José Alberto "El Canario"

©Isabelle Fernandez septembre 2001

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Difficile de résumer brièvement 27 ans de carrière. Il faut remonter jusqu’à la petite enfance de José Alberto Justiniano pour comprendre la mixité culturelle dans laquelle il a évolué. Né le 22 décembre 1958 dans le quartier " Villa Consuelo " de Saint-Domingue, il passe son enfance à Puerto-Rico où sa famille a élu domicile alors qu’il avait 7 ans. C’est là qu’il prend ses premiers cours de musique, encouragé par une mère danseuse. C’est un adolescent baigné de rythmes caribéens qui s’établi avec sa famille à New-york. Bien avant qu’un DJ new-yorkais ne le surnomme " El Canario " (" Le Canari ") pour louer sa faciliter à improviser et son incroyable capacité à imiter la flûte en sifflant.

Il reconnaît avoir commencé sa carrière de musicien en tant que batteur dans un groupe de rock ! . Après quoi il s’est tourné vers les percussions latines, en jouant dans de petits groupes à l’audience confidentielle (" Chorolo y su Combo ", " Sonora del Caribe ",..). Son premier engagement professionnel s’effectue avec le " César Nicolas Orquestra " groupe avec lequel il sort un premier 45 tour en 1974.

En 1975, il intègre l’orquestre de Tito Rodriguez Junior avec lequel il enregistre son 1er album : Curious ? .

En 1977, sa carrière est balbutiante lorsqu’il apprend que Camilo Azuquita a l’intention de quitter le groupe mythique " Tipica 73 ". Il rencontre Sonny Bravo (pianiste et directeur du groupe), qui le fait débuter comme chanteur le 3 octobre 1977 au " Corso nightclub ". . La carrière de José Alberto peut commencer : il va profiter de l’expérience de maîtres de la salsa tels : Johnny Rodriguez, Sonny Bravo, Mario Rivera, Leopoldo Pineda, Nicky Marrero et Alfredo de la Fe. José Alberto parle de la " Tipica 73 " comme de son " université ", de son " école " musicale, c’est dire s’il apprend beaucoup au contact de ces grands de la salsa. Certains se retournent encore sur lui dans la rue en disant " Cuidado, ese tipo viene de Tipica 73 " (+/- " Attention, ce type vient de la Tipica 73 "), ce qui donne un aperçu de la notoriété du groupe. José Alberto –qui a la dure tâche de succèder aux illustres : Adalberto Santiago et Tito Allen- ne sera pas le chanteur unique de la " tipica 73 ", en effet celle-ci a décidé d’avoir deux chanteurs en permanence pour palier à tout départ intempestif de l’un d’entre eux (ce à quoi elle a déjà du faire face). C’est pourquoi Camilo Azuquita (juste avant son départ pour la France) et José Alberto font un premier album ensemble : Salsa encendida (1978). D’autres chanteurs rejoignent ponctuellement le groupe comme Tempo Alomar, Rafael de Jesus et Lalo Rodriguez. Salsa encendida est un grand succès avec des chansons telles que " Baila que baila " (que José Alberto réenregistrera plus tard dans sa carrière solo), " los Campeones de la Salsa " (écrite par Louie Ramirez et chantée par José Alberto), " Somos Dos (con la mayor elegancia) " (le seul duo de l’histoire de la " Tipica 73 ", chanté par les deux chanteurs vedette). En 1979, le groupe part à Cuba enregistrer En Cuba. Intercambio cultural (1979), qui est devenu un classique. Comme le titre de l’album le suggère, il s’agit d’une rencontre, d’un échange entre des musiciens de Puerto-Rico, St-Domingue, New-York et Cuba (ce qui n’était pas aisé en raison du climat politique entre Cuba et les E.U.).

Il enregistrera deux autres albums avec la " Tipica 73 " : Charangueando en 1980 et Into the 80s en 1981. Et quittera le groupe suite aux conséquences de l’enregistrement à Cuba : en effet, à leur retour à New-York plus personne ne veut les engager, les radios refusent de diffuser leurs disques, ils sont victimes de la censure, voire de persécutions (à cause du boycott américain à l’encontre de Cuba et de quelques extrémistes).

Fort de l’expérience de la " Tipica 73 ", il ne tarde pas à retrouver le chemin des studios : il est l’un des chanteurs de Noche Caliente (1982) produit par Louie Ramirez. C’est un album comportant des ballades romantiques et qui regroupe les chanteurs new-yorkais les plus en vue.

Il signe ensuite un contrat avec Audiorama records et devient chanteur de son propre orchestre José Alberto " el canario " & su orquesta le 16 juin 1983 au " Club Broadway ". Après quoi il fait 3 albums avec le label Sono Max : Tipicamente (1984), Canta Canario (1985), et Latin Style (1985). De ces albums les chansons " Desesperado ", " Rio Manzanares ", " La Cinta Verde " et " A Romper el Coco " seront de grands succès. Sono Max fera une compilation de ces trois albums : Salsa con El Canario (1989).

En 1986, Ralph Mercado qui vient de créer son propre label (RMM) demande à José Alberto de le rejoindre. Ce qu’il fait avec Sueño Contigo en 1988 qui lui confère un succès international et le fait devenir un des grands noms de la salsa. Le lancement de cet album est grandiose aux Etats-Unis et ailleurs. " El Canario " s’exporte en Europe, en Amérique Latine et dans les Caraïbes Il devient disque d’or grâce au succès de plusieurs chansons de cet album : " Dominicanyork ", " Tu eres mi amigo ", " Hoy quiero confesar " et " Te voy a saciar de mi ". Toujours en 1988 avec son groupe, il accompagne Celia Cruz en Grande-Bretagne. C’est le début d’une longue collaboration entre les deux artistes. Celia Cruz lui ouvrira bien des portes ; il va jusqu’à l’appeler sa " mère " ou sa " marraine ".

L’ascension se poursuit avec Mis Amores (1989) qui comme l’album précédent devient rapidement n°1 des ventes avec : " Bailamos otra vez ", " Mis amores ", " Luna de miel ", " Cierro los ojos " et " Juntitos recordemos ". Il récolte un nouveau disque d’or et part en tournée en Europe et Amérique Latine. Il reçoit le prix du meilleur showman au New-York Salsa Festival .

Nouvel album avec Dance with me (1991) où il enregistre pour la 1ère fois en anglais et où il fait un duo " Amor de Villa " avec Sergio Vargas, alors jeune star dominicaine de merengue.

En plus de ses propres albums il participe à diverses compilations comme celle de Tito Puente 100th LP (1991). Album qui deviendra disque de platine.

Son histoire musicale est complètée par : Llego la hora (1992) dont " Disculpeme señora " connaît un succès immediat. Autres chansons à succès de cet album : " Alquilame el Corazon ", " Me boto ", " Vivir asi ", " La critica ", " Como es possible ", " Nada se Compara Contigo ".

En 1993 il remporte l’ACE (American Cable Excellence) dans la catégorie " meilleur groupe tropical local ". Et part en tournée internationale où il retrouve sur scène Celia Cruz et Tito Puente, entre autres.

Il participe au disque : Combinacion Perfecta (1993) où il chante avec Oscar D’Leon sur " Llego el sabor ".

Les albums s’enchaînent toujours aussi appréciés : De pueblo y con clase (1994) -où on retrouve une version remodelée et plus actuelle de " Baila que Baila "- et On time (1995) sur lequel il fait un duo avec Célia Cruz. On trouve aussi sur ce dernier album, le fameux " A la hora que me llamen voy " reprise du groupe cubain Original de Manzanillo.

Les compilations s’enchaînent aussi :

- Il chante sur RMM’s European Salsa Explosion enregistré au Midem à Cannes en février 1995.

- Il participe à l’album RMM Tropical Tribute to the Beatles (1996) où sa version en espagnol de " And I love her " fait sensation (" Mi Gran Amor le Di ").

- Recordando a Selena (1996).

- Il participe à l’album Back to the Mambo / Tribute to Machito (1997) avec d’autres invités vedettes : Tito Puente et Dave Valentin.

- RMM sort José "El Canario " Alberto : Greatest Hits pour commémorer le 10ème anniversaire du label. Un concert est aussi organisé à cette occasion au Continental Arena, Meadowlands, NJ le 30 août 1997. José Alberto et Dave Valentin y chantent " La Paella ".

- The 22nd New York Salsa Festival’97

- RMM sort une nouvelle compilation : Mis mejores canciones’98

1999 marque la fin de sa période RMM : " El Canario " désirait donner un nouveau tournant à sa carrière, or son label ne lui donnait pas l’appui en terme de promotion et de diffusion qu’il souhaitait. RMM avait beaucoup grandi et ne lui accordait pas toute l’attention qu’il avait lorsqu’il était le premier artiste à signer avec Ralph Mercado. C’est pourquoi en 1999 sort Herido sous un nouveau label : RykoLatino. Ce nouveau label lui offre outre de meilleures conditions financières, un meilleur contrôle sur la distribution, et en particulier RykoLatino lui ouvre l’accès au marché européen.

José Alberto a produit lui-même Herido sur lequel on retrouve d’anciennes balades retravaillées dont : " Me dejo picao " : un morceau dédié à son ex-femme Heidi (ex- parce que d’une jalousie extrême…) ; " Vete y pregona " : une " salsa dura " ; " Enamorado de mi païs " : un merengue en hommage à la République Dominicaine qu’il n’avait pas eu l’opportunité d’enregistrer avec RMM ; " Herido " : les lamentations d’un cœur blessé ; " Clavado  en un bar " : reprise du succès du groupe Mana ; " Déjate querer " et son solo de guitare en introduction…une pure merveille… ; " Flor de la canela " : un classique péruvien.

L’objectif actuel de José Alberto est de toucher un public nouveau. Il sort : Diferente (2001) sur lequel il invite : Jimmy Bosch, Nelson Gonzalez, Alfredo de la Fe, Hector " Bomberito " Zarzuela, Isidro Infante, Papo Lucca, Eddy Zervigon, Ricky Gonzalez, Nelson Hernandez et Jerry Medina. Ce José Alberto est différent : il chante un bolero, mais aussi une chanson en français, en accord avec son nouvel objectif de conquérir le public européen dont il dit que c’est l’avenir de la salsa.

José Alberto a travaillé avec les plus grandes figures de la salsa, il a été le témoin privilégié du développement de ce genre musical. Déjà 27 ans d’une carrière pleine de succès, couronnée de disques d’or et de platine et autres récompenses internationales. Carrière servie par une voix exceptionnelle : chaude et si particulière. Improvisateur de talent -il se définit avant tout comme un " sonero " plutôt qu’un simple interpréte de salsa-, son charisme et son jeu scénique font merveille lors de ses concerts. S’il suit son nouvel objectif de conquérir le public européen, nous aurons la chance de le revoir très prochainement en concert (après le succès de ses passages à Disney Village en juin dernier, et à Vic-Fezensac en juillet dernier)…

SOURCES

Sur José Alberto  " El Canario " :

Autres biographies :

Interviews :

Discographie :

Sur la "Tipica 73" :

Divers :

Composition de l’orquestre de José Alberto "El Canario" 2001 :
Jose Alberto Justiniano : voz, maracas, güiro
Raul Agraz : trompeta
Hector "Bomberito" Zarzuela : trompeta
Pablo Santaella : trombón
Luis Cruz : trombón
Jimmy Bosch : trombón
Nelson Hernandez : saxos
Ricky Gonzalez : piano, teclados
Isidro Infante : piano, teclados
Papo Lucca : piano
Carlos Enriquez : bass
Luis Quintero : congas, bongos, timbales, güiro, maracas
Jesus Cesar Carvajal : timbales, tambora, maracas, güiro, vocal duet
Nelson Gonzalez : tres
Juan Diaz : guitarras
Eddy Zervigon : flauta
Alfredo De La Fe : violin
Jerry Medina : Coro
Dalver Garcia : Coro
Cuco Valoy : Vocal duet

Composition de la " Tipica 73 " lors de " En Cuba. Intercambio cultural "
(Fania 542, 1979.
Produit par : Johnny Pacheco et Sonny Bravo.
Enregistré à Cuba en 1978)
Sonny Bravo : piano
José Alberto El Canario : voz
Alfredo de la Fe : violín
René López : trompeta
Lionel Sánchez: trompeta
Cachete Maldonado : congas, batá
Nicky Marrero : timbales
Dick Taco Meza : saxo tenor
David Pérez : bajo
Mario Rivera : saxos barítono y soprano
John Rodríguez : bongó
Guillermo Barreto : timbales
Félix Chapottín : trompeta
Richard Egües : flauta
Tata Güines : congas, quinto
Niño Rivera : tres
Juan Pablo Torres : trombón
Raúl Cardonas : percusión
Changuito Quintana : percusión
Eddie Pérez : percusión