Passons en revue les principaux pupitres de l’orchestre, pour tenter de comprendre les spécificités d’Elito Revé par rapport à sa "concurrence" et les secrets de "fabrication" de ce concert de rêve.
Basse-batterie :

Le batteur fait vivre la rythmique, en ajoutant régulièrement des "fills", petits "remplissages" rythmiques qui viennent enjoliver l’accompagnement de base, comme n’importe quel batteur de rock est capable d’en improviser des tonnes.
Sauf qu’il n’y a rien d’improvisé ici, le bassiste les jouant en même temps. Resterait à comparer strictement avec le CD, mesure par mesure, pour déterminer ce qui est dû à l’arrangement, à l’habitude de travailler ensemble ou au travail de répétition.
Quoi qu’il en soit, cette complicité musicale rend l’accompagnement toujours surprenant, même dans les longs passages où celui-ci pourrait devenir répétitif.
Certes, le Charangon n’est pas le seul à savoir faire ça, mais chez lui, ce travail est poussé à un nouveau sommet de technique et de musicalité.
Les trombones :

L’utilisation de la section de trois trombones est une des signatures musicales du Charagon d’Elito Revé, qui rend la sonorité de l’orchestre immédiatement reconnaissable.
La gestion des différentes sonorités de l’instrument est axée sur les contrastes : on passe d’un registre doux, où l’aspect métallique du trombone est quasiment masqué au profit d’un timbre et d’une articulation presque humaine, douce, à des sons plus cuivrés, brillants, éclatants, qui répondent un peu plus à l’idée qu’on s’en fait habituellement.
Contrastes qui sont finalement au coeur même du style d’Elito Revé, orchestre historique qui revendique son double ancrage dans le changuï (une des formes les plus anciennes, "primitives", du son cubain) et dans la modernité timbesque (avec son duo basse-batterie extrêmement contemporain).
Les voix :

Cinq chanteurs, si l’on compte le maestro, qui ne sera certes pas le plus intéressant vocalement, mais dont la présence fait le lien avec l’histoire de la formation.
Les quatre autres sont visiblement "castés" avec un soin particulier, chacun ayant sa particularité, sa personnalité. Le moins intéressant vocalement est sans doute celui dont la présence scénique est la plus marquante, la plus explosive (sans compter son côté bôgosse qui n’a pas dû déplaire) ; la performance vocale des autres touchant parfois à la perfection.
La première ligne, dans sa diversité, n’a rien à envier aux autres orchestres cubains multichanteurs, l’équilibre artistique entre eux étant même meilleur que ce qu’on a pu voir ces dernières années sur les scènes françaises.
Mentionnons tout de même l’autre signature musicale de l’orchestre, depuis des années, cette voix haut perchée, très nasale et particulière, qui vient couronner les choeurs, mais qui était malheureusement noyée dans la saturation quasi permanente des enceintes.
On pourrait citer les congas et le dernier élément de signature musicale de cette formation, le tres (la fameuse guitare cubaine à trois paires de cordes), mais ils étaient quasiment inaudibles pendant tout le concert, les seuls moments où la qualité de leur jeu était perceptible étant ceux où l’accompagnement s’arrêtait pour les laisser seuls.
Globalement, lorsque tout le monde s’y mettait en même temps (rythmique, choeurs, trombones), c’est-à-dire au moins pendant un long passage de chaque morceau, la sono montrait nettement ses limites. Sans doute le Back Up devra-t-il réfléchir à investir un minimum s’il souhaite continuer à proposer des concerts dans cette salle pourtant bien sympathique.
Quoi qu’il en soit, ce concert vient clairement bouleverser la hiérarchie des plus grandes réussites parisiennes du live cubain de ces dernières années, tutoyant de très très près la magnifique performance de Manolin au New Morning en avril 2006.
Musiciens :
Elito Revé Duverger (Elio Revé Jr) : chant
Aisar Hernandez Segundo : basse, direction musicale
Wilfredo A. Naranjo (Pachy Jr) : piano
Jorge Luis Vila : tres
Andy Fornet : timbales, batterie
Arian Chacon : congas
Ariel Hernandez : bongo, cloches
Eulices Benavides, Yamer Perez, Orlando Montander : trombones
Dagoberto Vasquez, Pascual Matos (El Sinsonte), Eric E. Broche (El Chino), Lazaro Cuesta (El Bello) : chant