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  Humour  

Humour
Portraits de Salseros
Le milieu salsa regorge de stéréotypes. Voici le portrait de quelques-uns parmi les plus pittoresques
par Jack "El Oso"

Toute ressemblence avec des personnages existants est une pure coïncidence. Cet article est à but strictement humoristique et ne vise à offenser personne. Si vous vous reconnaissez dans l’un des personnages décrits, l’association ne peut donc être que le fruit de votre imagination.

Le Touriste

Le touriste est par définition totalement étranger à la Salsa. Il ne faut pas pour autant le confondre avec le débutant : en effet, contrairement à ce dernier, le touriste ne cherche en aucun cas à apprendre à danser, et ne s’intéresse absolument pas à la musique. Il se contente de se trémousser sur la piste de danse, généralement de façon quelque peu désarticulée et sans aucun égard pour le tempo, soit seul, soit avec une partenaire qu’il envoie violemment de tous les cotés. Le touriste est pour cette raison souvent détesté des danseurs, qui déjà à l’étroit sur les pistes parisiennes, se prennent des coups et se font marcher sur les pieds. Le touriste est d’autant plus dangereux qu’il danse, enfin, il bouge sur la piste de danse avec un verre voire une cigarette à la main, pouvant ainsi blesser les danseurs évoluant autour de lui. Certains touristes poussent le vice jusqu’à harceler le DJ pour qu’il mette "Oye cómo va" et "Guantanamera". Contrairement au danseur, le touriste consomme abondamment toutes sortes de boissons alcoolisées, ce qui rend ses mouvements sur la piste encore plus imprévisibles, mais contribue à la sympathie que lui porte le gérant de boite de nuit (voir "Gargamel" dans Portraits de salseros II). Certains établissements se spécialisent ainsi dans la clientèle touristique. Pour résumer, le touriste est un visiteur pour le moins désagréable, qui va à la Salsa comme on va au Club Med, à la recherche de dépaysement et avec un mépris manifeste pour la culture locale.

Les Dents de la Mer

Ce spécimen, également connu sous le nom de Tiburón (requin) en Espagnol, doit cette appellation à la finalité de sa présence dans les soirées Salsa, ainsi qu’à la voracité dont il fait preuve. On remarque le Tiburón à son entrée dans la salle au fait qu’il se comporte exactement comme s’il était propriétaire des lieux, ainsi qu’aux chaleureuses salutations dont il gratifie tous ceux (et surtout celles) qu’il connaît de vue, tout en ayant l’air de se dire "mon Dieu, que je suis populaire". Une fois ce cérémonial accompli, le Tiburón commence à tourner dans la salle à la recherche d’une proie. Celle-ci se révèle souvent être une jeune fille soit étrangère au milieu, soit récemment arrivée dans ce dernier. Une fois cette dernière repérée, le Tiburón l’invite à danser. Quelque soit le type de musique, il l’entraîne alors dans le plus langoureux des Zouk Love que l’on puisse imaginer. Cela ne signifie pas que le Tiburón ne sache pas danser : j’en ai vu moi-même danser tout à fait correctement avec des danseuses confirmées. Cela fait juste partie de sa parade nuptiale. Au cours de la danse, qui selon la résistance de la proie, peut prendre plusieurs morceaux, le Tiburón commence à dévorer celle-ci, commençant généralement par la bouche, mais pouvant également lui baver dans le cou voire lui lécher l’oreille, au grand dégoût des danseurs environnants. Le Tiburón finit généralement son festin en privé, après que la proie consentante l’ait laissé se livrer à des attouchements que je ne saurais évoquer ici sans verser dans le XXX. Il est intéressant de remarquer que le Tiburón change de proie au quotidien, et qu’il ne s’attaque pour ainsi dire jamais deux fois à la même, sauf dans le cas du Tiburón étourdi.

Le Maestro

Comme son nom l’indique, le Maestro est un maître. En effet, si on lui pose la question, le Maestro vous avouera en toute modestie être un des meilleurs danseurs de la région. Curieusement, lorsqu’il danse, cela ne se voit pas, mais alors pas DU TOUT. Mais il ne faut pas se fier à l’avis du grand public. Les meilleurs danseurs, ce ne sont pas ceux qui se remarquent le plus. Le Maestro étant un très, très bon danseur, il maîtrise toutes les danses ; cela lui confère le droit de juger tous les danseurs, dans tous les styles, qui sont certes bien gentils, mais aucun ne lui arrive à la cheville. Etant un maître, le Maestro donne des cours, le plus souvent en plein milieu d’une soirée, lorsque sa malheureuse partenaire n’a pas effectué le mouvement exact que l’impeccable guidage du Maestro lui indiquait. Etant très, très fort, il se trouve que le Maestro ne trouve aucune partenaire qui possède un niveau lui permettant d’effectuer exactement ce que l’impeccable guidage du Maestro lui indique. Ce qui force le Maestro à s’arrêter très souvent au milieu d’une danse pour éclairer sa danseuse sur la passe qu’il était en train de faire. Mais après tout, il sait de quoi il parle, puisque si l’on prend la peine de l’écouter parler, on se rend compte qu’en fait, la Salsa, c’est lui qui l’a inventée. Contrairement à la plupart des gens, qui sont dans la Salsa pour faire la fête et s’amuser entre amis, le Maestro y est pour la compétition, donc pour savoir qui est le meilleur ; mais je ne vous apprendrai rien en vous disant qu’en fait, le meilleur… c’est lui.

La Tornade

On repère facilement ce personnage dans une soirée Salsa : en effet, même dans les soirées les plus bondées, lorsqu’elle danse, comme par magie, le vide se fait autour d’elle. C’est que tout le monde la connaît, et ceux et celles qui n’ont pas ce plaisir comprennent bien vite, et après s’être pris deux ou trois fois son talon, son coude, voire même sa main dans la figure, ils vont vite danser ailleurs. La Tornade, par ailleurs, ne s’excuse jamais : bien au contraire, lorsqu’elle heurte quelqu’un dans sa course… euh… dans sa danse, pardon, elle le regarde d’un air agacé, l’air de dire "pourriez pas vous pousser, non ?" On a certes tous besoin d’un espace vital minimal pour danser, sinon, on se retrouve à faire de la Salsa minimaliste ; eh bien elle aussi, à la différence près que son espace vital, c’est 10m2. On pourrait penser que pour être à l’abri, il suffit de danser avec elle… eh bien non : déjà, au milieu de la chanson, on a des crampes au bras gauche, tellement elle tire dessus lorsqu’elle se jette en arrière toutes les trois mesures, et il n’est pas rare de se voir gratifier d’un coup de coude dans le nez, au passage, voire de se faire un tour de reins en essayant de la rattraper dans un de ces spectaculaires renversés dans lesquelles elle se jette elle-même. Comment ? Une deuxième danse ? Non, merci, j’aime pas trop ce morceau, en fait.

Monsieur Je-sors-d’un-cours-de-danse

Comme son nom l’indique, ce personnage se rencontre principalement dans les cours de danse. Dans TOUS les cours de danse. En effet, il est ou a été l’élève assidu de tous les professeurs de Salsa de la région, et continue de prendre des cours très régulièrement avec les profs les plus en vue du moment. Curieusement, ça ne le rend pas particulièrement bon danseur, mais on peut compter sur lui pour vous sortir la dernière passe ou le dernier jeu de jambes qu’il a appris. Il ira même jusqu’à l’apprendre à qui veut en plein milieu d’une soirée. Monsieur Je-sors-d’un-cours-de-danse a par ailleurs toujours l’air de sortir d’un cours de danse, y compris lorsqu’il est en train de danser sur le morceau le plus entraînant du moment : calme et méthodique, il aligne passe sur passe comme qui récite un texte appris par cœur, sans une once de spontanéité, alors que tout le monde s’éclate autour de lui et la fiesta bat son plein. C’est cependant un personnage qui attire la sympathie 1) des autres Salseros, qui admirent son acharnement et sa patience ; 2) des profs de danse, pour une raison que je vous laisse deviner.

Le Danseur Fou

Le Danseur Fou est à la piste de danse ce que les montagnes russes sont au parc d’attraction ; en d’autres termes, mesdemoiselles, accrochez vous. Dès le début du morceau, et quelque soit le tempo de ce dernier, le Danseur Fou vous entraîne dans une succession de passes endiablées, assorties de nombreux triples voire quadruples tours, et de spectaculaires renversés à des moments pour le moins incongrus par rapport à la musique. Si par malheur, vous arrivez à suivre un tant soit peu son guidage imprévisible et approximatif, vous n’êtes pas au bout de vos peines : le Danseur Fou, comprenant qu’il a affaire à une bonne danseuse, se lance dans les passes acrobatiques, ce qui met en danger outre la danseuse, les gens dansant dans un rayon de 5 mètres autour de lui. Une fois le morceau terminé, le Danseur Fou remercie d’un air triomphant sa danseuse exténuée, et se dirige sans attendre vers sa prochaine victime, car pour une raison qu’il n’a jamais pu élucider, aucune danseuse n’a jamais accepté une seconde danse avec lui. Tout comme le Maestro, le Danseur Fou ne trouve jamais de partenaire à son niveau et attribue cela au fait qu’il est vraiment très, très fort. Cela dit, contrairement au Maestro, il n’enseigne pas, et garde même jalousement le secret de ses passes incroyablement complexes qui paraissent sorties droit d’un manuel de Judo.

Le Binôme

Comme le terme l’indique, le binôme est constitué de deux individus, généralement femme et homme. Le binôme est dans la plupart des cas un couple dans la vie "normale", et se rend dans les soirées Salsa dans le but de danser… l’un avec l’autre. Et avec personne d’autre. Donc, de leur arrivée dans la soirée jusqu’à leur départ, les deux composantes du binôme dansent ensemble, s’assoient ensemble, boivent ensemble, et re-dansent ensemble. Restant en permanence collés l’un à l’autre, ils laissent apparaître clairement à tout le monde qu’il serait fort indécent d’inviter l’un des deux à danser, et si par le plus pur des hasards quelque inconscient ose proposer une danse à l’un ou l’autre, il se voit systématiquement gratifier d’un refus sec de l’individu objet de l’invitation, et se fait fusiller du regard par l’autre composante du binôme. Les toilettes n’étant malheureusement pas mixtes, il peut arriver que le binôme ait à se séparer pour quelques minutes au cours de la soirée. C’est là la seule véritable chance que vous ayez de parvenir à danser avec une des deux parties du binôme, bien que vous risquez fort d’essuyer un refus pur et simple. Si par miracle, il ou elle accepte, c’est la scène de ménage garantie au retour de l’autre partie. En résumé, pour le binôme, la Salsa est une danse de couple. Leur couple.

Le Roi de la Piste

Paradoxalement, le Roi de la Piste ne danse que très rarement sur la piste. En effet, celle-ci est trop souvent encombrée de couples qui, s’ils ne le gênent pas dans ses déplacements, empêchent tout le monde de le voir à l’œuvre. Le Roi de la Piste danse donc généralement ailleurs, de préférence dans un endroit bien éclairé, type à côté du bar, où il a toute la place qu’il faut pour briller aux yeux des autres Salseros ébahis. Le Roi de la Piste est dans la plupart des cas plutôt un bon danseur, qui se distingue des autres bons danseurs par le fait qu’il ne trouve pas le plaisir dans la danse elle-même, mais dans le fait que tout le monde le regarde. Sa danse se résume ainsi souvent à une accumulation d’exploits techniques et de passes spectaculaires, le tout effectué sans un regard pour sa danseuse, qu’il gratifie quand même de temps à autre d’un sourire à la Tom Cruise. Le Roi de la Piste ne se déplace jamais sans sa cour, constituée de danseurs et danseuses qui se la pètent aussi, mais pas autant que lui. Lorsque le Roi de la Piste danse, son fan-club l’entoure, et salue chaque prouesse technique par des sifflements, des ooooh, et des aaaaah. Ce cérémonial se répète ainsi toute la soirée, les danseurs de la cour du Roi de la Piste ayant droit à leur minute de gloire chacun à son tour, le reste du groupe commentant la finition de telle ou telle passe, et accompagnant les moments forts de chaque danse de divers bruitages. Le Roi de la Piste ne manque pas de récompenser ses danseurs en leur tapant dans les mains, voire sur l’épaule. Enfin, le Roi de la Piste ne danse pas avec n’importe qui : en fait, il ne danse qu’avec les danseuses de sa caste, ou bien avec celles susceptibles de passer à la casserole, auquel cas il danse plutôt sur la piste, et sa cour s’éclipse soudainement. En bon souverain de droit divin, sa côte de popularité bât de l’aile dès que l’on sort de sa cour. Heureusement, la piste ne connaît pas de révolutions.

Le Salsaholique

Le Salsaholique est un personnage fort commun au milieu Salsa. Alors que certains boivent, fument, ou se droguent, son truc à lui, c’est la Salsa. En effet, le Salsaholique ne vit que pour la Salsa. Lorsque vous discutez avec lui, il ne vous parle que de ça, et semble s’ennuyer dès que la conversation dévie sur d’autres rails. En se levant le matin, il écoute de la Salsa pour se réveiller, puis va à son travail avec la Salsa à fond dans sa voiture. Toute la journée, il réfléchit à l’endroit ou il va danser ce soir, et dans le cas du Salsaholique élégant, à ce qu’il va se mettre. Depuis son travail, il se connecte à des sites Internet parlant de Salsa, commande des CDs de Salsa sur www.tuveuxdelasalsabenenvla.com, et appelle ses amis Salseros pour discuter du dernier album de José Alberto "El Canario". Il va bien entendu danser tous les soirs, et si par malheur il n’y a pas ou danser, il passe ces soirées là avec des amis Salseros à regarder des DVDs de Salsa, ou à discuter sur la meilleure façon de danser la Salsa. Faut il danser sur le "1", ou sur le "2’’ ? That is the question. Il ne rate bien entendu jamais son cours de Salsa hebdomadaire, et est au courant de tout, j’ai bien dit TOUT ce qui se passe au niveau Salsa dans la région. Il se déplace d’ailleurs régulièrement dans d’autres pays pour un congrès ou autre festival, dans lesquels ils rencontre d’autres Salsaholiques comme lui. Lorsque vous montez dans sa voiture, après toute une soirée passée dans un club de Salsa, il s’empresse de mettre un CD de Salsa dans le lecteur, histoire de combler cet insupportable silence. Il arrive néanmoins que le Salsaholique sature. A force de n’écouter que de la Salsa, ça devait arriver, me direz-vous. Alors, pendent quelques heures, il fait un break, et il écoute….. de la Bachata.

Le Boulet

Autre personnage fort commun dans le milieu. Certain(e)s Salsero(a)s, pour la plupart Salsoliques notoires, ont la particularité d’être "casés", j’entends par là engagés dans une relation sérieuse, avec quelqu’un qui ne partage pas, mais alors pas DU TOUT leur passion. Le Boulet, c’est donc le conjoint. Malheur. Pendent que l’autre danse avec tout le monde, s’éclate, rit, le Boulet reste dans un coin, généralement accoudé au bar, en tirant une tête jusque par terre. En plein milieu de la soirée, alors que la fête bat son plein, le Boulet est fatigué et veut rentrer. Comme par hasard, c’est juste à ce moment là que l’on met le morceau préféré du / de la Salsaholique, qui s’en va frustré(e) au possible. Engueulade garantie. Certains Boulets finissent par rester chez eux, voire sortir avec leurs amis à eux. D’autres essayent de se mettre à la Salsa, prennent des cours en niveau débutant alors que leur partenaire est chez les avancés. Le Boulet n’est pas doué, son / sa partenaire s’ennuie ferme en dansant avec, bref ça ne marche pas. Et re-engueulade garantie. Certains Salsaholiques semblent s’entêter à ne sortir qu’avec des Boulets, et sont donc éternellement malheureux en amour. D’autres découvrent la Salsa alors qu’ils sont déjà "casés", et leur partenaire devient un Boulet par la force des choses. Dans tous les cas, pour l’un comme pour l’autre, c’est tragique. La Salsa, c’est bien, mais sachez que cela brise des ménages. Snif.

Le Petit Vieux

Vous le connaissez tous, ne serait-ce que de vue. Personne ne sait vraiment son âge, mais il a certainement la soixantaine bien entamée. On a beau dire que la Salsa, c’est pour les jeunes de 7 à 77 ans, ça fait toujours drôle de le voir dans une foule qui a, pour la plupart, entre 20 et 30 ans. C’est généralement un danseur plutôt moyen, mais ça ne le décourage pas pour autant. On le croise dans TOUTES les soirées Salsa, et il danse avec tout le monde. A le voir, on vacille entre l’amusement et l’admiration. Mais quelque part, on voudrait tous être comme lui, à cet âge là.

Radio Bemba

Personnage équivalant à celui que l’on appellerait, dans la vie "normale", Radio Trottoir. Présente à toutes les soirées Salsa, elle passe le plus clair de son temps à commenter la vie des autres composantes du milieu Salsa. Elle connaît ainsi par cœur la liste des proies du Tiburón, les déboires du Boulet de service, les circonstances entourant la dernière engueulade du binôme, et elle a même remarqué ce Zouk TRES Kolé Séré que vous, oui, vous, lecteur de SalsaFrance, avez dansé avec cette jeune fille blonde au décolleté plongeant. Elle s’est bien entendu empressée de le raconter à tout le monde. Avec elle, attention à ce que vous dites : la remarque la plus innocente de votre part pourrait lui laisser entendre bien plus que vous ne pouvez l’imaginer. Ainsi, faites lui un compliment sur sa robe de ce soir, et vous risquez fort d’apprendre le lendemain que vous lui avez fait des propositions indécentes.



 

 

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