
L’un des CDs s’intéresse plus particulièrement au boogaloo, l’autre à la latin soul, bien que la frontière entre les deux soit extrêmement poreuse.
On y retrouve quelques grands noms ayant sévi à l’époque et connu la postérité (Willie Colon, Roberto Roena, La Lupe, Eddie Palmieri, Bobby Valentin, Ray Barretto, Tito Puente, la Fania All Stars), quelques musiciens qu’on associe généralement à cette période (Joe Bataan, Joe Cuba), et quelques artistes plus obscurs qui font bien plus que soutenir la comparaison.
Restés quasi sans descendance, ces deux styles, mélanges explicites des musiques afro-cubaines et afro-américaines sont extrêmement datés, mais ont connu en leur temps un succès phénoménal.
Le boogaloo en particulier, vendu comme la danse de l’été (un peu comme pourrait l’être la lambada chez nous plus récemment), a résisté pendant une bonne décennie, et a permis l’évolution vers la salsa nuyoricaine telle qu’on la connaît maintenant.

La qualité essentielle de ces titres, c’est leur joie de vivre, souvent leur humour, leur côté festif.
On peut faire le tri sur la qualité musicale. Les formations de Joe Bataan ou Joe Cuba, par exemple, ne sont parfois ni très justes ni très en place, tandis qu’un Palmieri ou un Puente, très réticents vis-à-vis de cette musique, et qui ont fini par l’aborder pour des raisons purement commerciales, sont capables d’écraser la "concurrence" avec leurs arrangements millimétrés.
Mais jamais, sur aucune plage, ne pourront être pris en défaut l’enthousiasme et la fraîcheur des orchestres, et surtout le terrible groove, imparable, mnémonique et entêtant qu’ils savent donner à leurs compositions (ou à leurs reprises, comme "Fever" ou "Lady Marmelade").
L’écoute de ces vieilleries est une véritable cure de jouvence, et l’édition est fort bien documentée grâce à un livret très bien rédigé.
Bref, si vous ne connaissez pas encore le boogaloo et la latin soul, que vous aimez la salsa et la soul, vous aurez le plaisir de la découverte. Si vous connaissez déjà, la collection réunie ici est un beau résumé sans aucune faute de goût.
El Barrio, Gangsters Latin Soul & The Birth of Salsa 1967-75
Titres :
Joe Cuba Sextet : Do You Feel It (Tu Lo Sientes) (J. Cuba / T. May, 1972)
Bataan : Johnny’s No Good (Bataan Nitollano, 1972)
Tito Ramos : Big T (Tito Ramos, 1973)
Ralfi Pagan : Brother, Where Are You ? (Oscar Brown Jr. / Norman Curtis, 1973)
Tito Puente : Black Brothers (Tito Puente, 1973)
Charlie Palmieri : Either You Have It Or You Don’t (Alberto De Mercado, 1967)
Ralphie Robles : The Main Man (Norberto Cruz Jr., 1969)
Ray Barretto : New York Soul (Ray Barretto / Louis Cruz, 1968)
Lebron Brothers : Boogaloo Lebron (Jose Lebron, 1969)
Mongo Santamaria : Lady Marmalade (Bob Crewe / Kenny Nolan, 1975)
Cafe : Si Dame Tu Amor (Daniel Zaremba, 1974)
Willie Colon : Calle Luna Calle Sol (Willie Colon, 1974)
Roberto Roena : Que Se Sepa (D.R., 1973)
Pete Bonet : Puerto Rican Soul (Pete Bonet, 1969)
Fania All Stars : Red Garter Strut (D.R., 1968)
Measure For Measure : The Alexander Review (Markolino Dimond / Emilio De Lemos, 1975)
The Bad Boogaloo, Nu Yorican Sounds 1966-70
Titres :
La Lupe : Fever (John Davenport and Eddie Cooley)
The Joe Cuba Sextet : Gimme Some Love (Jaime Sabater)
Lenni Sesar : Morris Park (Solange Lopez)
Ralph Robles : Come And Get It (Ralph Robles)
Bobby Valentin : Bad Breath (Bobby Valentin)
Ray Barretto : Mercy Mercy Mercy (Ray Barretto)
Eddie Palmieri : Aye Que Rico (Eddie Palmieri)
Joey Pastrana : King Of Latin Soul (Joey Pastrana)
Dave Cortez With The Moon People : Happy Soul With A Hook (E. Jackobeck and D. Clewney)
King Nando : Mama’s Girl (Fernando Rivera)
George Guzman : Marilu (D.R.)
Vladimir And His Orchestra : Baby Boo Boogaloo (Vladimir Vassilief)
The Latinaires : Camel Walk (Louis Small and Larry Warden)
Ray Rodriguez & His Orchestra : Jumpin With Symphony Sid (Lester Young)
Johnny Colon : What You Mean (Johnny Colon)
Johnny Ventura : Guajira Con Soul (Johnny Ventura)