
- Huey Dunbar
- Photo : JEO
Dans le cadre du 1er Festival International de Salsa de Monaco, voici le tout premier concert dans l’hexagone (n’allons pas heurter les susceptibilités monégasques en disant "en France" ;o) de Huey (prononcez "Youhi !") Dunbar, ancien vocaliste vedette de feu DLG (Dark Latin Groove), qui fut l’un des groupes-phares de ce qui s’est fait de plus extrême dans la fusion Salsa/Ragga/Rap/Pop vers la fin des années 90, avant de se désintégrer au bout de leur 3e album.
Concert ? C’est du moins ce qui était annoncé. Car le monsieur, en réalité, ne s’est déplacé qu’avec :
son organe vocal (encore heureux) ;
son manager, en la personne de Richie Bonilla ;
et un gars que l’on nous présente comme son DJ, dont la principale fonction durant la prestation de Huey sera d’introduire un CD dans une platine, d’appuyer sur la touche "play" au début du morceau, et accessoirement de se déplacer de temps en temps vers l’avant de la scène pour prendre Huey en photo(!) pendant que ce dernier chante pour ses fans.
Le moins que l’on puisse dire, dans ces conditions, c’est qu’il faut "en avoir", si vous me permettez l’expression, pour arriver ainsi tout seul sur la grande scène de la Salle du Canton, avec un micro à la main, et chanter deux sets de 45 minutes, tout cela devant un public qui était loin d’être conquis d’avance.
Fort heureusement pour nous, Huey Dunbar "en a", et il le prouve. Tout d’abord, le bonhomme a une voix surpuissante, qui contraste singulièrement avec sa physionomie de jockey-sans-le-disque, avec de fortes sonorités pop / R&B, et est manifestement aussi à l’aise sur les introductions en ballade, et sur les passages romantiques, que sur des choses beaucoup, beaucoup plus rythmées.

- Huey Dunbar
- Photo : JEO
Ensuite, il ne semble avoir aucun mal à dominer, du haut de son 1m55, les 25 mètres de large de la scène, tout en mettant littéralement le public dans sa poche.
Réfléchissons : un gars qui chante de la Salsa-pop poussée à l’extrême, se pointe dans un congrès de danseurs, tout seul (enfin, avec un gars TRES discret qui met des CDs derrière lui) avec un micro, devant un public qui est à au moins à 80% fan de Salsa Dura, de Mambo, de Latin-Jazz, bref de tout sauf de ce qu’il chante... Cela semble quand même assez mal parti pour lui.
Eh bien non : ce sont les danseurs les plus "internationaux" de toute la salle que l’on retrouve au premier rang, en train de hurler les refrains des "vieux" tubes de DLG à tue-tête, au point où Huey Dunbar finit par passer le micro à certains ; c’est Melissa Fernandez que l’on retrouve sur scène, à côté de Huey, en train de se démener au son de la musique, et qui finit même par se retrouver au dessus de ce dernier, allongé sur scène pour l’occasion, en train de mimer... euh... bref, passons sur les détails. C’est ce même public de danseurs qui restera agglutiné devant la scène jusqu’à la dernière note du dernier morcau, qui criera "¡Otra, otra, otra !" jusqu’à ce que Huey rechante "Juliana", et celui-là même qui, dans l’hilarité générale, invitera Huey à se jeter dans le public, singeant les concerts de boys band, jusqu’à ce que ce dernier s’exécute, sous le regard interloqué de son manager.

- Huey Dunbar
- Photo : JEO
Votre serviteur lui-même vous mentirait s’il vous disait ici qu’il n’a pas passé un excellent moment à écouter des chansons qu’il s’est surpris à encore connaitre par coeur, et qu’il n’en revient toujours pas d’avoir vu Super Mario en personne, pourtant l’un des danseurs internationaux les plus allergiques aux concerts que la terre ait jamais porté, au premier rang, en train de chanter à tue-tête des refrains qu’il ne comprenait probablement pas. De façon générale, la "star" de la soirée a finalement passé beaucoup de temps à blaguer avec le public, lorsqu’il n’était pas lui-même mort de rire, et le moins que l’on puisse dire est que tout ceci a eu un effet très positif sur l’ambiance générale.
Maintenant, pour en revenir à un aspect strictement musical, le constat est tout autre. Où sont donc passés les deux albums que Huey Dunbar a sorti depuis la séparation de DLG ? Au total, on n’en aura entendu qu’une chanson : "Yo sí me enamoré", la seule par ailleurs dont peu de monde connaissait les paroles. Tout le reste de son repertoire utilisé ce soir était constitué d’anciens morceaux de DLG, remixés pour l’occasion de façon à en extraire les parties dédiées à ses deux anciens acolytes, j’ai nommé Fragancia et James "Da Barba".
Alors, on ne peut s’empêcher de se dire que ce "concert", si on peut l’appeller comme ça, est finalement assez à l’image de la carrière de Huey Dunbar, ces dernières années : il n’est pas Huey Dunbar, il est resté "l’ex-chanteur de DLG". Et ce grand vide, derrière lui, ces musiciens absents, les passages de rap et de ragga qui faisaient toute la "sauce" de DLG, eux non plus n’y sont plus. Il ne reste plus que Huey, tout seul, avec son micro, face à une carrière solo qui n’a jamais vraiment décollé.