Rares sont les artistes multi-facettes qui auront autant laissé leur empreinte sur le genre musical "salsa" que Willie Colón. Auteur, compositeur, arrangeur, musicien, chanteur, il est également comédien, homme politique et figure emblématique de la communauté hispanique aux Etats-Unis.
Né dans le Bronx en 1950 de parents d’origine portoricaine, William Anthony Colón Román est un musicien précoce, d’abord à la trompette, puis au trombone, instrument qui le fera entrer dans l’histoire de cette musique, en premier lieu car il consacra l’introduction d’une section de cuivres intégrant deux trombones dans un orchestre de musique caribéenne, mais également en raison de son style de jeu, puissant, agressif et pour cette raison largement décrié par les puristes de l’époque, qui sera constitutif du son caractéristique de la salsa des années 70, dite aujourd’hui "salsa dura".
Il n’a que 17 ans lorsqu’il rencontre Johnny Pacheco et Jerry Masucci, fondateurs de Fania Records, en 1967. Pacheco lui présente Hector Lavoe, avec lequel il enregistrera 10 albums. Au cours de cette période, il développe le son résolument urbain et les textes traitant de la vie dans les quartiers hispaniques de New York qui distingueront la mouvance "salsa" de la musique cubaine traditionnelle, et y introduit aussi des éléments musicaux spécifiquement porto-ricains. Il cultive également une image de "bad boy" qui parlera à une bonne partie du public d’origine latino-américaine exilé dans les grandes villes américaines.
En 1977, il entame une collaboration de plusieurs années avec le vocaliste et compositeur Rubén Blades, avec lequel il produira plusieurs albums, notamment Siembra, qui reste encore aujourd’hui l’un des albums les plus vendus de l’histoire de la salsa. Ses productions avec Blades marquent le début du sous-genre musical dénommé Salsa Consciente, ou salsa engagée : les textes sont travaillés, poétiques, et chronique sociale et conscience politique y tiennent le haut du pavé. Alors qu’à ses débuts, Colón parlait principalement à la communauté hispanique aux Etats-Unis, c’est désormais l’ensemble de l’Amérique Latine qui chantonne ses morceaux.
Parallèlement, il collabore également avec "la Reina" Celia Cruz, dont la musique n’aura jamais eu des sonorités aussi modernes, et avec laquelle il produira trois albums.
Dans cette même période, Willie Colón trouvera non seulement le temps de collaborer avec Ismael Miranda, avec lequel il sortira l’album "Doble Energía", mais également de lancer sa carrière solo, avec lui-même en tant que vocaliste, dans l’album (bien-nommé) "Solo" en 1979, puis dans "Fantasmas" en 1981.
Loin de se reposer sur ses lauriers, Willie Colón innove à bien des égards dans ces productions solo : non seulement sa voix est d’une douceur inédite dans cette famille musicale, mais il allie à la section de cordes déjà expérimentée avec Hector Lavoe, des choeurs... féminins, une véritable révolution dans ce genre musical. Là encore, les voix des puristes se feront entendre, regrettant l’abandon du son désormais traditionnel des années 70 que Colón a lui-même largement contribué à forger.
En 1984, Willie Colón, qui a entre-temps signé chez RCA, se retrouve en contentieux avec sa nouvelle maison de disques, qui tente de censurer le contenu jugé trop politique de l’une de ses chansons dans l’album "Criollo". Après une bataille judiciaire qui donne raison à l’artiste, la maison de disques se contente d’une édition symbolique de ce nouvel album, puis organise la mise à la retraite d’office de l’artiste. C’est le début d’une longue traversée du désert pour Colón, qui voit de nombreuses portes se fermer devant lui. Son engagement politique dérange, son refus de rentrer dans le rang agace. Le temps est à la salsa romantique, sirupeuse et aseptisée.
Ce n’est qu’en 1988 qu’il perce à nouveau, avec l’album "Top Secrets" et son hit El Gran Varón, une composition d’Omar Alfano, qui fera le tour du monde, et dans lequel Willie Colón viole un immense tabou, en parlant ouvertement de l’homosexualité et du SIDA.
En 1993, c’est pour une fois avec une chanson d’amour qu’il se retrouve à nouveau au sommet des charts : Idilio, extrait de l’album "Hecho en Puerto Rico".
Enfin, en 1995, il renoue une collaboration avec Rubén Blades en produisant l’album "Tras la Tormenta", dont l’un des singles, "Talento de televisión", sera un immense succès en Amérique Latine.
Fort de ces nouveaux succès qui le remettent en selle, Willie Colón se lance dans divers projets non-musicaux ; on le retrouvera ainsi comédien dans une série télévisée au Mexique (ainsi qu’interprète de la bande originale de celle-ci, "Demasiado Corazón"), candidat à plusieurs mandats électifs à New York, membre d’un grand nombre d’associations et d’organismes généralement dédiés à la défense des droits de la communauté hispanique aux Etats-Unis, et depuis 2003, représentant du maire de New York auprès de la Latin Media Entertainment Commission de la ville. En 2000, il s’illustre également par ses prises de position contre la main-mise de la communauté cubano-américaine sur le marché de la musique et les Grammys latins (les "Lammys").
Toutes ces occupations l’auront fait délaisser un tant soit peu sa carrière musicale, jusqu’en 2007, où il se lance dans une tournée d’adieu qui dure encore à la date de cet article. Enfin, en 2010, il sort l’album "El Malo Vol. 2", dont le titre fait écho à son tout premier album, "El Malo", sorti en 1967, et qui semble donc annoncer la fin de sa carrière musicale.
Cette biographie est volontairement succincte, et ne prétend en aucun cas citer l’ensemble des albums et des collaborations de Willie Colón. Pour plus de détails sur la vie de cet artiste, voir notamment l’article de Maya Roy sur Buscasalsa.com