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  Danse  

Jorge Camaguey
El Bailador
Interview réalisée le 4 juillet 2009 - Traduction de Marie Not
par Luna

Mille mercis à Marie Not pour la traduction...

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Jorge Camagüey, je suis natif du centre de la province des tinajones[1]. Je vis dans la superbe ville de Barcelone depuis treize ans, et, depuis que j’y suis, je me consacre à transmettre ce sentiment que j’ai appris tout jeune... lorsque j’écoute la musique.

J’ai appris toutes les danses cubaines à dix-sept ans et plus tard, en grandissant, j’en ai appris d’autres encore, et aujourd’hui, en Europe, nostalgique de ma culture, et bien, j’ai voulu donner de la valeur à ces détails qui, apparemment, rendent heureuses de nombreuses personnes.

Je suis donc né à Camagüey, la ville des tinajones située dans la plaine, non pas dans les montagnes et siège des colons espagnols. C’est la deuxième ville fondée par les Espagnols, elle a une tradition culturelle assez importante. Toutes les troupes aujourd’hui, dans l’actualité de Camagüey, toutes, je dis bien, sont qualifiées et reconnues comme les meilleures de Cuba dans quasiment tous les domaines. Peut-être grâce à la technicité qui identifie la ville...

Quel est ton parcours artistique  ?

Dès l’âge de sept ans, j’ai commencé dans le milieu amateur, car à Cuba, grâce à Dieu, il existe un plan de la Culture en relation avec l’éducation, qui agit dans les écoles primaires. L’objectif est non seulement de rechercher des talents, mais aussi de perpétuer la tradition populaire des danses cubaines. C’est donc là où j’ai passé l’épreuve avec succès et j’ai réussi l’examen de danse et de pratique.

J’aime danser depuis tout petit car ma sœur m’a toujours poussé à danser, et bien que j’aie toujours eu cette inclination pour la musique et la danse, avec elle, on se complétait bien, car pour que nos parents la laissent sortir dans les fêtes et les soirées, il fallait que je l’accompagne. Le résultat c’était qu’on finissait toujours par être applaudis et on nous entourait pour nous regarder danser ensemble du Funk sur Boney M ou quand j’imitais Michael Jackson, Cool and D et d’autres encore... Mais c’était surtout quand on dansait le Casino (NDLR : ce que nous appelons salsa cubaine) malgré mon jeune âge - cinq ans, ce qui apparemment attirait le plus l’attention des gens. De sept à dix ans, j’ai appris toutes les danses populaires. Pas folkloriques, populaires, c’est important, j’ai fait de la danse contemporaine, un peu de classique... Suffisamment pour passer l’audition pour le Ballet de Camagüey, mais bien sûr mes moyens étaient limités par mon père qui m’empêchait de danser.

Mon père était chef de la police de Camagüey et il m’a toujours empêché de danser, il m’a toujours ôté toute possibilité, toute activité... Quelles qu’aient été mes tentatives de danser, il me les interdisait. Malgré cela, je dansais aussi le hip hop dans la rue avec des bandes, et du coup, il m’envoyait la police, il m’arrêtait, et me laissait là quelques temps pour que je change d’avis, mais je me rebellais un peu plus chaque fois.

J’avais à peu près quinze ou dix-sept ans, j’avais déjà une certaine réputation dans ma ville et dans ma province pour qu’on m’appelle « el Bailador » et j’ai eu l’opportunité d’apprendre d’autres danses que je ne connaissais pas.

A vingt ans, avec un groupe d’amis de Camagüey qui dansaient avec moi dans la rue et aussi à la Maison de la Culture, là où nous avions appris à danser enfants, nous nous sommes regroupés pour essayer de travailler dans les hôtels, trouver de meilleures opportunités économiques quand Cuba s’est ouvert au tourisme.

Nous avons travaillé pendant deux mois à de nombreuses figures et à des chorégraphies puissantes et nous nous sommes présentés à l’audition d’une Entreprise d’artistes. Là, le sous-directeur de l’époque, qui est à présent l’actuel directeur du Ballet Folklorique de Camagüey, Mendiga, a été époustouflé de voir que la plupart d’entre nous, sans aucun diplôme officiel d’école d’art, nous faisions tout ce que peut faire un danseur. Il a surtout été époustouflé de voir toute cette énergie, celle-là même que vous pouvez voir en moi, qui animait tous ceux qui étaient avec moi. Et il nous proposa le projet de fonder le Ballet Folklorique de Camagüey. Aujourd’hui, je regrette que cet homme qui a pourtant été mon mentor, ne m’ait pas reconnu ce labeur, n’ait pas reconnu mon travail, la passion que j’y ai mise, car tous ceux qui sont restés là-bas, les fondateurs reconnaissent et savent que c’était moi le plus impliqué dans le folklorique, justement avec lui, c’est moi qui ai fait le plus de recherche. J’ai encore les titres des séminaires que j’ai suivis, c’est-à-dire que j’ai été celui qui a le plus appris malgré le peu de temps que j’y ai passé.

Je suis parti à cause de la mauvaise ambiance qui régnait là-bas, mais je crois que j’y suis resté un an et demi, peut-être deux ans ; pas beaucoup, comparé à tous les autres, mais ces années-là ont été bien mises à profit. A partir de là, donc, j’ai découvert un autre monde magique, celui de la danse et de l’histoire culturelle de la danse à Cuba, qu’aujourd’hui, tel un souvenir un peu lointain, je maintiens et perpétue.

Si je me compare aux danseurs de Cuba, les professeurs, ceux qui sont ici en Europe, peut-être que tous ont eu de meilleures opportunités que moi. Tous certainement, ont eu leurs difficultés, mais tous ont eu l’opportunité d’avoir un diplôme. A moi, on me l’a interdit, on m’en a empêché, autant la famille que le milieu dans lequel j’évoluais, peut-être parce qu’on voyait en moi une énergie différente et une personne différente de ce que l’on voit d’habitude dans ce milieu et on m’en a empêché...

Mais, bon... Dieu (j’ai toujours pensé que c’est le temps qui fait la vérité et Dieu, la justice !) Dieu, donc, a permis qu’entre tous, ce soit moi qui soit bien placé en Europe, enseignant avec passion et respect à tous les Européens sans les mépriser, sans penser qu’ils ne pourront jamais danser comme les Cubains. Avec une très grande foi et une très grande confiance, et conscient que je suis non seulement un exemple mais aussi une leçon pour les uns comme pour les autres.

Et puis ici, en Europe, j’ai commencé à enseigner à mon idée, jusqu’à ce que je comprenne qu’il était nécessaire de montrer une image différente. En Europe, il y a eu un temps où les gens, les professeurs qui arrivaient ou qui enseignaient, n’était pas vraiment professeurs. Il s’agissait de gens qui avaient peut-être comme moi pratiqué la danse dans leur jeunesse, mais qui n’étaient pas diplômés. Certains avaient quitté le pays en se mariant ou je ne sais pas trop comment, et ils ont commencé à enseigner le Casino de façon très simple. Et donc, à partir de là, je me suis rendu compte qu’il fallait corriger certaines choses.

Ensuite avec l’arrivée en Europe de la Salsa américaine, je me suis rendu compte qu’il fallait continuer à travailler pour améliorer ou mettre au propre tout l’enseignement du Casino que Cuba n’a jamais reconnu comme une danse populaire. Alors que c’était la plus populaire de l’époque ! Peut-être que cela peut s’expliquer par des milliers de raisons, premièrement, le contexte dans lequel est née cette façon de danser, la Rueda de Casino et le Son : dansé par les blancs, créé par les blancs qui imitaient les noirs et y mêlaient pleins de choses ; peut-être la recherche qu’ont faite certains ethnologues à Cuba pour sauver les valeurs et les organiser en formats, en registres pour les conserver et pour que Cuba garde et perpétue une identité de ses racines, africaines comme espagnoles... Je ne sais pas combien de raisons peuvent justifier cela. Le problème, c’est qu’on ne l’a jamais enseigné à la Maison de la Culture, le Casino était absent des manuels pour les professeurs de danse. Et ce, malgré une tradition de grande popularité ! Il n’a jamais été inclus ! On a dû l’apprendre dans la rue ! Dans mon cas, j’ai été inspiré par El Guay et son ami mulâtre que je considérais comme les meilleurs danseurs de Camaguëy.

Ils dansaient avec les frères Santos à La Havane et, comme c’était mes voisins, ils venaient à des fêtes et moi, je m’asseyais toujours pour les regarder. Et comme eux savaient que je dansais et que j’adorais ça, ils me disaient : « Viens Jorgito, viens, danse ! » et moi je dansais... Et ainsi, tout petit déjà, je me détachais, parce qu’enfant, je n’avais pas peur de danser. Bien que je sois seul parce que, comme j’ai déjà dit, père dans la police, répressions sociales, je n’ai jamais eu d’amis... C’était compliqué ma vie dans ce contexte, et donc, à partir de là, j’ai eu cette image dans ma tête, toute cette expérience, toutes ces larmes que j’ai versées, aujourd’hui en Europe, elles se sont transformées en joie, en bonheur, en tranquillité, et en une grande paix.

Je crois en Dieu et je suis studieux, raison pour laquelle j’ai cessé de danser à Cuba, par foi, et je me suis mis à étudier la théologie et cela m’a appris beaucoup d’autres choses encore sur le plan humain, comme spirituel ou social. C’est peut-être cela la raison pour laquelle je respecte autant les individus, je les apprécie tels qu’ils sont malgré leur culture, leur caractère, leurs tendances, leurs comportements. Et c’est cela que j’applique quand je danse avec les gens. Et en fonction de la musique cubaine qui a pris aussi d’autres tendances, j’ai vu que tout ce qui est aujourd’hui dans la Timba cubaine c’est tout ce que j’ai appris enfant. Je peux donc le reconnaître comme je peux reconnaître un de mes tee-shirts, une possession, quelque chose de personnel. C’est là peut-être qu’est le swing apporté au Casino bien qu’à Cuba encore aujourd’hui, on ne soit pas aussi attentif à ce point qu’on le devrait.

On ne donne pas l’opportunité au Casinero de se présenter tel qu’il est. On ne donne pas l’opportunité au Casinero de présenter une émission à la télé pour enseigner les passes compliquées, la technique, les éléments pour que le peuple l’apprenne bien. Cuba n’est pas encore arrivé à comprendre cela, ce besoin. Bien qu’il y ait un petit effort, il n’y a pas la vision. Peut-être parce que ceux qui sont là-bas ignorent à quel point dans le monde, on travaille dans le détail. Quand je vais à Cuba avec les élèves, les cubains les applaudissent ! Ils sont surpris de voir comment les gens dansent ! Ils en sont même honteux ! Ils disent : « Je ne peux pas danser avec tes élèves ! Ils dansent mieux que moi ! » Et il s’agit de gens qui ont déjà la réputation de bien danser à Cuba ! Et j’analyse ces choses, et à ce moment-là, je n’oublie jamais ce que me disaient les gens des hôtels « Les touristes n’y arriveront jamais... Ces gens n’apprendront jamais à danser ! » Et moi, en deux semaines, je les faisais danser. Et je me rendais compte que c’était ce mépris envers son prochain, cette façon qu’ils ont à Cuba de mépriser les autres, cette attitude négative dans le milieu social, cette sélectivité qui est parfois injuste de la part de ceux qui sont à la tête de la Culture, la Danse et l’Art, cette façon de décider que celui-ci ne peut pas et celui-là si, cette partialité qui font tant de mal à de nombreuses personnes. Je crois que j’en suis moi-même un exemple parlant ! On m’a écarté sous prétexte que je ne remplissais pas certaines conditions et, aujourd’hui même, je danse avec ceux qui remplissaient les conditions et je suis à la même hauteur qu’eux, pareil ! Alors, je crois que cette attitude négative dans ce processus à Cuba a abîmé de nombreux talents qu’il y a eu dans l’Histoire et qu’il y a toujours et qui n’ont aucune possibilité. Parce que, à Cuba, personne ne s’inquiète, ou personne n’a cette vision. C’est pour cela que, moi, je travaille sur cette base, sur la base que les gens d’ici valorisent et apprécient. Parce que, bien qu’aujourd’hui, peut-être, ce problème que « les gens ne dansent pas bien le Casino à Cuba » existe ou pas, moi, je fais en sorte que les gens comprennent plutôt qu’ils remettent en questions ou critiquent, qu’ils comprennent ce qu’il se passe et pourquoi. Une Ecole d’Art qui n’enseigne pas cette discipline comme toutes les autres, manque de quelque chose. Une Ecole d’Art d’une telle renommée nationale et internationale et qui ne s’est pas rendue compte de ce phénomène, je peux lui attribuer une expression de Ramira Sanchez, une amie de la zone touristique de La Havane[2] « L’ange de la danse à Cuba... il est parti, il a quitté Cuba ! ». Parce qu’aujourd’hui, il y a beaucoup de danseurs, Cuba continue à fabriquer des danseurs mais il manque les couleurs afro, ils manquent d’émissions artistiques sur la danse, de créativité. Peut-être ont-ils vieilli, peut-être croient-ils qu’ils n’ont plus rien à faire pour changer tout le système de spectacle, ou simplement pour profiter des talents qu’ils ont entre leurs mains ! Ils les perdent peu à peu, chaque fois qu’ils en ont la possibilité, ils s’en vont de Cuba, et ils les perdent et ils ne s’en rendent même pas compte ! On est mal mis en valeur ! Je crois que la cause première a été celle-ci, le Casino n’a pas été inclus pour des raisons historiques ! Il y aussi le racisme, n’oublions pas ce point-là ! Dès qu’on parle de danse, c’est une représentation du social, du politique, de l’économique, tout cela est très lié ! Car tout ce que l’on fait, toute la musique qui se compose, si vous l’écoutez bien, si vous la comprenez, c’est toujours lié à un contexte social, politique et économique.

Ces choses-là, j’ai besoin que l’Europe ou le salsero comme moi, amateur de danse cubaine les comprenne pour que, par cette compréhension, passe plus de sentiment. Parce que, quand je comprends et quand j’accepte, commence à monter un sentiment qu’à Cuba on appelle la "manana". C’est un sentiment de l’âme africaine qui naît dans le cœur et qu’elle donne à Dieu. Je ne crois pas qu’on naisse danseur, je pense que Dieu donne des talents aux hommes pour que, en commun, ils les répartissent et fassent de leur mieux toute leur vie, et c’est ce qui se passe à Cuba. Ce qui n’est pas apprécié, n’est pas compris, peut-être à cause du manque de vision ou d’humanité que manifeste parfois Cuba à l’égard de sa philosophie de vie. Et les gens pensent de façon très... fermée. Mais, bon, malgré cela, comme je suis un homme de foi, je crois qu’il y aura bientôt un éveil, non ? Bientôt...

Par exemple, en ce moment même, à Cuba en novembre, il y a "El Baile en Cuba" qu’organise Antonio Alemán et déjà, les gens qui vont à Cuba se font leur opinion. Cette année il y a plus de monde, pourquoi ? Parce que les cours de danses populaires de tradition se font en direct. Mais que se passe-t-il ? Le Casino n’est pas à la hauteur du niveau avancé qui est attendu. Les gens ont découvert que travailler autant le Casino ne leur donne pas l’opportunité d’être présents en tant que professeurs pour enseigner un niveau... C’est-à-dire qu’il existe encore ce préjugé par exemple entre La Havane et Santiago ou La Havane et d’autres provinces... ces choses que personne ne corrige, que personne ne dénonce, que personne ne travaille intelligemment pour les corriger, pour chercher des solutions pratiques et que tout fonctionne comme il faudrait, il n’y a aucune personne encore à Cuba que je puisse voir faire cela. Et je trouve que c’est dommage.

C’est pour ça que je traduis cette peine en bonheur pour les gens. Pour que, confiant en ce qu’un jour quand vous irez à Cuba et que vous danserez, les gens vous applaudiront et vous poseront des questions, et vous répondrez « On nous a expliqué une situation et nous l’avons comprise, c’est pour cela que nous voulons qu’ici vous montriez que Cuba peut donner beaucoup plus que ce qu’elle a donné jusqu’à présent. » Si les mentalités, les préjugés, évoluent un peu. C’est ce que je voulais dire.

J’ai eu donc la chance au milieu de ce parcours que je vous raconte, d’apprendre des choses techniques, d’écoles, et des choses de la rue. Et aujourd’hui, je me rends compte que tout ce qui est arrivé dans ma vie a eu un sens, un sens, dès que je me retrouve dans ce cadre, ce contexte de danse.


Jorge Camaguey en cours à Toulouse pour Cubamemucho 2009

Comment est ta vie à présent ?

En dehors de cela, ma vie est complètement différente. Solitaire comme toujours, entièrement consacré à ma famille, bien que pas autant qu’il le faudrait, ou comme je le verrais, peut-être je suis un rêveur, un homme d’une grande imagination et parfois je sais que les gens ne peuvent pas atteindre la vision qui est la mienne parce qu’ils n’ont pas vécu ce que j’ai vécu. Mais bon, je suis heureux, et je travaille, et je crois que ça a été une chance. J’aurai dansé un peu de tout ce qui s’est dansé à Cuba, et j’aurai dansé tout petit à Cuba, et ici maintenant avec les plus grands. Et cela, pour moi, je crois que si j’arrête de danser l’an prochain comme je le prévois pour me consacrer aux pays, ou à voyager plus, ou être DJ tranquillement à Barcelone, si c’est possible... et bien, je serai satisfait d’avoir pu vivre un rêve que j’ai fait enfant et qui est devenu réalité. Parce que moi, quand j’étais enfant, dans mon lit, je rêvais que je faisais cours à pleins de gens. Et cela, de vous à moi, c’est un rêve qui s’est réalisé ! Et que j’ai moi-même nourri malgré la pression que j’ai eue, les interdictions, parce que les santeros me disaient : « C’est ce qui te revient, toi, je te vois là-dedans. » Et moi, comme cela touchait ma sensibilité, ma passion, et bien, j’ai grandi en cultivant cette foi que je vis aujourd’hui calmement et sans crainte ni souci, sans envier mes collègues,... Que chacun fasse ce qu’il sait faire et qu’il le fasse avec passion, ça, pour moi, c’est important, parce que beaucoup d’entre eux ont derrière eux une histoire triste à raconter aussi, peut-être différente de la mienne, peut-être pas aussi dure que la mienne mais ils ont eux aussi un parcours.

C’est pour cela que je crois beaucoup en Cubamamucho malgré les gens qui remettent en question Raffael Sonnenschein, tous les efforts, les sacrifices qu’il a dû faire pour pouvoir donner sa vision de la culture cubaine que les gens ne connaissent pas parce qu’ils ne l’ont jamais écoutée personnellement. C’est la raison pour laquelle moi, je le soutiens parce que, pour l’argent ? Vous savez que l’argent ne m’intéresse pas. Si j’étais comme ça, si je m’y croyais, j’aurais une Mercedes, une grande maison, une fierté terrible, j’aurais une moto, une Harley comme j’aurais aimé dans mon rêve d’enfant… Mais j’ai choisi de toujours aller avec ceux qui vont à pied. Parce que je crois que ce sont les gens qui ont besoin qu’on les guide, qu’on les soutienne, qu’on les comprenne, comme moi, j’aurais voulu qu’on me comprenne. Et on ne m’a jamais écouté.

Et bien, rien de plus, je suis heureux…, je suis heureux… Peut-être dans mes yeux se cache, dans mon regard, quelque chose, quelque chose de sombre qu’on ne peut pas voir. Quelqu’un a dit que je cache un peu de tristesse dans mon sourire. Peut-être aussi... Mais c’est parce que je ne suis pas satisfait... avec Dieu... parce que je veux être chaque jour meilleur, une meilleure personne. Et je vois que si, pour pouvoir y arriver, je dois prendre des décisions très sérieuses comme arrêter de danser pour pouvoir cultiver d’autres valeurs qui sont incompatibles avec ce que je fais, dans la danse… Pas vous, vous, vous dansez comme hobby, vous dansez parce que vous avez trouvé là une façon d’exprimer vos sentiments. Pour moi, c’est autre chose, qui m’affecte moralement, qui m’affecte physiquement, qui m’affecte socialement, bien que je me sois réfugié en Europe pour cela, pour pouvoir aider les gens et partager mon sentiment, mon inspiration, ma vision, mon idée, n’est-ce pas ? Mais je vis entre deux mondes, entre deux femmes toujours, pensant comment, quel chemin choisir et essayant de choisir le meilleur.

Je vous suis très reconnaissant de m’avoir permis d’exprimer ces idées, et ma vie, ceci est mon histoire, aussi simple que cela,.. et merci à vous.


[1] Très grandes cuves coniques que l’on enterrait jusqu’au col et qui étaient fabriquées à Camagüey, elles servaient autrefois à conserver l’huile, le vin, l’eau au frais dans toute l’île.

[2] Habana Vieja


Jorge Camaguey en vidéo :



 

 

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