A l’origine, « El Zorro », c’est le projet de deux musiciens : le compositeur suisse Martin Richard Lehner et le tromboniste cubain Gustavo Carlos Duran Anaya « El Buda » (El Zorro -le renard- était le surnom que les cubains avaient donné à Martin pour ses capacités à appréhender la musique cubaine). Si les compositions de Martin se cantonnaient à un seul genre musical, on aurait pu dire qu’on l’avait trouvé, notre timba européenne. Mais « El Zorro », c’est bien plus que ça...
- Qui est Martin Richard Lehner ? Que fait Don Diego quand il n’est pas Zorro ?
La principale occupation de Don Diego est d’embrasser des jeunes et jolies femmes... Je plaisante. Je travaille à mi-temps en tant responsable du département Jazz du conservatoire de Zurich. Le reste de la semaine, je suis compositeur et arrangeur pour différents clients et pour mes propres projets musicaux. Ma dernière commande était un travail d’arrangement de 35 morceaux pour un spectacle musical. J’adore ce travail, mon rêve est de travailler en tant que artiste multimédia indépendant. Je m’intéresse énormément à la vidéo, le graphisme et la musique bien entendu. Mais il y a beaucoup de compétition dans ce secteur et ça n’est pas facile de gagner suffisamment sa vie pour faire vivre sa famille. C’est pour ça que je conserve mon travail à mi-temps.
- Vous avez écrit les chansons du projet El Zorro. Celles-ci ont une couleur particulière. Comment la qualifieriez-vous ?
La plupart des chansons sont des compositions originales et personnelles. Il y a deux morceaux de Gustavo, un vient de Roberto (Roberto Pulido n.d.a). Au début, le style adopté était de la timba pure, mais chaque nouveau disque reçoit plus d’influences du funk, de jazz ou de la pop. La musique doit vivre et changer pour évoluer, sinon elle meurt. Ainsi, écrire la même chose à chaque fois ne m’intéresse pas. Ma perception est juste de faire des choses à la fois créatives et nouvelles pour moi.
- Votre ami Gustavo semble avoir été très important dans votre compréhension de la musique cubaine. Quel part de El Zorro est-il ? De nombreuses vedettes cubaines chantent sur les disques de El Zorro : Mayito Rivera de Los Van Van et surtout Angel Bone. C’est Gustavo qui est derrière tout ça ?
Gustavo a été très important dans le projet El Zorro. Il s’est occupé de l’organisation avec les musiciens et des enregistrements, il a aussi dirigé les sessions à Cuba. C’est un joueur de trombone très connu à la Havane et il connaît personnellement la plupart des chanteurs cubains. Grâce à ses relations et son appartenance aux différents milieux musicaux, nous avons réussi à décrocher toutes ces vedettes.
- Vous pourriez m’en dire plus à propos de la composition du groupe ?
Il y a deux points à considérer : le groupe, qui vit en suisse et les enregistrements, qui se font à Cuba. Mon groupe ici est plus petit pour des raisons économiques. En fait, le groupe a deux chanteurs cubains (Roberto et Michel) et le reste de la formation, -8 personnes- sont des musiciens professionnels suisses qui ont une grande expérience de la musique latine. La plupart d’entre eux sont allé plusieurs fois à Cuba pour étudier la musique cubaine. Le disque a été enregistré avec les meilleurs musiciens cubains et sans contrainte économique à la Havane.
- Il y a peu de groupes de timba en Europe. Parmi les formations connues, certaines sont suisses : Picason ou encore Palatimba. Est-ce un hasard, ou est-ce que vous auriez une autre explication ?
Picason est le plus ancien groupe de timba ici en Suisse. Ce sont des pionniers, ils ont contribué à rendre cette musique populaire. Une explication vient du fait que la Suisse n’a pas vraiment de musique propre. C’est vrai, il y a les chants tyroliens mais plus sérieusement, oubliez-ça ! La Suisse n’a pas d’origine ethnique. Nous sommes issus de différentes nations et avons un taux d’immigration important. Ainsi, j’aime à dire que nous ne sommes pas enfermés dans le corset d’un genre musical en particulier comme dans les autres pays. Cela nous aide être ouvert et curieux des autres genres musicaux.

- Votre musique, ça n’est pas seulement de la timba. Pourquoi ça ? Continuerez-vous à explorer la musique afro-cubaine dans votre prochaine album ? Est-ce que vous avez quelques « révélations » à nous faire sur le sujet ?
Comme je l’ai dit précédemment, mélanger les genres m’intéresse fortement, créer des sons nouveaux. Je viens de terminer l’enregistrement de mon 5ème album. Jusqu’à maintenant j’allais faire tous les enregistrements à Cuba, cette fois c’est différent. Les cubains sont les meilleurs dans la timba, mais mon style musical a changé, et je recherche toujours les meilleurs musiciens pour mes enregistrements. C’est pourquoi j’ai décidé de réaliser seulement certains enregistrements à Cuba, et le reste en Europe. Mon nouveau disque s’intitule "Sin compromiso" (Sans concession)
Sans concession signifie ne pas s’inquiéter de ce qu’il est permis de faire ou non, simplement faire ce que vous voulez vraiment. Créer, définir et mélanger les genres, avec un fort désir d’expérimentation musicale. Le résultat est un album de qualité sans concession.
Grâce aux réseaux mondiaux, j’ai pu rassembler des musiciens de différents continents ou pays comme Cuba, le Venezuela, l’Allemagne, l’Italie, La Serbie et la Suisse.
Je suis vraiment chanceux et reconnaissant d’avoir pu travailler avec ces artistes talentueux. Alors, comment appeler cette musique ? Timba, Funk, Jazz, Pop ?
Elle ne rentre pas dans des cases existantes, c’est pour cela que j’aime l’appeler tout simplement musique latine moderne.
Si tout ça vous intrigue, je vous conseille d’écouter le teaser de « Sin compromiso » sur son MySpace. Merci à Martin pour sa gentillesse et sa disponibilité.