Présentation du premier Orchestre à l’Ecole de musique latine en France.
Difficile de parler de l’Orchestre à l’École de Champs-sur-Marne sans parler d’abord de "El Sistema" et de José Antonio Abreu, le fondateur de ce réseau d’orchestres d’enfants.
Né au Vénézuéla en 1975, le premier orchestre ne comportait que douze enfants des quartiers difficiles de Caracas, les "barrios" comme on les appelle. L’idée de José Antonio Abreu, chef d’orchestre visionnaire, était de partir en guerre contre la violence quotidienne et sordide qui s’exerce dans les quartiers les plus défavorisés de la capitale Vénézuélienne avec comme seule arme la musique. Après des débuts difficiles où il fallait convaincre les municipalités de subventionner ces orchestres, aujourd’hui c’est l’inverse, le succès est tel que El Sistema a bien du mal a répondre à la demande.
Orchestre à l’Ecole de Champs-sur-Marne
Concert à la salle Gaveau en 2010.
En 2010, ce sont environ 300 000 enfants, de 2 à 16 ans, qui participent à ce programme. Le principe d’enseignement est très simple : un apprentissage collectif et quotidien de la musique. Ecole le matin, cours de musique l’après-midi pendant quatre heures. Les élèves sont jetés très vite dans le bain, à peine savent-ils nager. Ils se produisent en concert dès la première année. L’enseignement y est bien sûr gratuit.
Le but rêvé de chacun de ces élèves est d’incorporer l’un des nombreux grands orchestres du pays. Le Vénézuela, avec ses 22 millions d’habitants, compte 125 orchestres de jeunes, 57 orchestres d’enfants et 30 orchestres professionnels. Ces orchestres se produisent dans le monde entier maintenant et chaque représentation est une véritable fête : habits aux couleurs du pays, chorégraphies sur certains morceaux, une énergie et surtout une joie de jouer perceptible et sincère.
Le "miracle" Sud-Américain comme on le nomme, nous donne une sacrée leçon sur l’éducation, à nous, veille Europe aveugle et frileuse. Certes, la violence est encore un problème majeur au Vénézuéla, mais enlever 300 000 enfants aux mains des gangs est un résultat inespéré. Mieux vaut savoir manier un instrument qu’une arme de toute façon.
Gustavo Dudamel et l’orchestre Simon Bolivar
Les Orchestres à l’École en France sont nés à l’initiative de Jean-Claude Decalonne, grand acteur et défenseur de la musique en France. Son constat était simple : 120 000 enfants sortent du système scolaire chaque année, sans aucun diplôme, et seulement 3% des enfants pratiquent un instrument. Et si le lien de cause à effet était là ?
Copier à la lettre le modèle Vénézuélien en France aurait été illusoire (au début en tous les cas). La France n’est pas un pays de tradition musicale populaire, et les problèmes de violence y sont quand même moindre qu’au Vénézuéla.
Orchestre à l’Ecole de Champs-sur-Marne
Concert à la salle Gaveau en 2010.
Petit à petit les classes d’orchestres se sont montées. On est compte désormais 600, soit environ 16 000 élèves (pour information, il existe environ 7000 collèges en France). Les progrès comportementaux et scolaires dans ces classes y sont notables. Bien sûr, la pratique instrumentale n’est pas aussi intense qu’au Vénézuéla, mais les fondamentaux restent les mêmes. En France les enfants intègrent la classe d’orchestre en 5ème, et cela pendant 3 ans. Après leur avoir prêté un instrument qu’ils garderont tout du long du projet, ils reçoivent chaque semaine des cours collectifs d’instrument. Régulièrement ils se retrouvent tous ensemble pour répéter et travailler en "tutti" (tous ensemble).
Parmi ces orchestres, il en est un un peu différent en France, celui de Champs-sur-Marne près de Paris. Celui-ci à la particularité de s’attaquer exclusivement à un répertoire de musiques latines.
Avec des trompettes, clarinettes, flûtes, tubas, saxophones et percussions, les enfants de cet orchestre s’attaque à des morceaux traditionnels portoricains (rythmes de bomba et plena), colombiens (rythmes de cumbia), cubains (rythmes de Chacha, guajira, son-montuno, bombe…) et dominicain (merengue).
Orchestre à l’Ecole de Champs-sur-Marne
Concert à la salle Gaveau en 2010.
Qui aurait pu imaginer que Tito Puente ou Mongo Santamaria serait enseigné dans une école française, que le vendredi après-midi résonneraient dans un lycée de banlieue parisienne des congas, campanas, guïras et guïros, maracas et bongos ? Personne sauf peut-être Anne Aubé, directrice du conservatoire de Champs-sur-Marne. Son énergie, sa volonté et son abnégation ont eu raison des plus sceptiques, car aussi beau soient ces projets, les contraintes budgétaires ont souvent raisons des ces actions. Anne Aubé m’a confié la direction de cet orchestre en 2007. La tâche n’a pas été des plus faciles, car il a fallu arranger des morceaux pour qu’ils puissent être "joué" dès le 4ème mois de pratique musicale. Impossible sur le papier, possible dans la réalité. C’est ainsi que nous avons commencé par Oye Como Va. Les élèves nous ont surpris dès la première répétition en grand ensemble.
Pendant les trois années que dure le projet, ces élèves ont eu la chance de se produire dans de nombreux concerts : fête de la musique au ministère de l’éducation (devant Mr Darcos), salon de la musique à la porte de Versailles, et la prestigieuse salle de concert classique, la Salle Gaveau qui résonne encore de leur passage énergique et explosif. A chaque fois le public est conquis par l’énergie qu’ils communiquent et c’est peut-être là le secret de la réussite de cet orchestre.
L’enseignement se fait sur les mêmes principes que les orchestres professionnels de salsa : connaissance et respect de la partition mais aussi grande liberté musicale. Les élèves apprennent à réagir aux signes du chef d’orchestre. Les structures des morceaux ne sont pas figées, tout est possible. Un solo de trompette ou un mambo de cuivre en plus ? Pas de problème, les enfants connaissent les conventions comme les professionnels. Un travail est aussi fait sur le comportement et l’appréhension de la scène. Quelques chorégraphies simples sont enseignées afin de permettre à l’enfant de se sentir à l’aise sur scène.
J’ai pour m’encadrer une équipe composée de professeurs de l’école de musique de Champs-sur-Marne, de formations classiques, mais qui ont su s’adapter à mes méthodes et au style musical. Ricardo Garatea, percussionniste de La Contrabanda, s’occupe des élèves percussionnistes, et la tâche est grande car chaque élève joue d’un instrument différent sur chaque morceau (congas, bongos et campana, guïro et guïra, maracas, clave et même de la tambora dominicaine pour le merengue et de la tambora colombienne pour la cumbia !!)
Nous vivons dans une société où la répression est la réponse la plus facile face aux problèmes de délinquance, ou d’échec scolaire, mais surtout un bon moyen de gagner des élections, alors dans ce climat, répondre à ces problèmes par la musique peut faire sourire. Mais les résultats sont là. Ces classes d’orchestre à l’École prouvent que ce système fonctionne et ne demande qu’à être développé. Si cela fonctionne au Vénézuéla et en Armérique Latine (la Colombie est aussi pionnière dans ce système), il n’y a pas de raison que cela ne fonctionne pas en France. Vamos pa’lante pueblo de Francia !!!
« La majorité des enfants et des jeunes appartiennent aux groupes les plus vulnérables et marginalisées, dans l’ensemble de la société vénézuélienne. La participation au mouvement d’orchestre a rendu possible pour eux la mise en place de nouveaux objectifs, plans, projets et rêves, et, en même temps c’est une façon de donner du sens et de les aider dans leur lutte quotidienne pour de meilleures conditions de vie grâce à la variété des opportunités que le mouvement d’orchestre leur offre. . »
— José Antonio Abreu, Discours d’acceptation du prix Nobel alternatif 7 décembre 2001
Orchestration et direction musicale : François Faverais Professeur de percussions : Ricardo Garatea
Professeur de trompette : James Roger
Professeur de saxophone : Philippe Ortega
Professeur de flûte : Karine Grossay
Professeur de clarinette : Christel Helou
Professeur de tuba : Olivier Bourlon
Invités sur la vidéo :Laura Isabel Ramirez (danse), Sébastien Decalonne (trombone)