retraçait un peu la vie d’Eddie Torres. Il y avait un professeur d’anglais qui intervenait pour gérer la partie théâtrale, un travail de recherche a été effectué par les adolescentes. Il y avait, en plus de la danse, un aspect culturel qu’il n’y a pas forcément au niveau des cours que je donne la semaine. C’est une activité que j’aime particulièrement, c’est génial de voir des adolescents danser. On passe d’un phénomène de mode à une transmission entre générations, et c’est vraiment ce qui me touche. Je donne aussi des cours pour des adultes, au sein de l’association salsa Pimente, quatre heures par semaine. Je monte par ailleurs des chorégraphies, pour la troupe Sals’n’Peppers qui s’est produite cette année et l’année dernière à Niort (NDLR : pour l’événement El Sabor de la Salsa) et qui se produit cette année au Festival de Rueda de Bordeaux.

Tu es aussi DJ ?

Oui… Lorsque j’ai commencé à donner des cours à La Rochelle, j’étais le seul prof, le seul à avoir un peu une culture musicale salsa, même si elle était très courte, j’ai donc commencé à mixer. Et l’an dernier, à Salsa en la Playa, il y a eu un déclic entre une bande de copains : Ludo et Salva de Niort, Hicham de Nantes, Eric de La Rochelle. Nous sommes partis sur le délire des « Porn’ose Djs », c’était juste un délire entre nous à la base, dans l’esprit de ce que l’on fait chez nous, de bonnes bringues ! Pour le Congrès de Cannes, nous nous sommes dit : « pourquoi ne pas faire quelque chose de plus officiel, de formaliser cela ». Les Porn’Ose Djs sont nés. Je peux comprendre la réaction de certaines personnes, lorsque l’on entend le terme « Porn’ose Djs », qui a trait au sexe, cela peut choquer, mais c’était vraiment plus dans un esprit de délire, de partage, dans l’esprit d’El Sabor de la Salsa, de Salsa en la Playa, du congrès de rueda de Bordeaux. Je sais que nous, dans l’Ouest, lorsque nous faisons des soirées, nous plaçons notre plaisir au-dessus de tout.

Comment es-tu devenu professeur de salsa ?

Lorsque j’ai commencé à donner des cours à La Rochelle, j’étais le seul prof, l’association démarrait tout juste, elle avait fait un stage, mais il n’y avait pas de prof attitré. On m’a proposé de donner des cours. Je ne voulais pas trop, parce que je dansais seulement depuis un an et trois mois, et je n’avais pris des cours que pendant trois mois. ! Je ne me sentais pas forcément la compétence pour le faire. Je ne dis pas qu’il faut être diplômé pour être qualifié, mais je pense qu’il faut avoir un minimum d’expérience derrière soi, pour avoir un minimum de recul. Il y a des choses qui me dérangent un peu dans la salsa à l’heure actuelle, certaines personnes qui veulent donner des cours parce qu’ils ont envie de gagner de l’argent facilement, pensant que c’est facile. Lorsque j’ai commencé à donner des cours à La Rochelle, la portoricaine m’était inconnue. J’étais axé sur la salsa cubaine. Et je pensais que je me débrouillais. Je ne pensais pas que j’étais un super danseur, mais je pensais avoir une certaine aisance, une écoute musicale. J’ai commencé à enseigner en 2003. Et je suis allé au Congrès de Paris. Et là j’ai pris la claque de ma vie. Je pensais que j’étais à l’aise en cubaine, et en soirée, j’ai pris des valises ! La fille me regardait de travers parce que je dansais en cubaine, ou parce que je n’étais pas sur le tempo. Je suis rentré à la Rochelle et je me suis dit que ce qui m’étais arrivé ce week-end-là ne devait pas arriver à mes élèves. Soit tu enseignes en cubaine, et tu formes des danseurs de cubaine, soit tu enseignes la portoricaine pour former des danseurs de portoricaine, soit tu essaies de faire les deux. C’est vrai que c’est tentant de se dire que l’on va faire soit l’un soit l’autre. En province, la portoricaine est un phénomène qui pousse beaucoup, les gens veulent à tout prix danser sur le deux alors qu’ils ne repèrent pas forcément le 1. J’ai décidé de faire les deux. À Paris, j’avais pris quelques cours de salsa portoricaine, j’avais vraiment l’intention de donner, de faire en sorte que les gens aient des bases, au niveau du guidage, de la ligne de danse, des sensations que cela peut donner, qu’ils soient sensibilisés tout simplement. Ce que nous faisons maintenant à La Rochelle, c’est que nous faisons un trimestre rueda, un trimestre salsa portoricaine, un trimestre mix porto-cubaine. Alors, c’est vrai que ce n’est peut-être pas l’idéal, parce que les élèves n’ont pas un niveau débutant, intermédiaire ou avancé qui soit très arrêté - c’est pour cela que nous préférons parler de niveaux 1, 2 et 3.

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Achile en cours - festival de Rueda de Bordeaux 2006

Comment évoluent tes activités d’enseignant ?

À la Rochelle, nous avons commencé avec quatre-vingt adhérents, nous en avons deux cent soixante aujourd’hui. Nous avons maintenant monté une association à côté, complémentaire de Salsa Pimente, et qui s’appelle Latina Mas, qui s’est produite à El Sabor de la Salsa 2006, la troupe de jeunes filles. C’est vraiment une association qui est montée pour les adolescents. Aujourd’hui mon but est vraiment celui-ci : on peut se dire que pour les adultes c’est peut-être un phénomène de mode, même si cela fait quatre ans que cela tourne, il y aura peut-être une baisse à un moment ou à un autre… L’avenir, ce sont les enfants. Ils vont danser à Salsa en La Playa, sur scène. Nous essayons vraiment d’emmener les tout petits à danser. Lorsque tu vois les onze, douze, treize ans, danser sur scène, même si techniquement, au niveau des attitudes ce n’est pas parfait, c’est toujours touchant, c’est cela que je recherche, et je ne suis pas le seul à le rechercher. Que ce soit Patricia, Eric, ou d’autres personnes de l’association, nous sommes vraiment dans cette dynamique-là.

Ton approche de la danse a-t-elle évolué depuis tes débuts ?

Je pense qu’en tant que danseurs, nous avons tous des phases où l’on est dans une optique de performance, nous sommes tous passé par là et c’est normal. Mais je pense que lorsque tu as fait un peu le tour des choses, tu reviens un peu à ce qui t’a amené. Tu as vu des ruedas et tu as trouvé cela génial, tu as vu des filles et des mecs danser. Il n’y a pas de « ah non, j’ai dansé avec une fille, elle ne savait pas tourner ! » Je le dis souvent à mes élèves, le plaisir n’est pas une question de niveau. C’est une chose dont on se rend compte lorsqu’on a quelques années derrière nous. Tu m’aurais posé la question il y a deux ans, j’aurais eu un discours complètement différent, je t’aurais dit « j’ai dansé avec une fille, c’était un boulet ! » Mais tu vas danser avec une fille, tu vas faire des pas de base, tourner, des enchuflas, des dile que no, des déplacements, tu vas prendre du plaisir parce que ce sont des petits moments de partage, de convivialité qu’il y a dans la danse, en tout cas qu’il devrait y avoir dans la danse à chaque moment !

Y a-t-il des enseignants qui t’ont marqué ?

J’admire le côté créatif de Frankie Martinez, il a son propre style, pour moi, c’est l’un des professeurs des années 90-2000 qui s’est vraiment démarqué des autres. J’aime aussi beaucoup Cliford et Valérie, pour leur approche de la danse, le côté partage, rentrer dans la danse, être en connexion avec la partenaire. J’ai pris deux trois cours avec eux, ils mettent en avant une approche pédagogique. Et puis, j’apprécie aussi leur style, leur élégance. Ensuite, il y a Nelson Flores, pour son côté chorégraphique. Et puis, malgré le succès qu’il a pu avoir, il a l’air toujours aussi sobre. Je le connais très peu, je l’ai juste croisé en Congrès, j’ai dansé avec ses danseuses, mais lorsque nous nous voyons, il a toujours un petit bonjour, un petit mot pour discuter, prendre des nouvelles, et c’est quelque chose qui marque, parce que dans la région sud-ouest, nous sommes comme ça ! Il y a aussi David et Nadège, parce que ce sont des personnages, des gens qui ont toujours la patate, qui ont le petit mot pour faire marrer. Il y a aussi de super danseurs, comme Susana Montero, des gens qui marquent par leur simplicité malgré leur talent, par opposition à certains danseurs qui dansent parfois depuis moins longtemps… Après tout, ce n’est que de la danse, ce n’est pas comme si on était prix Nobel, nous sommes là pour partager un moment, ok on a peut-être du talent, mais ce talent, si on veut faire avancer les choses, il faut le partager, il faut donner, en tout cas c’est ma façon de voir les choses. Enfin, dans les professeurs qui m’ont marqué, il y a bien sûr, Eddie Torres, que j’ai vu au Congrès de Paris.

Y a-t-il des chorégraphies qui t’ont particulièrement marqué ?

Il y a tout d’abord « Merecumbe », de Nelson Flores, pour la musicalité et les déplacements. J’ai beaucoup aimé aussi, parce que c’est vraiment dans l’esprit de la salsa, la chorégraphie de David et Nadège avec la « No Troupe », ils ne l’ont faite que quelques fois, c’était vraiment énorme ! Il y a par enfin Jhesus Aponte, la chorégraphie que j’avais vu de lui à Genève, avec Janet.

Quel métier exerces-tu en dehors de la salsa ?

J’étais éducateur sportif, et maintenant je suis assistant d’éducation, je travaille dans un collège, dans lequel j’ai encore des activités salsa parce qu’on me le demande ! C’est intéressant parce que c’est en ZEP, les gamins ne sont pas faciles. Lorsque tu arrives à faire danser des garçons de culture musulmane, plutôt fermés à ce genre d’activité, que tu arrives à les mettre en rueda parfois, pour moi il n’y a rien de plus touchant que ça, parce que tu te rends compte qu’avec un peu de travail de fond tu arrives à amener des enfants à une activité. Après ce sont même eux qui te le redemandent !

Comment est né Salsa en La Playa ?

Les cours de l’association marchaient bien, nous nous sommes dit : « pourquoi ne pas monter une soirée ». Nous voulions faire une soirée, qui réunisse un maximum de personnes, sur la côte ouest. L’idée de départ - nous étions un peu malades ! - c’était de la faire au Mont-Saint-Michel ! Je ne m’y connaissais pas du tout en termes d’organisation de soirée, en tant qu’éducateur sportif j’avais déjà organisé pas mal d’événements sportifs sur une journée mais pas sur un week-end, c’était différent. Mon frère jumeau habitait sur Bordeaux à l’époque, il avait un copain, qui est devenu ensuite un de mes proches, Fabrice, qui organisait déjà des soirées. Il avait une association, Le Colibri. Je l’ai appelé, il est venu. Il a un peu canalisé les idées que nous avions, parce que cela partait dans tous les sens. Nous avons organisé la première soirée Salsa en la Playa, le 23 mai 2003. Un vendredi soir. Il y avait deux cent cinquante personnes, qui étaient quasiment toutes de La Rochelle. C’était le feu ! Le début de soirée avait lieu en bordure de plage, de 19h à 23h, puis c’était soirée et concert à l’intérieur de 23h à 5h du matin. L’année d’après, nous avons fait venir Ocho y Media, c’était à Châtelaillon, nous nous sommes agrandis petit à petit. C’est vraiment parti d’une soirée, qui a bien marché, nous avons décidé ensuite de faire un événement sur un week-end. Depuis quatre ans, cela prend de l’ampleur. L’année dernière nous avions 350 places, qui sont parties en quinze jours. Cette année, 650 places sont parties en sept jours !

Comment expliques-tu ce succès ?

J’ai fait beaucoup de congrès. J’aime ça, mais c’est de la performance technique, du sport pour moi ! Je pense que lorsqu’on a fait beaucoup de congrès, ou qu’on a le sentiment d’en avoir fait le tour, ou bien que l’on en a fait un et que l’on n’a pas adhéré à l’esprit, on a envie d’avoir des choses simples. Je trouve aussi que, dans les congrès, il n’y a pas de moments de communion, que tu peux avoir lors de concerts lorsqu’un groupe te met le feu. Salsa en La Playa, c’est différent. Les gens ne se prennent pas la tête, ils posent leurs bagages, ils dansent pendant soixante-douze heures. Il n’y a pas de cours. Cette année, nous aurions pu faire un congrès ! Il y a Sals’n’Jazz, Alain, David et Nadège, Salva, il n’y a pas mal de profs qui viennent, mais ce n’est pas l’idée ! Et puis, il y a aussi le prix qui joue. Nous ne faisons pas de bénéfices. Il y a aussi une dynamique entre Bordeaux, La Rochelle, Niort, Rennes, le bouche à oreille fonctionne vraiment, et puis il y a des vidéos sur le net. Ce sont les gens qui viennent et qui repartent avec un sourire qui font l’événement. C’est un événement vraiment familial, il y des gamins, et il y a une communion entre les danseurs qu’il n’y a pas dans les autres événements… Ça me donne la chair de poule rien que d’en parler ! Cette communion qu’il y a dans les arènes à Vic-Fezensac pendant qu’Oscar D’Leon rend hommage à Celia Cruz, ce sont des moments de frisson rares, comme à Niort il y a deux ans lorsqu’on a fait la comparsa juste après le concert. Ces moments sont l’essence de salsa en La Playa. On nous demande pourquoi on ne fait pas mille personnes… Mais cela devient très vite impersonnel. C’est vrai que cela peut être frustrant pour ceux qui ne peuvent pas venir, mais cela changerait complètement le concept, les retours seraient différents. Cette année, par rapport à l’année dernière, tout le monde est logé au même endroit, 650 personnes logées au même endroit ! Tu es sûr de croiser tout le monde, sur trois jours…

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Achile et Anne-Laure en cours - festival de Rueda de Bordeaux 2006

Tu vois-tu encore danser la salsa dans vingt ou trente ans ?

J’ai dit à ma femme que j’espérais monter un jour sur scène avec mes filles. Pas forcément sur un congrès, mais pour faire un petit truc, sympathique. La plus âgée a deux ans, elle sait déjà faire un petit mambo, un petit Suzy Q. La seconde a deux mois, il va falloir que je sois patient ! La salsa, au-delà d’une danse, c’est un mode de vie… Avant la salsa, j’étais quelqu’un de timide et réservé lorsque je ne connaissais pas, ça m’a libéré, ça a été plus ou moins une thérapie, comme pour beaucoup de monde. Tu rentres dedans sans trop savoir où tu vas et puis tu y restes ! Je pense que je ferai forcément une pause à un moment ou un autre… Mais je danserai encore à soixante ans. Peut-être pas les ruedas de David Fagour, mais pourquoi pas des ruedas bachata !


Retrouvez Achile sur son site, et l’événement Salsa en La Playa sur le site dédié.



 

 

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