LE CONTEXTE : Depuis "Llego Van Van" en 1999, aucune production importante de ce groupe capital de la musique cubaine n’était sortie jusqu’à ce jour. Bien sûr, on récoltait à droite et à gauche de nouveaux titres : « Proposiciones » sur l’album de Pablo Milanes. Ou encore « Tim-pop con birdland » , « Mi Mimi » et la reprise du désormais standard de l’ex-pianiste du groupe César « Pupy » Pedroso avec « Que cosas tiene la vida » sur « En el Malecon de la Habana »… Mais aucun album consistant à se mettre sous la dent…
Ce « Chapeando » s’est fait attendre, aussi dû au fait qu’il possède certainement une très longue histoire… Car à ma connaissance, il a mis presque plus d’un an maintenant avant de naître… Certes, le réseau souterrain de la Havane nous permettait de récupérer 3 titres, sortis du studio on ne sait comment , mais pour notre grand plus bonheur… Mais que l’attente fut longue pour nous autres fans…
On se souvient avoir entendu dire que Los VAN VAN avaient de réels problèmes avec leurs maison de disque Abdala/Unicornio (qui a sorti juste auparavant le magnifique « En el Malecon de la Habana »).
Commençons par L’OBJET qui est une véritable merveille : un livret avec de très belles photos, une belle impression, de superbes dessins attachés à une très forte symbolique conçus par des artistes différents, et exprimant chacun leur vision de « Chapeando »… On y trouve également les paroles des chansons et des textes d’introduction de l’ Œuvre… Car un nouveau disque de LOS VAN VAN est une Œuvre à part entière pour ne pas dire réellement un Chef d’œuvre…
LE CONCEPT : il est certain que le départ de la plupart des membres fondateurs fût une drôle d’épreuve pour ce groupe. En effet, Cesar « Pupy » Pedroso, Pedrito Calvo, Changuito, Angel Bonne sont à ce jour partis pour rendre possible l’expression de leur propre musique…
« Chapeando » signifie « débroussailler », toujours donc cette idée de précurseur… Mais avec le double sens de « couper les têtes »… Mais quelle têtes ? Les têtes de la concurrence ? Des anciens membres partis ? Je pencherai plus volontiers sur le 1er (Angel Bonne est invité sur le disque et Pupy et Changuito étaient au concert donné pour le 35ème anniversaire de Los Van Van à la Havane…).
Ainsi Juan Formell explique-t-il qu’après le départ des anciens, le groupe doit prendre un autre chemin, tout en restant bien évidemment précurseur… Mais ne surtout pas oublier deux choses lorsqu’on pense VAN VAN : 1/ La religion : Osain (Orisha propriétaire des plantes et des herbes qui poussent de manière sauvage) est la nouvelle référence religieuse après Chango 2/ Le nationalisme : avec la présence de la croix cubaine sur la pochette ; et bien évidemment l’expression du peuple par les paroles qui sont souvent de véritables chroniques du Peuple Cubain.
LA MUSIQUE : Nous voilà avec 13 titres d’une beauté exceptionnelle… Certainement pas l’énergie du « Llego Van Van », mais bien une autre dimension… Une homogénéité à la force tranquille, une ambiance à la Pablo Milanes… Mais si Juan Formell parle de nouveau chemin, il y a dans ce disque une réelle continuité avec ce qui a été fait auparavant… En bref, si vous aimez LOS VAN VAN, vous ne serez pas déçus… La sonorité est intacte…
Le titre phare « Chapeando » commence justement comme du Pablo Milanes, fonds sonores rappelant la nature, des accords de piano et de flûte de musique classique ou de jazz, puis la sonorité Van Van démarre pour notre plus grand bonheur… Ecrit par Juan Formell et chanté par Roberto Hernandez…
« Corazon » écrit par le fils Samuel Formell, chanté par mon chanteur-chouchou Lélé est un véritable bijou pour le danseur… La présence de la guitare électrique confirme la tendance actuelle à rajouter de manière encore discrète cet instrument dans l’orchestration (cf : Oscar D’Leon, Luis Enrique, Manolin el Medico…)…
« Despues de todo » : écrit par Juan Formell. La présence appuyée des cuivres et des violons nous rappellent les sonorités des anciens morceaux. La voix de Yeni me pose cependant problème : je n’arrive toujours pas à savoir si je l’apprécie… Car elle est capable de très belles choses, sa technique est impressionnante, mais le timbre est très inégal… Ceci dit la 2eme partie du morceau nous fait oublier les réserves pour rentrer à nouveau en transe… !
« No pidas mas presta’o » : écrit par Juan Formell. Le surdoué Mayito entre en scène… Surdoué, car ce Mayito est sans aucun doute l’un des meilleurs chanteurs de la scène musicale cubaine actuelle par sa technique, son timbre, sa musicalité… C’est aussi l’arrangeur dans l’ombre de tous les chœurs… Certains passages ne sont pas sans rappeler Cesar Pedroso. Pas de doute, ce morceau est aussi magnifique.
« Por qué no te enamoras » écrit par le grand Candido Fabré et chanté par Roberto… De très belles harmonies et le tromboniste et arrangeur des cuivres Hugo Morejon nous délivre un travail d’une grande précision… Le mélange trombones, violons, flûtes fonctionne de la plus belle façon !
« Te Recordaremos » écrit et chanté par Diego El Cigala. Ce morceau est sans aucun doute la surprise de l’album. Car si même la presse en a beaucoup parlé, je ne m’attendais pas à une si jolie œuvre… La beauté de ce mélange musique espagnole, de cette voix gitane et de LOS VAN VAN est inexplicable…Ecoutez et laissez-vous porter…
« Anda, ven y quiereme » (J.Formell) / « Ven, ven, ven » (Roberto Carlos, Jorge Diaz) / « Agua » (S. Formell) : les 3 titres qu’on ne présente plus !! Ils tournent sur mes platines depuis un an et remportent auprès des danseurs un véritable succès sans précédent… Ils ont été ici réorchestrés par rapport aux versions qui circulaient sous le manteau à la Havane. Les tempis sont ainsi souvent plus lents…Sans préférer une version par rapport à l’autre, je dirai qu’elles se complètent !
« Nada » écrit par Juan Formell, chanté par Yeni, un peu de douceur dans ce monde de danseurs !! Plus j’écoute ce morceau, plus je l’aime…
« La buena » écrit par Roberto Carlos et Jorge Diaz. Chanté par Roberto Hernandez… Souvenez-vous, il mettait le feu à Eurodisney en 2004 avec ce nouveau morceau et son refrain entêtant « mala cabeza que tu eres »… un pur produit VAN VAN écrit pourtant par le nouveau pianiste.
« El Montuno » écrit par Juan Formell et chanté par Mayito… Voilà la véritable perle de l’album, c’est pour moi le plus beau morceau… Une montée en puissance rarement égalée… Des solos qui s’enchaînent et qui nous emmènent dans une véritable transe… Piano, trombone, flûte, trompette (Alexander Rodriguez en invité) !! Le solo de piano de Roberto Carlos qu’on se sent « obligé » de comparer à Pupy est magnifique… Un solo certes bien moins créatif, plus dans la tradition classique du Son, mais déjà d’une grande mâturité…
« Chapeando reprise » écrit par Juan Formell qui clôture l’album à la manière de « Te pone la cabeza mala » et de « En el malecon de la Habana »…
Allez , juste une fausse note, la fin de certains morceaux en fondu est parfois très frustrant !!
« Chapeando » est de toute évidence un disque charnière… La charnière entre le père et le fils, entre Juan Formell et Samuel, un passage de relais… Je me trompe peut-être mais l’avenir nous le dira… Toujours est-il que la relève est assurée de manière magistrale, ce qui est plutôt fait pour me rassurer…
Ce disque, comme pratiquement tous les autres, est indispensable à tout amateur de musique cubaine… Chaque morceau de LOS VAN VAN est une pépite d’or et chaque nouveau disque est un lingot de bonheur, une bénédiction précieuse…
Après 35 ans d’existence, ils nous offrent ici un cadeau d’anniversaire exceptionnel… Bref le monde à l’envers… !!
« La Musica es la expresion mas bella de lo bello, la Musica es el alma de los pueblos »