Car ce CD relève de la main tendue mais aussi de l’acte militant, de la réapropriation et de l’expérimentation. Un mélange des genres et surtout d’intentions absolument surprenant, et plutôt réussi.
L’Envidia All Stars, créé pour l’occasion, regroupe les artistes, jeunes et moins jeunes, du label : on y trouve les musiciens de la Orquesta Reve, de Rumbavana, de Cubanismo, de Son 14 et de bien d’autres. Le cumul des CVs et des participations croisées dans les différentes formations dont les protagonistes sont issus couvre probablement la totalité du spectre de la musique afro-cubaine de ces trente dernières années.
Le petit jeu des différences entre les versions originales et celles-ci est assez amusant, et débouche sur un constat flagrant : rien à voir ! Et pourtant, les arrangements sont assez fidèles. Sur certains titres, c’est à peine si un break est vaguement décalé.
Où résident les grosses différences, alors ?
D’abord, la production est radicalement moderne. En trente ans, beaucoup de choses ont changé : les technologies utilisées pour l’enregistrement, les progrès de la lutherie, et leurs conséquences sur les techniques de jeu.
Ensuite, les Cubains sont visiblement très énervés ! Les tempos (enfin, les tempi...) ont facilement pris quatre ou cinq points. El Raton, par exemple, a été promu du rang de guajira à celui de cha cha cha (euh... c’est comme si on prenait la musique de "La Boum" au tempo de "9 semaines et demie", pour ceux qui ne suivraient pas).
Enfin, le plus flagrant et aussi le plus intéressant, finalement, c’est au niveau du chant que ça se passe. Les voix, les techniques d’émission, le phrasé, les intentions, bref, l’interprétation est ra-di-ca-le-ment différente des originaux. Là où tous les autres éléments musicaux gardent un air de famille (voire de jumelage hétérozygote), la voix nous a un petit air d’enfant bâtard qui la rend irrésistible.
Ce disque, vous l’aurez compris, est une sacrée surprise, et une jolie réussite : idée de départ casse-binette, conception soignée, résultat original.
Titres :
Homenaje A Los Salseros (Luis A. Dominguez)
Anacaona (C. Curet)
Azuquita Mami (Hernandez - Alvarez)
Quitate La Mascara (Hugo Gonzalez)
Juan Pachanga (R. Blades)
El Raton (Cheo Feliciano)
Quitate Tu (J. Pacheco - B. Valentin)
Mi Gente (J. Pacheco)
Coro Millare (Tito Rodriguez)
Rompe Saragüey (L. Martinez)
Puerto Rico / Adoracion (E. Palmieri)
Musiciens :
Trompette : Jesus A. Chappottin "El Niño", Frank Padron, Eloy Abreu, Vitorino Patterson
Trombone : Ulises Benavides, Carlos Alvarez, Lazaro Rosabal
Saxophone baryton : Orestes Valido
Piano : Rodolfo Argudin "Peruchin", Lazaro Calvo, Luis A. Dominguez
Congas : Pello "El Afrokan" Jr., Joaquin Pozo, Mariano Enriquez
Basse : Arnaldo Jimenez, Nicolas Sirgado, Pedro Pablo Gutierrez
Bongo : Oswaldo Huerta
Flûte : J. J. Oliveros
Timbales : Jorge Felix Bravo, Jose Miguel Melendez
Güiro : Carlos Amores
Maracas : Miguelito Cuni Jr.
Tres : Coto
Chant : Lazaro More, Nelson Manuel, Tirso Duarte, Armando "Cantero" Mandy, Jesus Salas "El Zun-Zun" e la Salsa, Michel Perez, Jorge Rodriguez "El Gafas", Michel Calvo, Jose Miguel Melendez, Javier Rodriguez "Chocolate"
Choeurs : Orlando Duforneau "El Dufo", Barbarito Lopez, Ciso Guanche, Hector Anderson, Gregorio Laza "Cordovi"