Lors de notre article précédent, nous avions abordé l’aspect purement créatif, en quelque sorte l’étape où l’on "invente" les paroles et la musique d’un morceau. L’étape qui suit consiste à habiller le morceau. Car si les auteurs et/ou compositeurs ont mis sur le papier les éléments qui permettent de jouer cette création en la chantant accompagnée d’un piano ou d’une guitare (c’est-à-dire le texte, la mélodie sur laquelle ce texte sera chanté, et les accords qui permettent l’accompagnement), d’ici à ce qu’un orchestre de 10 personnes puisse le jouer, il y a de la marge.
En effet, pour faire un bon orchestre de salsa, il faut (au minimum !) un piano, une basse, trois percussions, un chanteur, des choristes et des cuivres. Sachant qu’on part d’une partition chant/piano ou chant/guitare, comment détermine-t-on ce que chacun va jouer ?
C’est là qu’intervient l’arrangeur !
A partir du matériel de base fourni par les auteurs et compositeurs, il va adapter la musique à un orchestre spécifique (le sien ou un orchestre client qui lui demanderait ce type de travail). Si l’orchestre X compte 1 saxophone baryton, 1 trompette et 1 trombone, et que l’orchestre Y compte 2 trompettes et 2 trombones, par exemple, un même morceau sera arrangé différemment pour l’un et pour l’autre.
Il doit bien entendu avoir une connaissance précise des différents codes musicaux de la salsa (comme la clave ou la structure des morceaux), des possibilités des différents instruments, mais aussi de leurs limites (il y a des notes que les instruments ne peuvent pas atteindre, dans les graves et les aigus, même si l’instrumentiste est talentueux). Et c’est encore mieux s’il connaît bien la façon de jouer des musiciens pour lesquels il écrit son arrangement !
Bref, même si ce n’est pas lui qui a écrit le morceau, c’est lui qui a écrit les partitions jouées par les musiciens, et que vous pouvez voir sur les pupitres lorsque vous vous rendez à un concert.
Sans arrangeur, pas de salsa ! Si vous aimez le son d’un orchestre, c’est en grande partie dû à l’arrangeur, même si vous n’en aviez pas conscience...
Parmi les arrangeurs importants à un titre ou à un autre en salsa, on peut citer, par exemple, Johnny Pacheco, par ailleurs flûtiste et chef d’orchestre, qui a modernisé le son cubain et a contribué à le transformer en salsa ; Sergio George ou Isidro Infante, très prolifiques à l’ère de la romantica ; Juan Formell et Cesar "Pupy" Pedroso, qui ont contribué aux fondations du songo puis de la timba cubaine au sein de Los Van Van (puis avec sa propre formation pour le second).
Retrouvez ici le premier article de la série.