La collaboration Willie Colon / Ruben Blades
chez Fania Records...

par Joachim Satet

Texte de l'intervention orale de l'auteur dans le cadre des Ecoutes de Disques Commentées de l'école de musiques afro-cubaines Abanico

WILLIE COLON :

Lorsque les deux hommes commencent à travailler ensemble, Willie Colon est déjà une star. Né en avril 1950 dans le Bronx new yorkais, il se met à la trompette à 12 ans, avant de se décider pour le trombone à 14 et de monter son propre groupe, Los Dandees.

En 1967, alors qu'il n'a que 17 ans, il enregistre son premier album El Malo, dans lequel il joue les bad boys, utilisant une image de gangster, un peu dans le genre de certains rappeur aujourd'hui. Le succès du disque est immédiat. Le son brut du disque, avec le grave un peu sale des trombones dans la section cuivre, est déjà caractéristique de ce que sera la salsa à proprement parler, 3 ou 4 ans plus tard.

Le jeune chanteur du groupe est un portoricain du nom de Hector Lavoe. Il participera à 10 albums de Willie Colon, jusqu'en 1977 (un par an en moyenne !). Devenu entre temps une véritable légende vivante, il commencera une carrière solo avant d'être rattrappé par ses problèmes de drogue. Suite à une overdose, la légende vivante devient légende tout court.

En 1977, donc, Willie Colon est devenu lui aussi une vedette, mais il n'a plus de chanteur.

 

RUBEN BLADES :

De son côté, le parcours de Ruben Blades est moins rectiligne. Déjà, ses parents et grands-parents ont eu des parcours étonnants. Son grand père paternel est Anglais (ce qui justifie tout à fait la prononciation de Blades à l'anglaise, comme ile le fait lui-même), du côté maternel il est Louisianais. Les grands-mères sont, du côté maternel, Espagnole de Galice, du côté paternel, Colombienne. Malgré tout ce mélange, la mère de Ruben est Cubaine et son père Panaméen. La mère est chanteuse, pianiste et actrice de feuilletons radiophoniques, tandis que le père est bongocero et... policier.

Chantant dans différents groupes, il commence paralèllement des études à la Faculté de Droit et de Sciences Politiques de l'Université Nationale de Panama. Ses professeurs lui interdisent d'ailleurs de se produire en concert, prétextant que ça ne fait pas sérieux pour un futur avocat. Ce qui ne l'mpêche pas de se faire repérer par Pancho Cristal, le producteur de Richie Ray et Bobby Cruz et de Joe Cuba.

En 1969, la situation sociale du Panama étant particulièrement perturbée, l'armée ferme l'Université. Profitant que son frère Lui travaille chez Pan Am (toujours une famille de voyageur ! et de musicien, l'autre frère, Roberto, vient de gagner le Grammy salsa 2002 !), il achète un billet pour New York, qu'il paye 20 dollars.

Il fait jouer son contact Pancho Cristal pour mettre enfin le pied dans l'industrie du disque, et enregistre, en 1970, avec Pete Rodriguez (pas "El Conde", mais "El Rey del Boogaloo") l'album "De Panama A New York", dans lequel il compose 9 titres sur les 10 qu'il chante. Ces 9 morceaux présentent déjà nombre des caractéristiques des futures compositions de Ruben, tout comme sa façon de chanter. Mais le disque n'a aucun succès.

Il repart donc à Panama Ciudad, où l'Université a rouvert, et termine ses études de droit. Pendant ce temps, la situation de la famille devient politiquement particulièrement inconfortable, les obligeant à s'exiler à Miami en 1973. Ne souhaitant pas exercer une profession juridique sous un régime militaire, Ruben va les rejoindre en 1974, puis repart à New York la même année.

En quête de travail, il profite des recommandations de Roberto Roena, qui l'avait également entendu chanter au Panama, pour approcher le label Fania Records (le seul label à enregistrer la salsa à l'époque). Dans une interview de 1996, Ruben se souvient du dialogue téléphonique qui s'ensuivit :

- Voilà, je suis à New York, et je voudrais enregistrer quelques morceaux.

- En fait, nous n'avons vraiment besoin de personne en ce moment.

- Ah bon, alors vous avez quoi ? Vous avez quelque chose de disponible ?

- En fait, oui, on cherche quelqu'un pour le courrier...

- C'est bon, je prends !

Courant 1975, Ray Barretto cherche un bon chanteur pour remplacer Tito Allen qui vient de le quitter. Roberto Roena lui explique que le petit gars du courrier chante super bien, et Ruben devient probablement le premier chanteur du monde à passer une audition au service courrier de sa maison de disque. Il chante sur l'album "Barretto" et sur le live qui suit immédiatement, avec un autre chanteur, Tito Gomez.

Il finit par refiler une de ses chansons à Willie Colon, "El Cazangero", inspirée de la musique brésilienne. Il la chantera sur l'album "The Good, The Bad, The Ugly", 10e album de Willie Colon, dernier album de sa collaboration avec Hector Lavoe. On pourra noter qu'à l'époque, la section de cuivres des séances d'enregistrement comprend des membres des futurs Blues Brothers.

METIENDO MANO (1977) :

Pablo Pueblo / Segun El Color / La Maleta / Me Recordaras / Plantacion Adentro / La Mora / Lluvia De Tu Cielo / Fue Varon / Pueblo

Leopoldo Pineda, trombone / Papo Vasquez, trombone / Lewis Kahn, trombone / Salvador Cuevas, bass / Milton Cardona, conga, clave, talking drum, quinto / Jose Mangual Jr., bongos, maracas, percussion / Nicky Marrero, timbales / Jose Torres, piano / Sonny Bravo, piano / Tom Malone, tuba, harp synthesizer / Yomo Toro, cuatro, acoustic guitar / Ruben Blades, lead vocals, acoustic guitar / Willie Colon, solo trombone

Ce qui nous amène en 1977. C'est donc l'année où Hector quitte l'orchestre de Willie, qui embauche donc Ruben. Celui-ci vient avec son classeur de compositions sous le bras. Sur les 9 du disque "Metiendo Mano", avec lequel débute véritablement la collaboration entre les deux artistes, il en a écrit 4. Le processus créatif est toujours le même entre les deux hommes : Ruben amène sa composition, et c'est Willie qui décide qui sera l'arrangeur (souvent lui-même).

 

Pablo Pueblo :

Caractéristique des chansons à personnages de Ruben, "Pablo Pueblo" est certainement pour une importante part responsable du succès immédiat de l'album. Sur ce morceau, certains des traits caractéristiques de la chanson espagnole et latino-américaine sont repris et déformés, notamment ceux de la chanson et de la poésie épique.

 

La chanson, dans toute l'Amérique du Sud et les Caraïbes, a longtemps servi de chronique sociale, tenant un peu le rôle de ce qu'est maintenant le journal télévisé. Il est fréquent de trouver des textes à la gloire d'un personnage dont elle décrit tous les exploits et le comportement héroïque.

Le Don Quichotte de Cervantés est construit sur ce modèle, substituant au héros habituel un personnage ridicule. Déjà, la première chanson du disque de Pete Rodriguez, composée et chantée par Ruben en 1970, racontait la mort du guerillero fictif Juan Gonzalez (probablement inspiré du Che, mort 3 ans avant). autre, exemple, il existe de nombreux témoignages des campagnes électorales cubaines, portoricaines ou dominicaines, où les candidats embauchaient des musiciens pour composer des chansons expliquant pourquoi il faut voter pour eux, et qui sont un peu basées sur le même principe, raconter des évènements mettant en avant le comportement exemplaire ou héroïque d'une personne.

Le personnage de Pablo Pueblo (pueblo = peuple), de son côté, est un héros du quotidien, qui rentre chez lui après une journée de travail à l'usine, et qui se demande comment il va faire vivre sa famille avec le salaire de misère qu'il gagne.

Ce morceau (arrangé par Luis "Perico" Ortiz) est la première irruption de la "salsa conciente" sur la scène de la salsa new yorkaise. Un morceau qui ne dit plus, "T'es trop bonne, poupée, viens danser avec moi", mais qui parle aux gens de ce qu'ils sont et de ce qu'ils vivent chaque jour.

Regreso un hombre en silencio de su trabajo cansado
Su paso no lleva prisa su sombra nunca lo alcanza
Lo espera el barrio de siempre con el farol en la esquina
Con la basura en el frente y el ruido de la cantina

Pablo Pueblo llega hasta el zaguan oscuro
Y vuelve a ver las paredes con las viejas papeletas
Que prometian futuros en lides politiqueras
Y en su cara se dibuja la decepcion de la espera

Pablo Pueblo hijo del grito y la calle
De la miseria y del hambre del callejon y la pena
Pablo Pueblo su alimento es la esperanza
Su paso no lleva prisa su sombra nunca lo alcanza

Llega al patio pensativo y cabizbajo
En su silencio de cobre con los gritos por abajo
La ropa alla en los balcones el viento la va secando
Escucha un trueno en el cielo tiempo de lluvia avisando

Entra al cuarto y se queda mirando
A su mujer y a los ninos y se pregunta hasta cuando
Toma su suenos raidos los parcha con esperanzas
Hace del hambre una halmohada y se acuesta triste de alma

Pablo Pueblo hijo del grito y la calle
De la miseria y del hambre del callejon y la pena
Pablo Pueblo su alimento es la esperanza
Su paso no lleva prisa su sombra nunca lo alcanza

Coro :

Pablo Pueblo Pablo Hermano

Pregones :

Trabaja hasta jubilarse y nunca sobraron chavos

Votando en las elecciones pa' despues comerse un clavo

Pablo con el silencio de cobre con los gritos por abajo

Eh eh eha echa pa' lante pablito que a la vida mete mano

Mira a su mujer y a los nenes y se pregunta hasta cuando

Llega a su barrio de siempre cansado de la factoria

Buscando suerte en caballos y comprando loteria

Gastandose un dinerito en domino y tomandose un par de tragos

Hijo del grito y la calle de la pena y del quebranto

Ay Pablo Pueblo, ay Pablo Hermano

 

La Maleta :

Dans "La Maleta", Ruben raconte que la vie à New York est vraiment trop stressante et qu'on est bien mieux dans son pays natal. "La Maleta" (la valise), c'est celle de tous les immigrés, celle qu'on est toujours prêt à refaire sans qu'on se décide jamais à le faire.

 

- Oiga mira agarra a ese ladron oiga que eso

- Pero ¿ que pasó ?

- Otra vez es la quinta vez en el dia que me roban pues

- Porqué no metes el dinero en las medias como yo pues

- Buena idea ah pero si me han llevado las medias tambien

- Ay mi madre

- Me voy de aqui chico

- Pues me voy contigo vamonos

 

Estribillo :

Hazme la maleta mama
Yo me voy de Nueva York
Yo me regreso a mi tierra
Que alla la cosa es mejor

Yo vine aqui con la idea de buscarme algun billete
Pero hay tanto locos suelto que ni superman se mete

Estribillo

Que alla la vida es barata y lo importante no es dinero
La luz del sol es mas clara y hace mas azul al cielo

Estribillo

Que bonito es el sentarse bajo una verde palmera
Y de aire puro llenarse el pecho y el alma entera

Coro :

Hazme la maleta que me voy

Pregones :

Eh mama buena

Yo me regreso a mi tierra

La la luz del cielo es mas clara

Y brillo mas lindo el sol

Aqui nadie me conoce

Y a nadie le importo yo

Todo el dia es un corre corre

Que mucho locos hay en Nueva York

Los chavos se estan acabando

Y este frio me esta matando

Aqui no me quedo yo

La la la le la la la le le que le que la vida es mas barata

Lo importante no es dinero

Voy a ver to' mis pana

Y a las cosas que mas quiero

Acelera que acelera que me voy

Acelera que me voy hoy

Halo solo goodbye

Ay ay ay no me piden que no hay

Senores no estoy jugando

En guagua o caminando

Me voy aunque sea nadando

Ah ah llego la inmigracion

Willie me llevan Willie !!!!

 

- I'd like to have a word with you sir

 

- ¿ Que le paso a ese ?

- Se lo llevaron por no tener la tarjeta verde pues

- ¿ Y porque no la lleva en las medias como yo pues ?

- Ooh pero que medias mas grandes usted tiene

 

Fue Varon :

 

Une chanson qui raconte la nervosité du futur père dans la salle d'attente de la maternité pendant que sa femme est en train d'accoucher. Ce qui est vraiment intéressant dans ce morceau, c'est la richesse et la qualité des pregones de Ruben. Pour les non-initiés, les pregones sont les passages où le chanteur improvise en réponse au choeur. Bien sûr, dans le cas d'un enregistrement, il ne s'agit pas réellement d'improvisations. Les interventions du chanteur sont préparées, écrites à l'avance, parfois même retouchées en studio. Mais traditionnellement, cette partie-là est improvisée, et si ce n'est pas le cas, elle est en tout cas laissée à la libre interprétation du chanteur. Il y a malgré tout quelques exceptions, comme celle d’Ismael Rivera, qui veillera toujours à conserver à ses enregistrements la même spontaneïté que celle qu’il a sur scène.

 

Ruben fait preuve ici de beaucoup d'inventivité sur le plan rythmique et mélodique, mais également dans l'humour des textes des pregones. Exemples, cette phrase du docteur : "Il en est déjà né quatre, on attend les 2 autres", ou bien celle-ci : "Allez dire à Tite Curet Alonso (compositeur d'un des morceaux de l'album) que le petit a parlé, il a parlé !".

 

Les autres morceaux du disque sont :

Segun El Color : chanté à deux voix avec Willie,

Me Recordaras : un bolero chanté dans un registre grave qui n'est pas familier chez Ruben, avec un très beau solo de guitare acoustique de Yomo Toro,

Plantacion Adentro : un morceau de Tit Curet Alonso, mythique et très productif compositeur portoricain, avec un autre personnage, l'indien Camilo Manrique, mort sous les coups du contremaître, où on entend Ruben imiter divers instruments (trombone, cuica brésilienne) pendant le mambo,

La Mora : avec sa structure de montuno alternant choeur court et choeur long, et un mambo arabisant,

Lluvia De Tu Cielo : un morceau plutôt lent, avec des pregones assez lyriques et un solo de trombone de Willie,

Pueblo : un authentique guaguanco dans lequel Milton Cardona, percussionniste grand spécialiste du genre, a dû se faire plaisir.

Les personnages de Camilo Manrique (dans "Plantacion Adentro") et de Pablo Pueblo, plus proches du quotidien de certaines villes d'Amérique latine que de New York, va permettre au disque de remporter un grand succès à l'exportation.

A cette époque, l'imagerie et les paroles de la salsa prenaient encore leur source à Cuba ou en Afrique, ou bien dans les rues du Bronx, Ruben va l'élargir et chercher ses thèmes de prédilection dans la vie quotidienne des grandes concentrations urbaines de toute l'Amérique latine. Plus près de son public que les fantasmes afro et/ou cubains, plus universel que les mauvais quartiers de New York.

La qualité des instrumentistes et des arrangements est également une des raisons du succès de cet album. On ne reviendra pas sur le légendaire Jose Mangual Jr.Mais il y a sur tous les disques Colon / Blades le bassiste Salvador "Sal" Cuevas, qui commence à développer son style personnel, inspiré de la technique de basse slappée du funk. Les sonorités plus modernes de son jeu de basse sont une veritable révolution dans l'utilisation de cet instrument. Sal Cuevas est pour les bassistes un personnage aussi important que le sont Ruben Blades ou Hector Lavoe pour les chanteurs.

SIEMBRA (1978) :

Plastico / Buscando Guayaba / Pedro Navaja / Maria Lionza / Ojos / Dime / Siembra

Leopoldo Pineda, trombon / Jose Rodriguez, trombon / Angel Papo Vasquez, trombon / Sam Burtis, trombon / Jose Torres, fender rhodes / Salvador Cuevas, bajo / Eddie Rivera, bajo / Eddie Montalvo, tumbadora / Jimmy Delgado, timbales / Bryan Brake, bateria / Al Santiago, maracas / Willie Colon, coro / Ruben Blades, coro / Jose Mangual Jr., coro / Adalberto Santiago, coro

En 1978, sort le second disque de la collaboration entre les deux hommes. Il fait l'effet d'une bombe dans le milieu salsero new yorkais. C'est ce disque qui sera très vite disque d'or, et qui reste aujourd'hui, selon certains, le disque le plus vendu de l'histoire de cette musique (une information assez difficile à contrôler objectivement, car le patron de Fania Records, Jerry Masucci, ne semble pas avoir été un grand partisan de la transparence).

Déjà sur l'album précédent, la durée des morceaux dépasse largement le format habituel des programmateurs radio de l'époque, autour de 3 minutes. Sur ce second album, on atteint allégrement les 7 minutes 20 avec "Pedro Navaja". Les DJ des radios new yorkaises coupent systématiquement la fin des morceaux pour respecter la durée habituelle, et font exploser les standards de toutes les stations sous les appels des auditeurs qui réclament le titre en entier.

Mais fâcher les DJ ne leur suffit pas : les deux hommes commencent également à se passer d'intermédiaires pour se produire sur scène, et leur salsa conciente, à message, à texte, qui s'écoute autant qu'elle se danse ne rend pas non plus service aux propriétaires de salles, qui vendent beaucoup moins de boissons, parce que les gens transpirent moins à leurs concerts.

 

Sur les 7 titres de l'album, Ruben en compose 6, ajoutant une véritable cohérence à l'ensemble. Les quelques défauts de l'album précédents sont totalement gommés sur celui, les compositions plus riches, avec des mélodies plus simples, des textes plus consistants, des arrangements plus sophistiqués.

Plástico :

1978, c'est aussi la grande période de la disco. L'introduction de ce morceau est un petit clin d'oeil à la mode du moment. Les paroles dénoncent les gens qui vendent leurs âmes pour sauver les apparences et pour maintenir leur statut social, puis bascule soudain dans un appel à l'unité des peuples d'Amérique latine. Le thème se déroule sur 5 longs couplets avant d'arriver au montuno, la partie la plus dansante. Dans une salsa jusqu'alors réputée pour sa légéreté et son insouciance, "Plastico" fait office de brûlot politique.

Ella era una chica plastica
De esas que veo por ahi
De esas que cuando se agitan
Sudan Chanel number three

Que suenan casarse con un doctor
Pues el puede mantenerlas mejor
No le hablan a nadie si no es su igual
A menos que sea fulano de tal

Son lindas delgadas de buen vestir
De mirada esquiva y falso reir

El era un muchacho plastico
De esos que veo por ahi
Con la penilla en la mano
Y cara de yo no fui

De los que por temer conversacion
Discuten que marca de carro es mejor
De los que prefieren el no comer
Por las aparencias que hay que tener

Pa' andar elegantes y asi poder
Una chica plastica recoger

Era una pareja plastica
De esas que veo por ahi
El pensando solo en dinero
Ella en la moda en Paris

Aparentado lo que no son
Viviendo en un mundo de puro ilusion
Diciendo a su hijo de cinco años:
"No juegues con niños de color extraño"

Ahogados en deudas para mantener
Su status social en modo "coctél"

Era una ciudad de plastico
De esas que no quiero ver
De edificios cancerosos
Y un corazon de oropel

Donde en vez de un sol amanece un dolar
Donde nadie rie donde nadie llora
Gente de rostros de poliester
Que escuchan sin oir y miran sin ver

Gente que vendio por comodidad
Su razon de ser y su libertad

Oye latino oye hermano oye amigo
Nunca vendas tu destino por el oro ni la comodidad
Nunca descanses pues nos falta nadar bastante
Vamos todos adelante para juntos terminar

Con la ignorancia que nos trae sugestionados
Con modelos importados que no son la solucion
No te dejes confundir busca el fondo y su razon
Recuerda se ven las caras pero nunca el corazon

No te dejes confundir busca el fondo y su razon
Recuerda se ven las caras pero nunca el corazon
Recuerda se ven las caras y jamás el corazon

Coro :

Se ven las caras, se ven las caras, ¡ vaya !   pero nunca el corazon

Pregones :

Del polvo venimos todos y alli regresaremos como dice la cancion

Recuerda que el plastico de derrite si le da de lleno el sol

Estudia trabaja y se gente primero ahi esta la salvacion

Pero que mira mira no te dejes confundir busca el fondo y su razon

Pa' lante pa' lante pa' lante pa' lante pa' lante y asi seguiremos unidos y al final venceremos

Pero senoras y senores

En medio del plastico

Tambien se ven las caras de esperanza

Se ven las caras orgullosas

Que trabajan por una latinoamerica unida

Por un manana de esperanza y de libertad

Coro :

Se ven las caras

Pregones

Se ven las caras de trabajo y de sudor

De gente de carne y hueso que no se vendio

De gente trabajando buscando el nuevo camino

Orgullosa de su herencia y de ser latinos

De una raza unida, la que Bolivar sono

Siembra

Panama... presente

Puerto Rico... presente

Mexico... presente

Venezuela... presente

Peru... presente

Republica Dominicana... presente

Cuba... presente

Costa Rica... presente

Colombia... presente

Honduras... presente

Ecuador... presente

Bolivia... presente

Argentina... presente

Nicaragua sin Somoza... presente

El barrio... presente

La esquina... presente

 

Buscando Guayaba :

Dans ce morceau, Ruben part à la recherche de l'âme soeur. L'arrangement est beaucoup plus simple, l'enchaînement des parties est académique. Mais la simplicité de ce titre permet à Ruben de faire à nouveau preuve de son inventivité dans le montuno, qui arrive très rapidement après un thème assez court.

Il commence, de façon traditionnelle, par un solo de cuivre, en l'occurence le trombone de Willie. Ruben glisse dans le morceau une imitation vocale d'un solo de guitare, avant d'ajouter sa voix aux riffs de la section cuivre, comme il le fait souvent.

Me fui pal' monte buscando guayaba
Por la vereda del ocho y el dos
Y aunque encontré una casa dorada
Esa guayaba no la hallaba yo

Mucho he viajado por todo el mundo
Y nunca nunca pude encontrar
Una guayaba que me gustara
Y detuviera mi caminar

Y aunque encontre una casa dorada
Esa guayaba no pude hallar

Coro :

Buscando guayaba ando yo

Que tenga sabor que tenga mendo

 

Pregones :

Una guayaba salve y morena una guayaba que este bien buena

Bururú barará donde va Miguel, bururú barará fue a buscar también guayaba

Que pero que tenga mucho mendo pero que tenga que tenga muchisimo sabor

Busco una guayaba busco una guayaba busco una guayaba por la vereda del ocho y el dos

Rinquin oye el guitarrista no vino asi que van a tener que soportar un solo de boca

Afinacion quin quin con con

Coro :

Buscando guayaba ando yo

 

Pregones :

Que tenga sabor que tenga mendo

Guayabita sabanera

Aqui ando que yo quiero una guayaba

Venga y deme un abanico ay ayudame comay

Ya la veo que usted ya la veo que usted no coge y no dice donde hay

Dime que esa guayaba bonita donde lla encuentro ay dios

Ven ven caminando y siempre voy andando senor

Bururu barara donde va Miguel

Ven y ayude lalala dime donde esta que nunca yo la he encontrado

Acompaname por que puede suceder

Que yo encuentre esa mujer y la aprenda a querer

La busco por el monte y por la marqueta

No no no no no no te escondas mas si aparecete prieta

Que tenga sabor y que tenga mendo

 

Pedro Navaja :

Arrangé par Luis Perico Ortiz, Pedro Navaja est un petit bijou à plus d'un titre. C'est encore un titre qui parle de la vie quotidienne des grandes concentrations urbaines de toute l'Amérique, du nord au sud. L'histoire d'un petit truand dont la chanson nous fait un portrait très réussi, qui agresse une prostituée. Dans l'agression, la fille se défend en tirant un coup de feu sur Pedro Navaja. Ils meurent tous deux, tandis qu'un poivrot trouve les corps, les fouille et repart en chantant faux ce qui devient immédiatement le choeur du montuno suivant.

Basée sur l'histoire de "Mackie Messer" de l'Opéra de Quat'sous de Kurt Weil et Bertold Brecht, devenu un classique du jazz sous le titre "Mack The Knife", chanté entre autres par Ella Fitzgerald, adapté en brésilien dans "Opera do Malandro" et en français par Bernard Lavilliers sous le titre "Pierrot la Lame", "Pedro Navaja" est construit de façon très sophistiquée.

On commence par une introduction instrumentale, avec sirène de police destinée à nous mettre directement dans l'ambiance. Ensuite, les instruments entrent au fur et à mesure pour accompagner Ruben : les congas sur le premier couplet, le bongo et les timbales sur le second, la basse et le piano sur le troisième, et enfin les cuivres sur le quatrième. L'entrée des cuivres fait monter la tonalité du morceau d'un demi-ton. Cette montée, qui sert à faire monter l'intensité dramatique et musicale, va se reproduire encore sur les sixième, huitième et neuvième.

Por la esquina del viejo barrio lo vi pasar
Con el tumbao que tienen los guapos al caminar
La manos siempre en los bolsillos de su gaban
Pa' que no sepan en cual de ellas lleva el punal

Usa un sombrero de ala ancha de medio lado
Y zapatillas por si hay problemas salir volao
Lentes oscuros pa' que no sepan que esta mirando
Y un diente de oro que cuando rie se ve brillando

Como a tres cuadras de aquella esquina una mujer
Va recorriendo la acera entera por quinta vez
En un zaguan entra y se da un trago para olvidar
Que el dia esta flojo y no hay clientes pa trabajar

Un carro pasa muy despacito por la avenida
No tiene marcas pero tos' saben que es policia
Pedro Navaja las manos siempre dentro el gaban
Mira y sonrie y el diente de oro vuelve a brillar

Mientras camina pasa la vista de esquina a esquina
No se ve un alma esta desierta cual avenida
Cuando de pronto esa mujer sale del zaguan
Y Pedro Navaja aprieta un puno dentro el gaban

Mira pa' un lado mira pa' el otro y no ve a nadie
Y a la carrera pero sin ruido cruza la calle
Y mientras tanto en la otra acera va esa mujer
Refunfunando pues no hizo pesos con que comer

Mientras camina del viejo abrigo saca un revolver esa mujer
Y va a guardarlo en su cartera pa que no estorbe
Un treinta y ocho Smith & Wesson del especial
Que carga encima pa' que la libre de toto mal

Y Pedro Navaja punal en mano le fue pa' encima
El diente de oro iba alumbrando cual avenida quiso facil
Mientras reia punal le hundia sin compasion
Cuando de pronto sono un disparo como un canon

Y Pedro Navaja cayo en la acera mientras veia a esa mujer
Que revolver en mano y de muerte herrida a el le decia
Yo que pensaba hoy no es mi dia estoy salá'
Pero Pedro Navaja tu estas peor tu estas en na'

Y creanme gente que aunque hubo ruido nadie salio
No hubo curiosos no hubo preguntas nadie lloro
Solo un borracho con los dos cuerpos se tropezo
Cogio el revolver el punal los pesos y se marcho

Y tropezando se fue cantando desafinao
El coro que aqui les traje y dira el mensaje de mi cancion
La vida te da sorpresas sorpresas te da la vida ay dios

Coro :

La vida te da sorpresas sorpresas te da la vida ay dios

Pregones :

Pedro Navaja maton de esquina quien a hierro mata a hierro termina

Valiente pescador mal anzuelo que tiraste que en vez de una sardina un tiburon engachaste

Ocho millones de historia tiene la ciudad de Nueva York

Como diria mi abuelita el que el ultimo rie se rie mejor

Cuando lo manda el destino no lo comia ni el mas bravo si naces pa' martillo del cielo te caen los clavos

En barrio de guapo cuidao en la acera cuidao camara que el que no corre vuela

Como en una novela de Kafka el borracho doblo por el callejon


En la ciudad de Nueva York dos personas fueron encontradas muertos esta madrugada los cuerpos sin vida de Pedro Navaja...

 

Siembra :

Siembra, enfin, dernier morceau du disque, chanson-titre, est un manifeste qui dit, en substance : "Sème si tu souhaite récolter quelque chose, mais n'oublie jamais que les fruits que tu obtiendra dépendront de la graine".

En 1988, Ruben en sortira une nouvelle version sur un album intitulé "With Strings" qui, comme son nom l'indique, a été enregistré avec un orchestre à cordes. Sirupeuse et kitsch, elle ne garde de l'original que la ligne mélodique, et transforme le morceau en bolero langoureux.

Les autres morceaux du disque, Maria Lionza, Ojos et Dime, tous les trois excellents, sont un peu moins diversifiés que ceux de l'album "Metiendo Mano". A l'époque, il était fréquent d'enregistrer des disques comprenant un peu de tout (comme cela se fait à nouveau aujourd'hui). On se souviendra du bolero et de la rumba du disque précédent. Encore une des obligations commerciales auxquelles le duo n'a pas voulu céder, enregistrant ici un disque cohérent, présentant une véritable unité, et bouclant la boucle, d'une certaine façon, les deux chansons à messages étant situé en ouverture et en conclusion. Une façon de concevoir un disque qui sera pleinement exploité, deux ans plus tard, dans les enregistrements suivants.

 

El Cantante (Hector Lavoe) :

1978, année de sortie de "Siembra", est également l'année où sort l'album "Comedia" d'Hector Lavoe. Produit par Willie Colon, ce disque contient une chanson écrite par Ruben Blades, dont il souhaitait se servir pour lui-même. A un moment ou Hector Lavoe doit relancer sa carrière suite à de nombreux problèmes personnels, Ruben décide de la lui offrir, confiant dans le fait qu'Hector en ferait quelque chose de bien. Quand on se rappelle que Ruben a écrit 6 des 7 chansons de "Siembra", on peut supposer qu'"El Cantante" devait originellement figurer sur celui-ci, et qu'il a été échangé avec un autre destiné tout d'abord à Hector. Une hypothèse qui n'engage que moi, car je n'ai rien trouvé pour la confirmer.

Quoi qu'il en soit, "El Cantante" est LE morceau que tout le monde continue d'associer à Hector, et constitue, avec son arrangement de 10 minutes 20 tout en sirop de violons, un excellent exemple de ce qu'on peut faire avec des instruments à cordes sans tomber tout à fait dans le kitsch et le commercial.

Les paroles parlent du rôle du chanteur et de la difficulté de l'assumer. Le public attend de lui qu'il leur fasse oublier leurs peines et leurs soucis le temps d'un concert, tandis que personne ne se soucie de savoir s'il est lui-même heureux.

En 1986, Ruben va se réapproprier le morceau sur l'album "Doble Filo". Dans sa version, les violons ont disparus, le rythme est un peu plus énergique. Comparer les deux morceaux, et notamment les pregones des deux chanteurs, se revèle tout à fait intéressant pour quelqu'un qui ne connaît pas bien la salsa. Comme nous l'avons vu lors d'un morceau précédent, le chanteur dispose d'une partie, le montuno, sur laquelle il improvise son texte, son rythme et sa mélodie, laissant libre court à son imagination et ses qualités d'interprète.

Il est évident que, lors de l'enregistrement d'un disque, cette partie n'est pas réllement improvisée. Mais les pregones ne font pas partie du texte de la chanson, même quand ils sont préparés et non improvisés, c'est le chanteur qui en décide. Et dans le cas d'"El Cantante", les pregones d'Hector, quasi lyriques, et ceux de Ruben, plus rythmés, donnent au morceau une teinte complètement différente.

En dehors des simples différences musicales, c'est sur les textes que la différence est notable. Hector répond à ses critiques, cite les chanteurs qui l'inspirent et reprend le thème du texte qui précède, insistant sur le fait qu'en chantant, il aide le public à oublier ses soucis. De son côté, Ruben se sert des pregones pour expliquer ce qui le motive pour chanter : dépeindre la vie dans les quartiers populaires des grandes villes de toute l'Amérique, du Sud et du Nord, et être la voix d'une population à qui on ne donne jamais la parole. Une profession de foi qui permet de comprendre la carrière politique que Ruben mènera quelques années plus tard.

Yo soy el cantante
Que hoy han venido a escuchar
Lo mejor del repertorio
A ustedes voy a brindar

Y canto a la vida de risas y penas
De momentos malos y de cosas buenas
Vinieron a divertirse y pagaron en la puerta
No hay tiempo para tristezas, vamos cantante comienza

Me paran siempre en la calle
Muchas hay gente que comenta
Oye Hector tu estas hecho
Siempre con hembras y en fiestas

Y nadie pregunta si sufro si lloro
Si tengo una pena que duele muy hondo
Yo soy el cantante porque lo mio es cantar
El publico paga para poderme escuchar

Yo soy el cantante
Muy popular donde quiera
Pero cuando el show se acaba
Soy otro humano cualquiera

Y sigo mi vida por risas y penas
Por ratos amargos y con cosas buenas
Yo soy el cantante y mi negocio es cantar
A los que me siguen mi cancion voy a brindar

[Version Hector Lavoe]

Coro :

Hoy te dedico mi mejores pregones

Pregones :

Son mejor que los de ayer comparenme criticones

Si no me quieren en vida cuando muera no me lloren

Yo te canto de la vida olvida tu pena y tus dolores

Baila si quieres bailar canta si quieres cantar mama

Yo soy el cantante vamos a celebrar no quiero tritezas lo mio es cantar cantar

El pregon de la montana es asi que eran canciones

 

No es tan facil de cantar como crecien to' senores

La vida me ha dado todo desenganos e ilusiones

Un saludo a mi contrario mando yo tambien merecen honores

Al mundo entremezco yo preparense bailadores

Cantando olvido la pena y tambien los sin sabores

 

Escucha bien este coro dice todo si senores

Hay quienen que cantan con falda yo canto con pantalones

Vamos hacer une descarga con los cantantes mejores

Mi saludo a Celia Rivera Feliciano esos son grandes cantores

Ellos cantan de verdad siempre ponen a gozar a la gente

Escuchen bien su cantar aprenden de los mejores

[Version Ruben Blades]

Coro :

Hoy te voy a dar mis mejores pregones

Pregones :

De la calle pinto una acuarela decenas son mis canciones

Mi sentimiento es el tuyo tuyas son mis emociones

Soy un humano bendito con el poder de crear ilusiones

Traigo canciones con gusto a calle vamos a probar de sus sabores

Que yo te canto de risas y de amor de politica esperanza y tambien de dolor

Porque hay que cantarlo todo

Che verifica verifica verifica verifica verifica esta informacion pa' que vea que me ha mejorado el pregon un monton

Lo que salga en noche sinceridad y sale de dia sigue siendo verdad

Victor Manuela almendra y sal profesor yo lo pineda bien ludica

Y a mi socio el gran Willie Colon mi agradecimiento sin condicion

Para todos los barrios de cualquier va la voz del sonero de Panama

Es el amor de humilde de cualquier cantor que representa al pueblo y a su emocion

Yo canto desde siempre y cantare hasta el dia de mi muerte y yo bien lo se

Por eso es que no canto tonterias y escribo siempre al mismo son todos los dias

Hoy les vengo a dar si si como de costulbre lo mejor que hay en mi

L'année suivante, semble être consacrée (en dehors de la parution d'un album solo pour chacun des artistes), autant que j'ai pu en juger, à une tournée dans toute l'Amérique. A New York, l'accueil est excellent, et les concerts sortent du lot des habituels groupes orientés uniquement sur la danse. Mais c'est en Amérique latine que le succès sera énorme, le public ayant l'impression de recevoir enfin un groupe qui se préoccupe de ce qu'il se passe en dehors de Porto Rico et New York.

Le 10 février 1979, notamment, Ruben et Willie participent, en compagnie de Hector Lavoe, Celia Cruz et Tito Puente, à l'un des concerts historiques de l'histoire de la salsa, connu sous le nom "La Combinacion Perfecta", au Radio City Hall de New York.

MAESTRA VIDA PRIMERA PARTE :

Prologo / Manuela / Carmelo (Parte I) / Como Tu / Carmelo (Parte II) / Yo Soy Una Mujer / La Fiesta / El Nacimiento de Ramiro / Dejenme Reir (Para No Llorar)

MAESTRA VIDA SEGUNDA PARTE :

Epilogo / Manuela, Despues... / Carmelo, Despues... / El Velorio / El Entierro / Maestra Vida / Hay Que Vivir

Leopoldo Pineda, trombone / Jose Rodriguez, trombone / Lewis Kahn, trombone / Reinaldo Jorge, trombone / Willie Colon, trombone / Jose Torres, piano / Milton Cardona, tumbadora, quinto, claves / Jose Mangual Jr., bongos / Salvador Cuevas, bass / Johnny Andrews, timbales / Ruben Blades, vocals, acoustic guitar, maracas, percussion / Adalberto Santiago, maracas, coros

Sur la lancée de "Siembra", les deux hommes vont explorer cette idée de cohérence dans le discours sur l'ensemble d'un album (et même de deux), en produisant ensemble (bien que seul le nom de Ruben figure sur la pochette) un concept album, qui s'étend sur deux disques 33 tours vendus séparément "Maestra Vida", qui raconte la vie d'une famille sur deux générations.

Construit quasiment comme un opéra, avec introduction instrumentale et courtes scènes dialoguées entre les chansons, ce double disque aborde des thèmes graves, comme la mort, la solitude des grands-parents qui attendent la visite de leurs petits-enfants et qui finissent par mourir oubliés de tous, mais aussi plus légers, bref, la vie d'un solar (habitation collective) de n'importe quelle ville d'Amérique avec la naissance d'un gamin, fêtée par tout l'immeuble (en faisant bien attention aux meubles parce qu'on n'a pas fini de les payer), les dialogues des gens qui se retrouvent à la cantina du coin, etc. C'est un certain Cesar Miguel Rondon qui a écrit le texte de la narration et des dialogues. Ce sera, quelques années plus tard, l'auteur de mon livre de chevet, "El Libro De La Salsa. Cronica De La Musica Del Caribe Urbano".

CANCIONES DEL SOLAR DE LOS ABURRIDOS :

Tiburon / Te Estan Buscando / Madame Kakalu / El Telefonito / Y Deja / Ligia Elena / De Que ?

Johnny Andrews / Ruben Blades / Sam Burtis / Milton Cardona / Willie Colon / Salvador Cuevas / Jimmy Delgado / Andy Gonzalez / Reynaldo Jorge / Lewis Kahn / Jose Rodriguez / Joe Santiago / Joe Torres

 

Le disque suivant, daté de 1981 est situé dans le même solar que le double album précédent, El Solar de los Aburridos (des hommes qui s'ennuient), et reprend toutes les histoires qui sont arrivées aux voisins de la famille de "Maestra Vida". Si "Tiburon", "El Telefonito" et "Ligia Elena" on connu un franc succès, l'album est beaucoup moins inventif et révolutionnaire que les trois précédents.

On peu quand même noter, dans Ligia Elena, la permanence de textes à caractères sociaux. Ligia Elena est une jeune fille de bonne famille, destinée à épouser un médecin ou un avocat, qui s'enfuit de chez elle avec un trompetiste noir. Tandis que la mère se lamente sur son triste sort, elle qui rêvait d'avoir des "petits-enfants aux cheveux, aux yeux et aux dents blondes", toutes les autres jeunes filles riches du quartier se demandent quand viendra leur trompetiste.

Apparement, après avoir remplacé la guitare et le trombone sur des disques précédent, il devait encore manquer un instrument pour ce morceau, parce qu'il fait tout le mambo en chantant par dessus les trombones. J'aime particulièrement les choeurs de ce morceau, où toute la famille asphyxiée par l'histoire de Ligia Elena crie son désespoir, et le choeur qui fait juste "Mmmmm Mmmmm" pendant que Ruben joue la mère éplorée.

Ligia Elena la candida nina de la sociedad
Se ha fugado con un trompetista de la vecindad
El padre la busca afanosamente
Y lo esta comentando todo la gente
Y la madre pregunta angustiada: "¿ en donde estará ?"

De nada sirvieron reganos ni viajes ni monjas
Ni las promesas de amor que le hicieron los ninos de bien
Fue tan buena que dio aquel humilde trompeta
Que entre acordes de carino eterno se fue ella con él

Se han mudado a cuarto chiquito con muy pocos muebles
Y alli viven contentos y llenos de felicidad
Mientras tanto sus padres preguntan en donde fallaron
Ligia Elena con su trompetista amandose estan

Dulcemente se escurren los dias en aquel cuartito
Mientras que en las mansiones lujosas de la sociedad
Otras ninas que saben del cuento al dormir se preguntan
Ay senor y mi trompetista cuando llegara

Otras ninas que saben del cuento al dormir se preguntan
Ay senor y mi trompetista cuando llegara

Coro :

Ligia Elena esta contenta y su familia esta asfixia'

Pregones :

Ligia elena esta contenta y su familia esta asfixia'

Se escapo con un trompeta de la vecindad

Se llevaron la nina del ojo en papa

En donde fallaron pregunta mama

Se han colado un niche en la blanca sociedad

 

Pudo mas el amor que el dinero senor

Que buena la nota que dio aquel trompeta

Eso de racismo no esta en na

Deja que la agarremos jura el papa

Ligia esta llena de felicidad

 

- Mira dona Gertrudis le digo que estoy pero es que mire a mi lo que mas me... a mi lo que mas me... a mi lo que mas me choca es que esa mal agradecida yo pensaba que me iba a dar un nietecito con los cabellos rubios y los ojos rubios y los dientes rubios asi como... y viene y se marcha con ese tuza ay... ay... ay no... ay esta juventud...

 

THE LAST FIGHT :

Yo Puedo Vivir Del Amor / Andanza / Cimarron / What Happened / Venganza / Y Tu Abuela

Johnny Andrews / Ruben Blades / Milton Cardona / Willie Colon / Jimmy Delgado / Lewis Kahn / Luis Lopez / Leopoldo Pineda / Eddie Resto / Joe Torres

En 1982 sort le dernier album enregistré par Ruben et Willie chez Fania Records. Pour Ruben, qui commence à avoir quelques problèmes avec Jerry Masucci, le fondateur et propriétaire du label, il devient urgent d'en finir rapidement avec son contrat. L'album est enregistré rapidement. C'est en fait la bande originale d'un film dans lequel Ruben joue le rôle d'un boxeur. C'est pour lui le premier d'une longue série, puisqu'il joue ensuite régulièrement au cinéma, notamment dans "Milagro" de Robert Redford, "Predator 2" de Stephen Hopkins ou "La Couleur de la nuit" de Richard Rush, connu essentiellement pour être le film où l'on voit Bruce Willis tout nu. Il a joué également dans un épisode de "X-files" et tient un rôle récurrent dans la série hospitalière "Gideon's Crossing" qu'on peut voir actuellement sur le câble.

Musicalement, l'album n'est pas fameux (il est le seul qu'il dit regretter avoir fait dans sa carrière), mais l'orchestre ne parvient jamais à être totalement mauvais, et on peut sauver le morceau "What Happened" malgré le fait que Ruben essaye de chanter en anglais. Le choeur est en anglais également ("What happened ? I don't know"), ce qui est plutôt inhabituel mais finalement assez drôle. C'est apparement l'histoire du poivrot qui a découvert le corps de Pedro Navaja dans l'album "Siembra". Comme quoi, Ruben a de la suite dans les idées, puisqu'il enregistre également en 1988, sur l'album "Escenas", la chanson "Sorpresas", dans laquelle on apprend qu'en fait, Pedro Navaja n'est pas vraiment mort.

 

L'APRES :

Le dernier concert de leur collaboration aura lieu à Berlin en 1982. Pendant leur collaboration, Ruben aura trouvé le temps d'enregistrer un autre disque et Willie 3 (dont un avec Celia Cruz), et leur carrière va continuer jusqu'à aujourd'hui. Depuis ces 6 disques enregistrés ensembles, Willie en enregistrera 12 et Ruben 15. Après avoir découvert Hector Lavoe et Ruben Blades, Willie Colon se découvre tout seul l'envie de chanter, ce qu'il fera sur tous ses disques.

En 1995, Sony décide de les réunir, eux et tous les musiciens de la grande époque de leur collaboration chez Fania. Le disque qui en résulte, "Tras La Tormenta", est loin d'être aussi intéressant que ceux des années 77-82. En fait, comme le dit pudiquement Ruben, l'enregistrement n'a pas pu se faire comme il l'auraient souhaité. Derrière cette déclaration très diplomatique, se cache le fait qu'à aucun moment, les deux hommes n'ont pu enregistrer ensemble. Sur 10 morceaux, seuls trois sont chantés par les deux musiciens, grâce à un montage en studio.

Mais l'année de la sortie de "Tras La Tormenta" est une année particulière pour les deux hommes, car ils sortent tous deux d'une épuisante campagne électorale. Willie Colon s'est en effet présenté aux élections sénatoriales de New York, tandis que Ruben Blades, après le départ de Noriega, s'est présenté aux élections présidentielles au Panama, où il a obtenu une honorable troisième place, perdant des voix parce qu'il avait habité New York trop longtemps.

Voilà, en quatre disques (les deux derniers n'ayant pas la même importance historique), Metiendo Mano, Siembra, Maestra Vida 1 et 2, l'histoire d'une petite révolution. Voilà comment la salsa, apparue aux alentours du 26 août 1971 au Cheetah Club, parvient à l'âge adulte, passe de l'insouciance de ses thèmes habituels à la conscience du milieu social qui lui a donnée naissance et vie. Voilà comment une musique qui servait à faire la fête pour oublier la dure réalité de la vie de la frange la plus pauvre de la population urbaine des Amériques va se servir de cette même réalité pour l'inclure dans son processus créatif. Une tentative dont on ne peut d’ailleurs que déplorer qu’elle ne sera que très peu suivie, malgré son évident succès.


Quelques liens:

Rubén Blades: site non-officiel
http://orbita.starmedia.com/~efepe2/

Willie Colon: site officiel
http://www.williecolon.com/