Qu’il a paru court, ce concert ! Pourtant, en 1 h 40, sa durée était assez honnête. Mais c’est la loi de la relativité : 1 h 40 de plaisir, ça paraît toujours très court...

- Photo : Salsita
L’orchestre de Manolito, c’est une sorte d’auberge espagnole, mais où tout le monde parlerait la même langue (l’espagnol, d’ailleurs, tant qu’à faire). On a de tout, un peu à la manière des Van Van, mais en pire : violon et violoncelle côté cordes, avec une flûte pour l’aspect charanga, 2 trombones, 1 trompette et un extra-terrestre pour les cuivres. L’extra-terrestre, selon les besoins du morceau, jongle à lui tout seul entre trompette, trombone et cornet.

- Photo : Salsita
Manolito est au piano, le second clavier s’amuse avec des sons funky qui ne dépareilleraient pas chez Earth Wind and Fire. On ajoute une contrebasse, un spécialiste du güiro, un conguero et un autre extra-terrestre aux batterie et timbales.
Cet extra-terrestre là, à force de breaks, relances et appels, quasiment jamais en train de jouer un véritable rythme, finalement, participe énormément à la vitalité, à l’invention permanente qui réside dans la musique du Trabuco. Il joue avec le rythme de façon magistrale, introduisant ruptures et tensions dans le flux continu de l’accompagnement.
Avec une telle orchestration, tout l’intérêt des morceaux réside dans l’arrangement, cet art trop souvent ignoré qui consiste à répartir les phrases musicales entre les divers instruments d’un groupe.
Ici, on peut entendre une phrase commencée à la flûte se terminer au violon, après avoir fait un passage par les cuivres, le tout ponctué par les percussions. Le procédé atteint parfois une incroyable complexité, mais réussit le tour de force de donner chaque fois un résultat simple, qui ne perd jamais le danseur en route, et un style immédiatement indentifiable.
Les impératifs horaires (il fallait libérer la salle, qui accueillait un autre événement après le concert) ont finalement servi à concentrer la prestation. Alors qu’on pourrait parfois reprocher à Manolito et son Trabuco de laisser traîner un morceau en longueur, ici tout était passionnant, nécessaire et utile à la musique.
Alors, oui, c’était peut-être un peu court. Mais ne vaut-il pas mieux laisser un public légèrement sur sa faim plutôt que le gaver complètement ? Au moins, là, c’est sûr : on en redemande !