C’est un bien beau concert auquel nous avons assisté, avec toute la "famille Rodriguez" réunie pour célébrer la mémoire d’Alfredo, "qui restera dans chaque note que nous jouerons", comme le dit fort joliment Joel Hierrezuelo, chanteur et chef de cet orchestre de pointures.

- Joel Hierrezuelo
- Photo : Dejavu - SalsaFuriosa.com
Pointures, mais ni "star" ni "vedette". Car le défaut habituel de ces réunions de musiciens, qui font défiler les invités et les morceaux sans que le travail de répétition n’ait forcément permis à tout le monde de préparer le concert ensemble, c’est la "guerre des chefs". Et c’est particulièrement agaçant de voir plusieurs musiciens tenter de prendre les choses en main, parasitant notre écoute du concert, souvent au détriment de la musique.
Tandis que ce soir, au New Morning, l’humilité, la modestie de chacun aura permis à la seule véritable vedette de rester sur le devant de la scène : le souvenir d’Alfredo Rodriguez.
C’est tout juste si Joel, en tant que directeur musical et l’un des principaux organisateurs de cette réunion, s’accorde une belle part de chant. Sa façon de diriger est sobre et discrète, parfois presque invisible, directement tournée vers l’efficacité musicale, sans effets de manche pour les spectateurs.
On pourrait aussi s’amuser à faire le compte des fausses notes et des flottements, inévitables dans ce genre de circonstances. Mais elles sont, de façon assez surprenante, peu nombreuses. Sourires aux lèvres, tout le monde est attentif, tout le monde s’acoute et se regarde, pour attraper au vol les instructions et les coups d’oeil complices qui veulent dire : "c’est là, le break", "on passe à la suite", "on va chanter le choeur maintenant", etc.
Entre latin jazz très jazz et tradition très dansante, la soirée offre de très jolis moments de respiration. Par exemple, un trio violon-piano-voix sur le lachrymal bolero "Longina", tout en tendresse, douceur et séduction. Ou ce passage aux tambours batas, sous la houlette d’Orlando Poleo, qui soulève l’enthousiasme du public en final d’un titre très enlevé.
On pourra citer aussi les nombreux solos, notamment ceux de Ernan Lopez Nussa, tour à tour lyriques et explosifs, toujours somptueux ; ou ceux de Luis Manresa à la basse, qu’il fredonne en les jouant, en un subtil mélange de sonorité qui ne permet plus de savoir si c’est la corde ou la voix qu’on entend ; ou les interventions énergiques et enflammées du saxophoniste Bobby Rangell.
Et encore, s’il fallait se limiter aux solos ! Mais même l’accompagnement est subtil, inventif, et pourtant discret : Fred "Pulpo" Savinien au bongo, tout en finesse, ou de nouveau Luis Manresa à la basse, qui s’amuse à accompagner un titre en jouant le minimum de notes, sur la corde raide entre le groove décalé et le minimalisme ascètique.
C’est sur un très fervent "Cuba Linda" en rappel que se termine le concert, réunissant toute la petite équipe. Oui, c’était définitivement un bien beau concert. Souhaitons maintenant une longue vie au souvenir que nous avons du grand bonhomme qu’était Alfredo Rodriguez.

- Ernan Lopez Nussa
- Photo : Dejavu - SalsaFuriosa.com

- Luis Manresa
- Photo : Dejavu - SalsaFuriosa.com

- Fred "Pulpo" Savinien
- Photo : Dejavu - SalsaFuriosa.com
Musiciens :
Joel Hierrezuelo, chant lead, direction
Oscar Rodiguez, basse
Luis Manresa, basse
Roberto "Mamey" Evangelisti, congas, bongo
Fred "Pulpo" Savinien, congas, bongo
Abraham Mansfarrol, timbales
Manuel Machado, trompette
Irvin Acao, sax
Ruben Chaviano, violon
Carlos Miguel Hernandez, coro
Yaïté Ramos, coro
Invités :
Diego Pelaez, chant
Allen Hoist, sax
Bobby Rangell, sax, flûte
Lukmil Perez, timbales
Miguel Gomez, congas
Orlando Poleo, congas
Julio Fon, piano
Ernan Lopez Nussa, piano