par Jsalsero

ADALBERTO ALVAREZ / LA SONORA PONCEÑA

 

Lieu : Disney Village (Festival Latina)
Date : Dimanche 16 juin 2002
Prix : 15 euros (forfait 3 jours : 35 euros)
Durée : 3 h 20 (Alvarez : 1 h 35 / Ponceña : 1 h 45)
Soit : 4,50 euros/heure (3,75 euros/heure avec forfait)

Musiciens :
Adalberto Alvarez, direction / 3 chanteurs / 1 timbales / 1 congas / 1 bongo / 1 güiro / 2 claviers / 1 contrebasse électrique / 2 trompettes / 2 trombones
Papo Lucca, piano, direction / Wito, chant / Edwin, chant / Danny, chant / Pichie, chant / Will Lopez, congas (en remplacement de Félix) / Jessie, timbal / Domingo Tito, bongo / Cano Rosa, baby bass / José, trompette / Delfin, trompette / Freddy, trompette / Ricky, trompette

Sur le papier, ce dimanche était la soirée la plus intéressante de ce Festival Latina. Sur la scène, toutes les promesses ont été tenues, et bien plus encore. Voilà une soirée dont on est ressorti heureux comme rarement.

Papo Lucca et Adalberto Alvarez se connaissent depuis bien longtemps. Leur rapprochement sur la même scène n'est pas une incongruité, même si leurs univers musicaux diffèrent : Adalberto a composé certains des grands tubes de la Ponceña, comme , par exemple, Agua La Candela ou Como Te Quise Yo sur l'album Future, en... 1984.

Adalberto Alvarez Y Su Son, avec sa timba très ancrée dans le son traditionnel de Cuba, avait la lourde tâche de préparer le terrain à La Sonora Ponceña, l'institution musicale la plus importante de Puerto Rico, qui fête rien moins que ses 46 ans d'existence. Un rôle de faire-valoir, de chauffeur de salle, dans lequel l'orchestre ne s'est pas cantonné. Vu récemment au Palais des Congrès, dans des conditions un peu difficiles, on était reparti sur une impression mitigée, sans être tout à fait certain qu'Adalberto et ses collègues étaient capables de mieux. Erreur !

Oubliés, les défauts relevés lors de cette précédente prestation ! Surtout le défaut majeur, celui d'avoir choisi, pour remplacer l'immense et terrible Aramis Galindo, parti chanter sous d'autres cieux, deux clones vocaux de celui-ci. Vocalement, c'est vrai, les deux artilleurs de la première ligne de l'orchestre ressemblent fortement au maître, mais ils ont eu l'occasion de mettre en avant leur propre personnalité. D'autant que la palette vocale s'est élargie avec un petit nouveau, à la voix plus aigüe, qui vient ajouter à la ligne de feu.

L'artillerie lourde lancée, soutenue par les autres musiciens, qui les mettent en valeur sans jamais oublier de jouer à 200 %, Adalberto Alvarez et les siens (dont sa fille au piano, un peu moins chouchoutée et mise en avant) auront en plus l'excellente idée de faire monter Papo Lucca pour un solo de piano mémorable. Le directeur de La Ponceña se fait sa petite place dans cet univers de syncopes et de tensions rythmiques de la timba cubaine, pour venir poser ses notes avec douceur, prouvant s'il en était besoin, en même temps que l'évidente parenté musicale entre les deux îles, sa faculté d'adaption et d'écoute.

Et que dire, que dire alors du concert de La Sonora Ponceña ! A peine montés sur scène, on est déjà tout ému de les voir là. Ils auraient pu se contenter du service minimum, on aurait déjà applaudi, les yeux brillants d'émotion et d'admiration. Mais ils nous ont offert tellement plus !

La voix de Hector Pichie Perez, son inspiration jamais prise en défaut et, ma foi, son sourire permanent, la perfection et la cohésion des harmonies vocales, et les talent des trois autres chanteurs (mais bon, je n'y peux rien, je préfère Pichie) ! Papo Lucca, dont il faudrait écouter chaque note, même en dehors des solos, tant son accompagnement est riche, foisonnant, varié, toujours présent pour anticiper les interventions des cuivres ou l'arrivée d'un choeur ! La régularité, la précision des percussions, malgré un remplacement par un conguero de dernière minute, qui n'a pas failli, remercié par un long solo (hélas pas toujours très heureux...) !

Tout cela aurait suffi à nous combler. Mais il a fallu qu'ils en fassent encore plus ! Il a fallu qu'ils nous offrent un immense, un magnifique cadeau : une descarga finale de 20 minutes, en invitant sur scène la totalité de l'orchestre d'Adalberto (plus, malheureusement, deux chanteurs incrustés sortis de nulle part, qui n'y avaient pas leur place et n'y étaient pas invités). Une gigantesque descarga, où le n'importe quoi menaçait à chaque instant mais où, bien tenu en main par un Papo Lucca assumant sa responsabilité d'hôte, les musiciens ont offert le meilleur.

Le micro qui passe de main en main, tout comme les baguettes de timbales, le morceau qui dure sans jamais perdre de son intensité, tout le monde porté, les drapeaux cubains et portoricains sur les épaules de Papo et Adalberto, comme une cape qu'ils se partageraient, et le feu, la magie, un moment qu'on vit comme dans un rêve, les oreilles et les yeux grands ouverts pour être sûr de ne rien perdre, et pour pouvoir se dire pendant longtemps, des années, des siècles : "Ce soir-là, j'y étais !"

A l'heure où je mets la dernière main à cette chronique, une semaine s'est maintenant écoulée. Et depuis, à chaque musicien croisé, je pose cette question : "Tu y étais ?" Et à chaque fois, quand la réponse est oui, vient ce petit silence, ce sourire vague, ce petit scintillement dans les yeux, quand, rien qu'en y repensant, l'émotion revient. Non, ce moment de pure magie, je ne l'ai pas rêvé : j'en retrouve les traces dans le regard de tous ceux qui y ont assisté.