Pour ceux d’entre-vous qui se souviennent du dernier (et seul, à la date de cet article) concert à Paris de Yolanda Duke, alors qu’elle partageait l’affiche avec José Alberto "El Canario" à l’Olympia, le souvenir qu’elle vous aura laissé ne sera sans doute pas impérissable. Ou alors, pas pour les bonnes raisons.
Toujours est-il que pour ceux qui en auraient encore le souvenir, l’heure est venue d’oublier cette malheureuse expérience. Aux oubliettes, l’infâme soupe commerciale, mièvre, soporifique et qui n’a de salsa que le nom, que sa maison de disques de l’époque a voulu un temps, sans succès, nous faire gober.
Revoilà Yolanda Duke accompagnée de l’orchestre de feu Tito Puente. "Revoilà" ? Eh oui, jeune padawan, peut-être ignores-tu que Yolanda Duke fut durant plusieurs années (de 1994 à 1997, pour être exact) la vocaliste attitrée du maestro Tito Puente et de son orchestre, avec lequel elle partagea les scènes les plus prestigieuses du monde, avant de se lancer, après le décès de celui-ci, dans une carrière solo dans un registre commercial et sirupeux qui n’était pas le sien et qui allait à sa voix comme une perruque à Sinead O’Connor, peu avant de retomber dans l’oubli.
On ne s’étonnera donc pas que la voix de Yolanda Duke colle à l’orchestre de Tito Puente comme si elle avait toujours chanté avec, puisque le "comme si" est de trop : c’est le cas, et les retrouvailles sont heureuses.
C’est en grande partie à un repertoire de standards jazz, certains passablement latinisés pour l’occasion, d’autres pas du tout, que s’attaque l’artiste dans cet album. On a ainsi droit à une version mambo de "What is this thing called love" de Cole Porter, une version cha-cha-cha de "Blue moon", de Rodgers & Hart, et de "They can’t take that away from me" de Gershwin, ainsi qu’une version mambo de "That old black magic", qui a la particuliarité d’être chanté en espagnol (les paroles des autres reprises jazz étant, vous l’aurez compris, restées en anglais).
On notera également une belle série de boléros, registre dans lequel Yolanda Duke excelle, avec "Muchos besos" et un medley de trois boléros popularisés par Mirta Silva (chanteuse historique - et portoricaine - de la Sonora Matancera ayant précédé Celia Cruz). Enfin, la perle de cet album : une reprise de "La peleona" de Machito, en duo au sommet avec José Alberto "El Canario", qui est comme un poisson dans l’eau dans ce registre.
Bilan ? Les retrouvailles de Yolanda Duke et de l’orchestre de feu Tito Puente sont inespérées, et pourraient fort bien ressusciter une carrière solo quelque peu tombée dans l’oubli en grande partie à cause de choix artistiques passés pour le moins... déroutants. Certaines des reprises "latinisées" sont une réussite, les boléros sont magnifiques, et le duo avec José Alberto "El Canario" casse littéralement des briques.
L’intérêt des reprises de standards jazz non "latinisés", en anglais, est néanmoins limité, et surtout, on pourra trouver que le projet musical manque quelque peu de cohérence. En somme, c’est très encourageant, mais Yolanda Duke peut mieux faire, et son organe vocal surpuissant mérite largement mieux.
What Is This Thing Called Love ?
I’ve Got You Under My Skin
La Peleona
Myrta Silva’s Medley
They Can’t Take That Away From Me
Oh God ! I Love You
Misty
Muchos Besos
Blue Moon
The Hungry Years
’Til You Come Back To Me
That Old Black Magic
Musiciens :
Sonny Bravo, piano
Champian Fulton, piano
Gerry Madera, basse
Willie Martinez, batterie
Jose Madera, timbales
John Rodriguez Percussion direction musicale, bongo, cloche, güiro
George Delgado, congas
Mitch Frohman, saxo tenor, flute
Bobby Porcelli, saxo alto, flute
Pete Miranda, saxo baryton
Todd Bashore, saxo tenor, flute
John Walsh, trompette
Richard Viruet, trompette
Peter Nater, trompette
Kevin Bryan, trompette
Reynaldo Jorge, trombone
Noah Bless, trombone
Lewis Kahn, trombone
Sam Burtis, trombone
Frankie Vazquez, Claudette Sierra, Marco Bermudez, Cita Rodriguez, Jennifer Martinez, choeurs