Dark Latin Groove (DLG) Renacer Univision, 2008 par Jack "El Oso"
Commençons par un petit rappel : Dark Latin Groove, plus connu sous son abréviation "DLG", fut un groupe phare de la salsa-pop new-yorkaise de la fin des années 90, créé, produit, coaché et accompagné (musicalement) par le gourou de cette tendence musicale en personne, j’ai nommé Sergio George, qui avait réalisé là ce qui s’est fait de plus révolutionnaire en matière de fusion de la salsa avec rap, ragga, pop, etc. Le succès fut phénoménal, tout particulièrement auprès de la jeune génération. En 2000, le phénoméne vocal Huey Dunbar, qui assurait jusque là le "lead" du groupe, quitte ce dernier pour poursuivre une carrière solo (qui ne décollera jamais, mais c’est un autre sujet), mettant une fin abrupte à l’aventure.
Après 8 ans de silence radio, voilà DLG de nouveau sur les rails, toujours avec Sergio George aux manettes, mais sans Huey Dunbar. De l’équipe initiale, seuls subsistent James "Da Barba", toujours en charge des passages ragga, et le rappeur Fragancia. En lead vocal, DLG a désormais une chanteuse, Yahaira "Miss Yaya" Vargas, à qui Nestor "Ness" Rivero, ancien vocaliste de Adolescent’s Orquesta, donne la réplique sur quelques morceaux.
D’emblée, il paraissait évident qu’il serait très difficile de remplacer Huey Dunbar et son organe vocal surpuissant, qui faisait partie intégrante de la "griffe" DLG dans les années 90.
Alors, résultat des courses ?
Il faut admettre que Miss Yaya se défend vocalement fort bien, tout comme Ness (qui avait, lui, eu davantage d’occasions de le prouver).
La "machine" DLG, ce mix savamment dosé de salsa et de pop, assaisonné de ragga, de rap, et de quelques autres influences, surfant allègrement sur des reprises de morceaux d’origines diverses et variées, fonctionne toujours : le single "Quiero decirte que te amo", reprise de Laura Pausini, "Pero me acuerdo de tí", reprise de Christina Aguilera, ou encore "El sueño se acabó", dans le registre salsa-pop (que les détracteurs ne manqueront pas de qualifier de "dégoulinante"), sont assez convainquants. La reprise de la chanson traditionnelle péruvienne "Toro Mata", popularisée en salsa par Celia Cruz, l’est un peu moins. Avec "Conmigo quedate" et "No soy esa mujer", DLG fait dans le merengue/latin-house et flirte avec la musique électronique, ce qui était déjà arrivé par le passé.
Jusque là, tout allait plus ou moins bien.
Mais quelle idée saugrenue que de reprendre, dans une version soit-disant "live", cinq morceaux issus du repertoire historique de DLG ? Et pas n’importe quels morceaux : "No morirá", "Muévete", "Volveré", "La quiero a morir" et... "Juliana" ! Rien que ça.
Il est déjà difficile, dans un groupe connaissant un grand succès, de changer un élément aussi fondamental que le lead vocal. Ce n’est rien de nouveau, la reine Celia Cruz elle-même se fit huer par le public lorsqu’elle débuta en tant que vocaliste de la Sonora Matancera en 1950, succédant à Mirta Silva. L’opération était d’autant plus délicate au vu de la manière dont Huey Dunbar avait été mis en avant dans DLG...
Même en ayant les meilleures dispositions du monde par rapport aux nouveaux intégrants du groupe, il était très difficile, pour un fan de ce dernier, de ne pas comparer.
Alors si en plus, on nous sert cinq morceaux historiques du groupe, avec les mêmes arrangements, quasiment note pour note, mais avec Miss Yaya en lieu et place de Huey Dunbar ? C’est ce que l’on appelle tendre le bâton pour se faire battre.
Bien entendu, il n’y a pas photo. Que voulait donc prouver Sergio George ? Que sa nouvelle vocaliste pouvait faire aussi bien que Huey Dunbar ? C’est raté. Se réapproprier un repertoire que ce dernier continue à chanter lors de ses tournées en solo ? C’est fort possible.
Si c’est le cas, c’est doublement dommage, car c’est un choix politique, et non artistique, d’une part, et d’autre part, parce que la comparaison ne tourne pas à l’avantage de la nouvelle formation, qui au vu des talents réunis, méritait sans doute de meilleures conditions pour lancer son nouvel album.
Titres Quiero Decirte Que Te Amo
Toro Mata
Pero Me Acuerdo De Ti
Conmigo Quedate
El Sueño Se Acabo (Tal Vez)
No Soy Esa Mujer
No Morira
Muevete
Volvere
La Quiero A Morir
Juliana
Musiciens Sergio George - Piano, claviers
Diego Gale - Bongo, timbal, conga, campana
Sergio Munera - Basse
Luis "Petato" Velez - Bongo, campana
Morist Jimenez - Trombones
Javier Aponza - Trompettes
Ismael Jauregui - Trompette
Miss Yaya - Voix, Coro
Nestor "Ness" Rivero - Voix, Coro
James "Da Barba" - Voix
Fragancia - Voix
DJ Napoles - Voix