
- Isaac au Festival "Aqui Cuba" 2006
Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Isaac Bationon, je vis à Toulouse depuis 1989. Je suis originaire du Burkina Faso. Je suis né en Côte d’Ivoire, où je n’ai vécu que trois ans. Je suis venu en France pour des études supérieures.
Comment s’est faite la rencontre avec la salsa ?
En Afrique, on danse la salsa, ou plutôt le son, l’ancêtre de la salsa. A l’Université Paul Sabatier, j’étais moniteur de danse de société. Une Vénézuelienne est venue nous faire des cours de salsa, cela m’a rappelé le pays, j’ai tout de suite accroché. C’était il y a dix ans. Il y avait de la salsa cubaine, et de la salsa vénézuélienne, avec des déplacements avec beaucoup de déhancher, et peu de passes. J’ai trouvé ma voie là-dedans, je me suis lancé. A la fac, parmi les gens qui dansaient, j’étais le seul africain, ils ont senti que j’étais très à l’aise en salsa, ils m’ont demandé de m’occuper de cette section.
Depuis combien de temps enseignes-tu la salsa ?
Depuis ces années-là, dix ans maintenant. Mais j’ai commencé par les danses de société : rock’n’roll, valse, cha-cha-cha, paso, tango, les danses populaires, pas les danses de compétition. J’ai été encouragé par une femme, Patricia Vidil-Grenier qui s’occupait de la danse à l’Université Paul Sabatier. Elle a appris que je faisais beaucoup de choses, mais je suis un peu discret, elle m’a demandé si je pouvais ouvrir une section percussions africaines, ce que j’ai fait. J’ai enseigné les percussions d’Afrique de l’Ouest aux étudiants pendant quatre ans à la fac. C’est pourquoi je trouve que le rythme est très important.
Quelle est la situation de la salsa à Toulouse ?
La salsa est très très développée à Toulouse, depuis dix ans je crois. Il y a beaucoup d’endroits salsa : le Puerto Habana, qui est l’endroit le plus connu, le Barrio Latino... Il y avait aussi le Latino Palace , maintenant ils font un peu de brésilien. Il y a aussi le Palacio qui vient de s’ouvrir et qui est tenu par un cubain, le Lounge, l’Odéon, un bar-dancing qui fait de temps en temps des soirées rock/salsa, ou salsa tout court, et il y a d’autres soirées de manière plus sporadique.
Il y a beaucoup d’associations qui proposent des cours. Madeline (NDLR : professeur de danses cubaines qui est à présent sur Paris), est passée par Toulouse, elle y a aidé au développement de la salsa. Il y a Sandrine Plaa, et Guiermo, qui est l’un des pionniers de la salsa à Toulouse. Juan, Nichito sont passés par Toulouse, ainsi que Paul Martinez. Beaucoup d’enseignants en salsa cubaine.
Comment se développe la salsa portoricaine ?
La portoricaine a eu un peu de mal à se développer. Mais il y a des danseurs de portoricaine, et des écoles qui proposent des cours. Des écoles ou associations proposent aussi du mixte portoricaine/cubaine. David Fagour et Nadège, ainsi qu’Alex viennent de temps en temps. C’est vraiment la cubaine qui prime à l’heure actuelle.
Qu’est-ce qui te plaît dans l’enseignement ?
Je donne des cours presque tous les jours, et à tous les niveaux. C’est le fait de donner ce que tu connais qui me plaît dans l’enseignement. On m’a appris à donner, et je donne avec plaisir. Je connais des choses, et j’ai envie de le partager avec des gens. J’ai ce virus depuis que j’étais en Côte d’Ivoire, j’aimais déjà donner des choses aux gens. Même lorsque je faisais des études informatiques, électroniques, cela me plaisait d’expliquer des choses aux gens. Je l’ai retrouvé un peu dans la danse.
Continues-tu de te former, de prendre des cours ?
Oui, lorsque Madeline ou Juan viennent à Toulouse, lorsque des professeurs renommés viennent à Toulouse, ou s’il y a des stages. Pas forcément à des niveaux très élevés, on va souvent à des niveaux bas, pour apprendre des choses. En soirée, on se forme aussi énormément, on danse beaucoup, avec tout le monde, avec des débutants, avec lesquels on apprend beaucoup. Un bon danseur sait danser avec tout le monde. Lorsque l’on sait danser avec quelqu’un qui sait bien danser, on ne se remet pas en cause, avec les débutants on est obligé de se remettre en cause. On apprend beaucoup avec eux.
As-tu déjà eu l’occasion d’aller à Cuba ?
Non... une année, la fac me l’avait proposé, je faisais une DEA d’électronique, je n’ai pas pu y aller. Mais j’irai un jour ! Lorsque je vois les Cubains danser, c’est un peu l’Afrique, il y a beaucoup de points communs, c’est les Africains que l’on voit danser. La rumba c’est un peu là-bas, c’est notre pays !

- Isaac au Festival "Aqui Cuba" 2006
Tu es connu pour tes jeux de pieds, et tes pas en ligne en soirée...
Cela c’est développé à la fac, lorsque je me suis rendu compte que les gens qui savaient danser dansaient entre eux, et les débutants lorsqu’ils venaient en soirée restaient sur le bord et regardaient, ils n’avaient pas le courage d’y aller. Je leur proposais de venir, je voulais leur démontrer que ce n’était pas compliqué, on se mettait d’un côté, on faisait des choses, c’est toujours le souci de partager avec des gens. Lorsque l’on vient en soirée c’est pour danser, on doit le partager avec les gens. Il faut dire aussi que j’ai fait beaucoup de boogie woogie, on allait se lancer des défis en soirée avec des copains, on faisait des pas compliqués et il fallait que l’autre arrive à suivre, c’est comme ça qu’est venue la passion des lignes. J’ai fait aussi beaucoup de cours avec des professeurs renommés de boogie woogie, Marcus et Bärbl, Ryan François en lindy-hop, en shim sham, en Jitterbug Stroll... Il y a énormément de pas en ligne. C’est vraiment génial lorsque l’on voit des centaines de personnes faire la même chose ! Je ne sais pas si vous connaissez la musique congolaise, sur laquelle on danse aussi souvent tout seul en ligne. C’est ce qui m’a un peu poussé, mais je ne fais pas que ça.
On veut aussi montrer aux gens qu’avant de faire beaucoup de choses (NDLR : il mime des passes compliquées avec les bras), il faut apprendre le b-a-ba, et cela passe par le bas. On veut pousser les gens à ça. On voit beaucoup de gens faire beaucoup de choses, mais les pieds souvent n’y sont pas. On essaie d’expliquer en soirée que, lorsque l’on a les bons appuis, les bras peuvent venir tout seuls, l’inverse est plus difficile.
Quels sont les danseurs ou danseuses de salsa cubaine que tu admires à l’heure actuelle ?
Je n’en connais pas beaucoup... Il y a Madeline. C’est la première avec laquelle j’ai commencé à Toulouse. Elle a un dynamisme au niveau rythmique, elle est très juste, et cela me plaît beaucoup.
Quels sont les orchestres que tu apprécies particulièrement ?
Los Van Van, Pupy, Adalberto Alvarez, Manolito, Paulito, etc. Calle Real aussi. Et puis il y a aussi des orchestres français qui sont très bien.
On parle parfois de guerre de clan entre la cubaine, la portoricaine, danser sur le 1, danser sur le 2, êtes-vous épargnés à Toulouse ?
Avec internet, nous ne sommes pas complètement épargnés !
Je ne rentre pas là-dedans, je me dis si tu danses avec le 1 derrière pendant toute la musique, pourquoi pas, si tu veux commencer 1 sur le côté c’est juste aussi. Mais le problème que l’on voit en général, ce sont des gens qui commencent 1 derrière et qui changent en cours de route. On vient d’un pays où le rythme est très important... Passer de l’un à l’autre veut dire que tu as changé en cours de route. Il faut garder la régularité. Il faut dire aux gens que la rythmique est importante. C’est la musique qui nous parle, il faut essayer de jouer avec elle, c’est le plus important
Est-ce toujours un plaisir pour toi de danser ?
Dans la vie, lorsque tu fais quelque chose, il faut le faire avec plaisir, c’est comme cela que je vois les choses. Lorsque les gens me disent, c’est compliqué, je leur dis "c’est pas compliqué, si tu veux tu peux". Et c’est un plaisir de danser avec tout le monde, de voir les gens, de les rencontrer, c’est un moment de joie. Historiquement, la danse c’est pour sortir de la souffrance, les Africains, aux Etats-Unis lorsqu’ils revenaient des champs, le seul lien qu’ils avaient avec le pays c’était la danse, la musique. C’est de là que sont nés le blues, le jazz, le rock’n roll, le lindy hop. C’est pourquoi, lorsque tu danses, il faut exprimer ton plaisir !