Quand Karl Perazzo, percussionniste attitré de Carlos Santana, monte son groupe, embauche une première ligne de quatre jeunes chanteurs, et fait en sens inverse le chemin déjà parcouru par Issac Delgado de Cuba à Porto Rico, de la timba à la salsa romantica, il prend 10 ans d’Avance sur la concurrence avec un album qui fait du bien partout où il passe, de la tête aux pieds.
Pour situer un peu Karl Perazzo, il forme avec Raul Rekow la paire de percussionnistes du guitariste Carlos Santana sur la plupart de ses albums. Et c’est aussi le gars qui est capable de tirer ça d’un bongo :
Je sais, ça calme…
Il est ici aux timbales, aux arrangements, à la production, à la direction artistique et musicale, à la composition sur un titre. C’est dire ce que le projet Avance lui doit, et ce qu’il a mis de lui-même dans l’album.
Incontrolable est le quatrième opus du groupe. Les trois premiers n’ont pas particulièrement attiré notre attention, mais nos confrères de CouleurSalsa s’étaient déjà penché sur le cas du précédent, Seguimos, sorti en 2003 : http://salsa.typepad.com/couleursal...
Si l’on en croit la note d’intention glanée sur leur site http://www.avancemusic.com/Home.html, Avance s’inspire de toutes les couleurs de la salsa : cubaine, portoricaine, nuyoricaine et colombienne. Une fois collée sur la platine, l’intention affichée saute aux oreilles, la réussite est complète, et la galette restera calée longtemps dans le lecteur, bouton play enfoncé, fonction repeat enclenchée, sourire plaqué aux lèvres, popotin ondulant.
Au menu, donc :
quelques salsas romanticas, avec ces débuts de morceaux caractéristiques, où l’accompagnement rythmique se fait discret et les mélodies prépondérantes (pas la partie la plus intéressante du CD), pour un plus grand contraste avec la suite, plus pêchue (et là, pour le coup, tout à fait passionnante) ;
quelques salsas, certes toujours romantica, mais d’une autre trempe, la patate étant mise dès le début du titre, sans ces débuts tranquilous un peu en dessous de la moyenne musicale d’Avance,
un salsaton très réussi,
une timba, un des titres les plus réussis du CD, qui diffère du répertoire cubain seulement par l’instrumentation (pas de batterie ni de second clavier),
un bolero,
une bachata-son, qui commence donc en bachata et finit en… oui, c’est bien ça, son montuno (c’est bien, y en a qui suivent), tout en énergie retenue, avec un coro super excitant (débit rapide, petits contretemps sautillants, brrr… j’en frissonne rien que d’y penser),
une électrisante reprise du désormais grand classique Xiomara, créé par Camilo Azuquita lorsqu’il faisait partie de la Tipica ’73,
une petite citation du Kashmir de Led Zeppelin à la basse sur le début d’Incontrolable, le morceau qui donne son titre à l’album et qui en est sans doute le meilleur.
Avance s’appuie avec nonchalance sur les barrières du genre salsero, non pour les faire tomber à grand fracas, mais pour en tester la résistance, juste comme ça, pour voir… Si rien ne sonne totalement révolutionnaire, si aucun tabou musical n’est brisé, si tout sonne familier, il n’y en a pas moins, dans les détails, dans les montunos de piano, les breaks, l’harmonie et, surtout, les coros, des tonnes de petits détails, de trouvailles, d’audaces qui sonnent terriblement moderne : accélérations-décélarations dans le débit des notes, petits frottements harmoniques, etc.
Si le CD se révèle l’un des plus excitants de ces derniers mois (années ?), le projet à bien l’air d’être chaud bouillant sur scène, si l’on en croit cet extrait de concert, qui prouve également qu’il a su emprunter au Cubains leur art de l’animation et du dialogue avec le public :
Bon, allez, une petite dernière pour la route : le travail des chorégraphies des chanteurs.
Titres : A Bailar Con Avance (A. Cordoba)
Xiomara (D.R.)
No Me Quiero Enamorar (Zarzar, Alberto Dominguez ; Bernal, Maria ; Oceransky, Edgard)
La Loca (K. Perazzo)
Incontrolable (A. Cordoba)
Noche Triste (A. Fernandez)
Viuda Negra (A. Cordoba)
Latino Americana (A. Cordoba, L. Guidos)
Amame (auteurs et compositeurs illisibles)
La Nave Del Olvido (D. Ramos)
Caminando Recuerdo Y Lloro (E.R. Morales)
Recuerdos De Ti (A. Cordoba)
Shaky Shaky (A. Cordoba)
Musiciens : Karl Perazzo, direction, percussions
Luis Morales, Jeff Cordoba, Jimmy Flores, Armando Cordoba, chant
Carlos Caro, Oscar Soltero, Jerry Quinones, percussions
Jorge Pomar, basse
Patrick Morehead, piano
Mike Rinta, Chris Ledge, Derek James, Jamie Dubberly, Luke Kurley, trombones