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  Chroniques, tribunes, éditos  


Varions nos modes de consommation

par Déelle

Vous souvenez-vous de la toute première fois où vous avez goûté un plat surgelé Tricar ? La façon dont vous avez été agréablement surpris. L’image de cette fourchette portée à vos lèvres réticentes et cette unique bouchée qui a suffi à chambouler vos idées reçues sur ce supermarché du froid. Pour ma part, je m’en souviens parfaitement, de ce saint jour où j’ai découvert les surgelés Tricar. C’est bon, c’est pratique et ça étanche la faim. Que demander de plus ?

J’aime manger. J’adore manger. Tricar pourrait potentiellement répondre, à lui seul, à la satisfaction de tous mes péchés de gourmandise : crevettes, noix de saint-jacques, gratin dauphinois, poulet tikka massala, lasagnes végétariennes, cheesecake, fondant au chocolat, tiramisu de fruits rouges… On trouve tout ce que l’on aime chez Tricar. Pourtant je ne saurais m’en contenter. Il y a tellement plus ! Pourquoi aborder la nourriture uniquement sous l’angle du surgelé ? Tricar m’a offert une vitrine de premier ordre sur l’immense variété des aliments et la multitude de combinaisons qui existent pour les associer entre eux. Qu’il en soit loué. Mais qui pourrait prétendre aimer la nourriture en ayant passé sa vie à bouffer du Tricar ? Qui oserait se proclamer fin gourmet sans n’avoir jamais cherché à se frotter aux sources même des plaisirs gustatifs ? Savourer un plat tout chaud sorti des fourneaux, modelé par un chef cuisinier à la directe attention de notre palais. Profiter d’un plaisir unique et éphémère. Se dire que la même recette, préparée par la même brigade aura peut-être un goût totalement différent un autre soir. Découvrir, après avoir mangé quinze fois dans le même restaurant, la pointe de coriandre cachée dans la spécialité phare du menu. Ce sont des sensations qui vont au-delà du bonheur. Loin de moi l’idée de critiquer Tricar, je préfère simplement le considérer comme l’une des cartes que j’ai en main. Une bonne alternative au fait que je n’ai pas la possibilité (ni l’envie ou le temps d’ailleurs) de m’offrir des mets 3 étoiles tous les soirs. Eh bien Tricar et soirée salsa… même combat.

J’aime danser. J’adore danser. Toutes les soirées que j’écume me procurent un plaisir indescriptible. Il n’y a rien de tel que de rechercher, voire parfois approcher, le triptyque sacré : l’adéquation parfaite entre deux corps étrangers plongés dans une même chanson. Mais pourquoi se contenter de ce seul plaisir là ? Les DJ nous font découvrir l’immense richesse de la musique. Qu’ils en soient bénis. Mais comment prétendre interpréter la musique, sans n’avoir jamais cherché à l’écouter dans son environnement naturel ? Comment peut-on réellement l’apprécier sans n’être jamais remonté à la source des plaisirs harmoniques ?

Imaginez : un Bordelais faisant le déplacement jusqu’à Paris, attiré par la renommée de la Tour D’argent ou un Parisien se rendant à Lyon, enjoué à l’idée de découvrir la table de Paul Bocuse. Ne serait-on pas un peu surpris, au bout du voyage, de les voir s’installer sur le trottoir, juste en face du restaurant, et se gargariser du menu offert par une buvette itinérante :

- Printanière de Springles au vinaigre à l’oignon
- Coulis de Vash Ricky sur lit de pain de mie Herry’s
- Emincé de bonbon Aripo et sa chiffonnade de cellophane

En accompagnement, le meilleur cru de Boâ-6 Mangue Passion, bien sûr.

Quelle idée saugrenue. Un choix incompréhensible que des centaines (des milliers ?) de salseros assument sans vergogne chaque été. Au mois de juillet ils traversent la France direction Vic-Fezensac, s’installent à l’abord d’arènes dignes du guide Michelin et choisissent du Tricar au détriment du caviar. Pourquoi faire autant de kilomètres pour danser sur un goudron impraticable… alors que la crème (pâtissière) des musiciens salsa leur tend les bras pour une bouchée de pain (cuit au feu de bois) ? Si c’était pour danser gratuitement en plein air, z’auraient pu se contenter des quais de Seine. Aller à Vic sans faire un seul concert… j’en pleurerais.

A chaque fois qu’un musicien compose, arrange, répète ou enregistre un morceau, je suis sûre qu’il réfléchit, dans un coin de sa tête, à la façon dont il le fera vivre en live. Un musicien a le trac et des papillons dans le ventre avant de monter sur scène. Il a rarement peur avant d’entrer en studio. Peut-être parce que c’est la scène qui l’anime. Acheter des disques, c’est déjà bien. Aller en concert c’est explorer l’autre côté de la même médaille. C’est récolter les graines d’émotions semées par les artistes en leur en redistribuant par la même occasion. Une interaction impossible à retrouver sur le parquet d’une soirée.

Certains salseros argueront : "En concert, on ne peut pas danser". C’est parfois vrai. Je suis comme vous : j’aime danser, j’adore danser. Pourtant, aucune danse n’a encore jamais réussi à me tirer les larmes des yeux... Chers danseurs, nous pourrions certains soirs choisir de débrancher nos micro-ondes et nous offrir un bon resto. Qu’en dites-vous ?



 

 

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